Pendant ces vacances, Outremers 360 se penche sur les histoires riches et diversifiées des chefs-lieux d’Outre-mer. Nous nous intéressons aujourd’hui à Cayenne, en Guyane. Ouverte sur l’Atlantique et tournée vers l’Amazonie, cette ville occupe une position stratégique dans les échanges régionaux, tout en demeurant profondément attachée à son histoire. Héritière d’un passé marqué par la colonisation, l’esclavage et le bagne, Cayenne s’est transformée en un pôle dynamique où se croisent les cultures européennes, africaines, asiatiques et amérindiennes. Cette pluralité la désigne comme l’une des villes les plus cosmopolites de l’espace caribéen et amazonien.
Bordée par l'océan Atlantique et l'estuaire de plusieurs fleuves, la région de Cayenne était habitée depuis plusieurs millénaires par des peuples amérindiens, notamment les Kali'nas, les Arawaks et les Palikurs, bien avant l’arrivée des Européens. Leur organisation se basait sur des solidarités villageoises, une économie de subsistance (agriculture sur brûlis, pêche et chasse) et des échanges commerciaux avec d’autres communautés de la côte. Les premiers navigateurs européens, espagnols, portugais, anglais, hollandais et français, longent les côtes de la Guyane à la fin du XVe siècle, et réalisent quelques contacts avec la population locale.
Cependant, le territoire, situé hors des grands circuits de colonisation sucrière, demeure longtemps un espace marginal. Ce sont les Français qui vont s’intéresser les premiers à ce qui deviendra plus tard Cayenne, à cause de sa position stratégique sur l’Atlantique. L’installation s’avère difficile, à cause des maladies tropicales et de la résistance des populations amérindiennes, qui déciment de nombreux colons. La situation va changer avec l’arrivée en 1643 de Charles Poncet de Brétigny, représentant de la Compagnie de Rouen, auquel le chef coutumier local Cérépou vend les terrains de Cayenne. Le Français fait alors édifier un fort militaire sur les hauteurs de la ville, qui porte aujourd’hui le nom du dignitaire autochtone.

Mais Cayenne attise les rivalités entre les puissances coloniales. Les Hollandais et les Anglais parviennent à prendre la ville à plusieurs reprises avant que les Français en retrouvent définitivement le contrôle en 1664. Cayenne devient alors le centre administratif et militaire du territoire. Durant les XVIIe et XVIII siècles, la France a un recours massif à l’esclavage des Africains pour les faire travailler dans les plantations de sucre, de café, de cacao, de coton, de roucou et d'épices. La ville devient prospère et développe un port commercial. Toutefois les révoltes et le marronage d’esclaves, rendu possible par l’étendue de la Guyane et la difficulté de pénétrer les denses zones forestières, sont fréquentes.
Les Marrons (qui formeront les communautés dénommées bushinenguées) développent leurs propres traditions et langues à l’intérieur du pays. Les autres populations encore esclaves, proches des zones côtières, forgent une culture créole spécifique, qui mêle idiomes et représentations africaines, européennes et amérindiennes. L’histoire de Cayenne et de la Guyane va toutefois basculer à partir de 1763. Cette année-là, la France lance une vaste opération de colonisation dénommée Expédition de Kourou, comportant environ 14 000 personnes, afin de développer l’agriculture. Mais la plupart des colons sont emportés par les maladies tropicales et la famine. Aggravant la situation, Cayenne est prise par les Portugais et les Britanniques en 1809, avant d’être restituée à la France en 1817.
L’abolition définitive de l’esclavage en 1848 bouleverse profondément la société cayennaise. Une partie importante des affranchis s’établit alors dans la ville, tandis que l’administration coloniale organise l’arrivée d’une nouvelle main d’œuvre, originaire d’Inde, de Chine et du Proche‑Orient notamment. Ces flux migratoires enrichissent durablement la diversité culturelle de Cayenne, perceptible aujourd’hui encore dans sa gastronomie, ses pratiques sociales et son patrimoine. La ville se dote progressivement d’institutions municipales et d’un urbanisme plus cohérent. Toutefois, un incendie en 1888 détruit une large portion du « vieux Cayenne », imposant une reconstruction partielle du centre urbain.

L’année 1854 marque une autre étape de l’histoire guyanaise avec l’ouverture de bagnes qui reçoivent des centaines, sinon des milliers, de prisonniers venus de l’Hexagone. Les condamnés sont envoyés principalement dans les camps des îles du Salut ou à Saint-Laurent-du-Maroni, mais Cayenne représente l’étape principale et devient le centre administratif du nouveau système pénal. Cela bouleversera la physionomie de la ville avec l’arrivée de convois de bagnards, de gardiens et de soldats. Face à des récits de détentions inhumaines, les bagnes seront fermés à partir de 1946, lorsque la Guyane devient un département français d’Outre-mer.
Cayenne devient alors le chef-lieu du territoire et bénéficie de nombreux investissements de l’État. Centre administratif et politique, les infrastructures, les établissements scolaires, les services de santé et les administrations s’y développent. La ville accueille aussi des populations venues principalement du Suriname, du Brésil et d'Haïti (et plus tard des réfugiés hmongs originaires du Laos à la fin des années 70, qui fonderont le village de Cacao), ce qui, associé à un fort exode rural, favorise la croissance démographique. Dans les années 60, le Centre spatial guyanais s’installe à Kourou. Cela a évidemment un fort impact sur Cayenne, dont l’activité économique s’est depuis accrue, avec de nouvelles infrastructures (routes, agrandissement du port de Dégrad‑des‑Cannes), faisant de la ville un carrefour administratif et commercial incontournable.
PM
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