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SÉRIE. Les grands textes qui ont marqué les Outre-mer : le 9 septembre 1842, la reine tahitienne Pōmare IV signe l’Acte de protectorat avec la France
Portrait de la reine Pōmare IV en 1851 ©Musée de Tahiti et des Îles

Alors âgée de 29 ans seulement, la reine Pōmare IV de Tahiti, sous la menace d’une intervention armée des troupes françaises, négocie et accepte de signer l’Acte de protectorat de septembre 1842. En résumé, le texte maintient son autorité et la dynastie, laissant à la France la gestion de toutes les relations extérieures et des affaires maritimes. Mais plus d’un an plus tard, Pōmare IV dénonce le protectorat et demande à ses sujets de s’élever contre la domination française. Cela entraînera la guerre franco-tahitienne qui durera près de trois ans, et se soldera par la victoire des colons.  

La reine Pōmare IV (1813-1877) appartient à la dynastie Pōmare qui gouvernait Tahiti depuis 1788, île « découverte » en 1767 mais habitée depuis des centenaires (vers le IIIe selon certains historiens, par les populations autochtones de Polynésie). Elle accède au trône à seulement 13 ans et est élevée par des missionnaires britanniques. Paradoxalement, elle rejette quelques années plus tard le protestantisme anglais, religion officielle à l’époque, et rejoint le mouvement Mamaïa, un culte syncrétique associant christianisme et traditions ancestrales, sous l’étroite supervision du pasteur anglais George Pritchard, qui est son principal conseiller. Elle continue d’occuper ses fonctions de régente.

Entre-temps, les tensions entre l’Angleterre et la France s'exacerbent, Paris souhaitant étendre son influence dans le Pacifique, tout comme les Anglais. En 1834, une mission catholique française de la Congrégation des Sacrés Cœurs de Jésus et de Marie s’installe aux îles Gambier. Deux ans plus tard, deux prêtres de cette mission, les pères Laval et Caret, débarquent à Tahiti. Sous l’impulsion des Britanniques, la reine les fait expulser. 

En 1838, la France envoie l’amiral Abel Aubert du Petit-Thouars, qui vient de prendre possession des îles Marquises, afin d’enquêter sur l’expulsion des missionnaires catholiques et d’assurer la protection des ressortissants français établis à Tahiti. Les investigations sont rapidement menées et débouchent sur une exigence de réparations, accompagnée de la menace d’une intervention militaire. En l’absence de son principal soutien britannique, George Pritchard, alors momentanément en Angleterre, la reine Pōmare IV se conforme à ces demandes. Puis, en 1842, de la France obtient, sous la menace d’un bombardement, la signature de l’Acte du protectorat français sur Tahiti.

La flottille de l’amiral français Abel Aubert du Petit-Thouars à Tahiti en septembre 1842 ©Wikimedia Commons 

Voici le texte intégral de l’Acte de protectorat :

« Taïti, le 9 septembre 1842.

    Parce que nous ne pouvons contribuer à gouverner par nous-même dans le présent état de choses, de manière à conserver la bonne harmonie avec les gouvernements étrangers, sans nous exposer à perdre nos îles, notre liberté et notre autorité, nous les soussignés, la Reine et les grands chefs de Taïti, nous écrivons les présentes pour solliciter le Roi des Français de nous prendre sous sa protection aux conditions suivantes :

1° La souveraineté de la Reine et son autorité et l'autorité des chefs sur leurs peuples sont garanties ;
2° Tous les règlements et lois seront faits au nom de la Reine Pomare et signés par elle ;
3° La possession des terres de la Reine et du peuple leur sera garantie. Ces terres leur resteront. Toutes les disputes, relativement au droit de propriété eu des propriétaires des terres, seront de la juridiction spéciale des tribunaux du pays ;
4° Chacun sera libre dans l'exercice de son culte ou de sa religion ;
5° Les églises existant actuellement continueront d'être, et les missionnaires anglais continueront leurs fonctions sans être molestés ; il en sera de même pour tout autre culte ; personne ne pourra être molesté ni contrarié dans sa croyance ;

 À ces conditions, la Reine Pomare et ses grands chefs demandent la protection du Roi des Français, laissant entre ses mains ou aux soins du gouvernement français, ou à la personne nommée par lui et avec l'approbation de la Reine Pomare, la direction de toutes les affaires avec les gouvernements étrangers, de même que tout ce qui concerne les résidents étrangers, les règlements du port, etc., etc., et de prendre toute mesure qu'il pourra juger utile pour la conservation de la bonne harmonie et de la paix.

Signé : POMARE.
Paraita, régent, Utami, Hitoti, Tati. »

L’Acte de protectorat, ratifié le 25 mars 1843 par le roi Louis-Philippe, n’est pas défavorable en soi. Il maintient notamment « la souveraineté de la Reine et son autorité et l'autorité des chefs sur leurs peuples », que « tous les règlements et lois seront faits au nom de la Reine Pomare et signés par elle » et que « la possession des terres de la Reine et du peuple leur sera garantie ». Seuls points d’achoppements, « la direction des affaires extérieures de vos États, les règlements de ports et autres mesures propres à assurer la paix dans cet archipel », rappelés par le roi Louis-Philippe.

Mais les Anglais, toujours un œil fixé sur Tahiti, décident de s’en mêler. Juste après la ratification, l’influent conseiller de Pōmare IV, George Pritchard, la convainc de refuser le traité et de requérir à la place la protection de la reine Victoria. L’amiral Du Petit-Thouars destitue alors la reine, expulse Pritchard et annexe totalement Tahiti en y nommant un gouverneur. En 1844, Pōmare IV gagne Raiatea aux îles Sous-le-Vent à bord d’un navire anglais. De là, elle organise l’insurrection des rebelles tahitiens opposés au protectorat français et favorables aux Britanniques contre les troupes venues de France. C’est le début de la guerre franco-tahitienne.

Cette dernière dure deux ans et demi et s’achève en décembre 1946 par la victoire de la France. Pōmare IV est autorisée à revenir dans son île sous réserve de l’acceptation du protectorat, et son rôle devient purement symbolique, les autorités françaises se chargeant de toutes les affaires administratives et politiques. La reine meurt à Tahiti en 1877 après une longévité inégalée à son poste, de cinquante ans. Son fils Son fils Pōmare V lui succède, mais abdique sous la pression de Paris et cède complètement Tahiti et ses dépendances à la France le 29 juin 1880, qui deviennent de fait une colonie sous le terme d’Établissements français de l'Océanie. Après avoir acquis le statut de Territoire d'Outre-mer en 1946, la Polynésie est depuis 2004 une Collectivité d’Outre-mer bénéficiant d’une large autonomie au sein de la République, à l’exception des fonctions régaliennes.

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