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Une « avancée historique » : Mayotte inaugure son premier Établissement et Service d’Aide par le Travail (ESAT)
©Département-Région de Mayotte

Mayotte compte, depuis ce mercredi 1er juillet, son premier Établissement et Service d'Aide par le Travail (ESAT). Inauguré à Dembéni, l'ESAT « Tarehi » doit permettre à cinquante Mahorais en situation de handicap d'accéder enfin à un emploi adapté, après des années de blocage réglementaire. Une avancée saluée comme historique, mais encore loin de répondre à l'ensemble des besoins du territoire. Un sujet de notre partenaire Flash Infos / Mayotte Hebdo.

L'Association pour adultes et jeunes handicapés (APAJH) a inauguré, ce mercredi 1er juillet, le premier Établissement et Service d'Aide par le Travail (ESAT) de Mayotte, à Dembéni. Baptisé « Tarehi », l'établissement, géré par la Fédération APAJH, accompagnera cinquante Mahorais en situation de handicap vers l'insertion professionnelle.

Devant les officiels et les familles réunis à Dembéni, la présidente du CCAS de la commune s'est adressée directement aux futurs travailleurs de l'ESAT, présentant l'établissement comme « un lieu d'apprentissage, de réussite et de confiance en l'avenir ». Elle a toutefois rappelé la difficulté de faire avancer ces dossiers « quand les institutions ne suivent pas », pointant le manque de structures d'accompagnement médico-social sur le territoire. « Nous ouvrons une nouvelle page de l'histoire de Mayotte : l'inclusion devient une réalité concrète », a-t-elle conclu. 

Est ensuite venu le témoignage de l'un des premiers travailleurs accueillis par l'APAJH, accompagné de sa mère. Le jeune homme a exprimé sa fierté d'être présent et de voir un tel établissement ouvrir ses portes à Mayotte. À ses côtés, sa mère, très émue, a évoqué les années de souffrance passées sans solution pour son fils, avant de saluer le soutien qu'elle trouve aujourd'hui auprès de la structure.

Le projet est porté par l'Agence régionale de santé (ARS) depuis 2023. Un appel à manifestation d'intérêt avait été lancé en septembre 2024, avant la signature des conventions entre l'ARS et l'APAJH le 26 juin 2025. Une étape décisive avait toutefois dû être franchie en amont au niveau national : depuis 2013, un moratoire budgétaire interdisait la création de nouvelles places d'ESAT en France, y compris en Outre-mer.

« Depuis 2013, il est interdit en France de créer des places d'ESAT. À Mayotte, cette décision était injuste et inadaptée », explique Jean-Louis Garcia, président de la Fédération APAJH. Il a présenté la levée de ce moratoire pour les territoires ultramarins comme « une victoire » obtenue de haute lutte par l'association : « C'est un grand combat que nous menons depuis des années : convaincre le gouvernement que l'outre-mer manque de places d'ESAT, en particulier à Mayotte. Il fallait qu'au niveau national, le Premier ministre décide de lever le moratoire de 2013. C'est chose faite : cinquante Mahorais en situation de handicap, aujourd'hui exclus, vont pouvoir travailler et vivre comme tout le monde ».

Si l'annonce est saluée comme historique, l'ampleur des besoins reste immense. « Seulement cinquante places pour cent quatre-vingts demandes. Mais hier, c'était zéro : c'est une avancée considérable », a relativisé Jean-Louis Garcia. Premier partenariat concret : dix travailleurs seront prochainement employés par la mairie de Mamoudzou pour assurer l'entretien des espaces verts de la commune. 

Par la suite, un projet de résidence autonomie est à l'étude afin d'accompagner les personnes en situation de handicap à un âge plus avancé. Côté activités, l'ESAT ne compte pas s'arrêter à l'entretien des espaces verts : « Nous allons trouver d'autres perspectives pour former sur d'autres métiers, notamment le maraîchage », a-t-il indiqué.

Du côté des financeurs, il a été rappelé que toutes les administrations et entreprises sont légalement tenues d'employer 6 % de travailleurs en situation de handicap dans leurs effectifs. « Ce ne sont que cinquante places, mais c'est un début. Nous devons aller plus loin et répondre aux besoins d'un plus grand nombre de personnes », a insisté le représentant de l'AGEFIPH, précisant qu'une feuille de route avait été établie avec l'ARS et que les délais comme les engagements étaient, pour l'heure, respectés.

Pour l'ARS, à l'origine du projet, ce premier ESAT ne constitue qu'un point de départ. À terme, d'autres formes de handicap et d'autres besoins devraient être pris en charge par de nouveaux dispositifs. Son représentant est revenu sur les moyens déployés pour « offrir un cadre professionnel adapté et sécurisé », tout en rappelant les défis propres à ce type de structure : pérennisation des financements, adaptation au cadre réglementaire et évolution des mentalités vis-à-vis du handicap. L'agence a assuré rester aux côtés des acteurs du territoire afin de garantir la pérennité du dispositif. 

Flash Infos / Mayotte Hebdo