Alors que l’enquête publique sur l’utilité publique du projet s’ouvre, Christophe Masson, délégué de la Direction générale de l’aviation civile (DGAC) pour le projet de piste longue, détaille le calendrier du futur aéroport de Bouyouni, les enjeux fonciers et les premières étapes d’un chantier dont l’ouverture reste prévue en 2036. Explications avec notre partenaire France-Mayotte Matin.
-Où en est le projet d’aéroport de Bouyouni ?
Christophe Masson : On est dans la phase de la délivrance des autorisations administratives qui vont nous permettre de démarrer les travaux dès l’année prochaine. [...] La première enquête publique sera ouverte la semaine prochaine et porte sur l’utilité publique du projet. Donc, c’est plus sur des aspects fonciers. [...] Viendra ensuite une autre enquête publique qui portera cette fois-ci sur la définition technique du projet, et en particulier sur les sujets environnementaux. [...] C’est tout ça qui nous permettra, en 2027, de démarrer des travaux.
-Quels seront les premiers travaux ?
Christophe Masson : Les premiers travaux consisteront à réaliser un passage sous la route départementale numéro 2, pas sous le rond-point de Dzoumogné, mais sous la route départementale qui est entre le rond-point de Dzoumogné et le carrefour de Soulou. [...] C’est un passage qui nous permettra ensuite de faire passer tous les engins qui vont travailler sur le chantier sans perturber la circulation sur la route départementale numéro 2, qui est importante pour Mayotte puisqu’elle est utilisée pour les flux qui viennent du nord vers le sud, en particulier ceux du port. [...] Nous prenons l’engagement de maintenir en permanence la circulation sur cette route départementale.
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-Le dossier de Dzaoudzi est-il définitivement clos ?
Christophe Masson : Oui, je confirme que c’est clos, pour différentes raisons. [...] Il y avait eu un débat public en 2011 qui avait porté sur l’opportunité. À l’époque, la question était : est-ce qu’il faut créer une piste longue sur Mayotte ? [...] Depuis, il y a bien d’autres choses qui se sont passées. Il y a eu un nouveau volcan en 2018 et il a des conséquences visibles aujourd’hui sur le site. [...] Il faut se rappeler quand même que l’île s’est enfoncée de 19 centimètres au niveau de l’aéroport et que, régulièrement maintenant, on a des submersions de la piste qui empêchent le trafic à certains moments.
Pourquoi ne pas simplement rehausser la piste actuelle ?
Christophe Masson : C’est pas que ça. Et puis c’est pas si simple aussi de remettre dessus sans arrêter l’aéroport. [...] Il y a la submersion de la piste, mais il y a aussi les écoulements des eaux. [...] Aujourd’hui, on a une fragilisation des sols sur le site de Pamandzi qui nécessiterait, si on veut avoir une piste hors d’eau, de fermer l’aéroport au minimum pendant un an et demi pour faire des travaux. [...] Donc ça, c’est pas envisageable. On a étudié le sujet de la piste convergente, mais cette contrainte de fragilisation des sols oblige à faire en grande partie le projet sur des pilotis pour aller chercher en profondeur les bons sols.[...] Ça se traduit par un coût de 7 milliards et ça se traduit aussi par une fermeture de l’aéroport au minimum pendant un an et demi. Donc là aussi, c’est totalement exclu.
-Le foncier ne risque-t-il pas de bloquer le projet ?
Christophe Masson : On tient compte aussi de l’expérience des autres opérations qu’il a pu y avoir auparavant. [...] La première chose, c’est d’identifier ce qu’on appelle les ayants droit. C’est-àdire potentiellement aussi des occupants qui sont là depuis longtemps, qui peuvent revendiquer la propriété. [...] Les droits de ces personnes-là seront préservés. On est en train de mener un recensement très précis sur le terrain. Tous les week-ends, il y a des personnes qui sont sur le terrain. [...] Cela nous préservera des difficultés qu’on aurait pu avoir sur des manques d’identification des occupants des terrains. L’autre chose, pour rassurer les personnes qui n’ont pas engagé une procédure de régularisation des terrains, c’est qu’elles auront le temps de le faire. [...] Ceux qui toucheront l’argent seront les vrais propriétaires. [...] C’est, à mon avis, un élément essentiel du dispositif.
-Que répondezvous aux agriculteurs qui craignent d’être lésés ?
Christophe Masson : Je crois que ça va être exactement l’inverse. [...] Pour les exploitants agricoles qui sont présents sur ces terrains-là, il y aura deux options : soit ils souhaitent arrêter l’exploitation et ils auront droit à une indemnité d’éviction. [...] Ce barème sera même mis à jour dans le cadre du comité de suivi des mesures agricoles qu’on a mis en place avec le secteur agricole. S’ils veulent poursuivre l’exploitation, on prévoit de les relocaliser sur un autre terrain. [...] Ce n’est pas leur redonner un bout de terrain sans intérêt. Au contraire, c’est plutôt un terrain qui va être aménagé et qui va leur permettre d’avoir une productivité meilleure par rapport à ce qu’ils ont aujourd’hui.
-Quand l’État disposera-t-il de l’ensemble des terrains ?
Christophe Masson : L’objectif que l’on a, c’est fin 2028 avoir la maîtrise complète de l’ensemble de l’emprise. [...] Fin 2028, notre objectif, c’est d’avoir effectivement la maîtrise complète du foncier.
-Quand verrons-nous les premiers travaux ?
Christophe Masson : Cette année, ce sont les procédures administratives. [...] En 2027, début des travaux sur le passage inférieur sous la route départementale 2.
-Et la piste ?
Christophe Masson : En 2028, on a aussi d’autres travaux préparatoires avant de commencer les terrassements, qui eux démarreraient plutôt sur 2029. [...] On crée un chemin d’accès à la zone d’extraction de matériaux et une petite retenue collinaire qui va permettre au chantier d’être totalement autonome en alimentation en eau. [...] Le plus gros des travaux sera effectivement à partir de 2029 jusqu’à fin 2035 pour l’achèvement de l’aéroport.
-Quand le premier avion est-il attendu ?
Christophe Masson : Début 2036. [...] On a toujours dit qu’il fallait neuf ans de travaux. On commence en 2027 et neuf ans plus tard, 2036.
-D’où viendront les matériaux nécessaires aux terrassements ?
Christophe Masson : On les prend sur le site de Mlima Mahojani, qui est à trois kilomètres à peu près de la plateforme aéroportuaire. [...] Il n’y aura pas de camions sur les routes puisqu’on aura un chemin d’accès qui arrive directement sur notre plateforme.
- Il n’y aura pas d’importation de matériaux ?
Christophe Masson : On a regardé toutes les sources de matériaux qu’on pouvait imaginer. [...] Le gros inconvénient de l’importation, c’est qu’il faut être sûr de la qualité. [...] Quand on importe des matériaux, potentiellement on importe des espèces invasives. [...] Mais en plus, on a la ressource sur Mayotte, qui est juste à côté du chantier.
-Comment participer à l’enquête publique ?
Christophe Masson : Vous allez sur le site de la préfecture où il y a le dossier d’enquête et l’avis d’enquête. [...] Si vous voulez déposer par écrit, il faut aller en mairie d’Acoua, de Mtsangamouji ou de Bandraboua. [...] J’ajouterai que la commission d’enquête fait des permanences. Les horaires sont également disponibles sur le site de la préfecture.
Par France-Mayotte Matin

