Les milieux humides des territoires ultramarins – mangroves, mares, lagunes, forêts marécageuses, etc. – abritent une part essentielle de la biodiversité française et remplissent des fonctions vitales pour les îles et les littoraux : gestion naturelle de l’eau, protection contre les aléas, stockage du carbone et soutien aux activités humaines. Face aux nombreuses pressions qui pèsent sur ces écosystèmes, la Proposition de stratégie Outre‑mer du 4e Plan national milieux humides, élaborée par le Comité français de l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature (UICN) et le Pôle relais Zones humides tropicales pour le ministère de la Transition écologique, souligne l’importance de mieux intégrer les particularités propres aux Outre‑mer. Synthèse.
Dans le 4ᵉ Plan national en faveur des milieux humides (PNMH4), la définition retenue est celle de la Convention de Ramsar, signée en Iran en 1971. Elle inclut l’ensemble des milieux humides, y compris les zones marines, jusqu’à une profondeur de six mètres à marée basse. Par conséquent, l’expression « milieux humides » est privilégiée dans cette proposition de stratégie, et non celle plus restrictive de « zones humides ». La Proposition de stratégie Outre-mer du PNMH4 (finalisée en 2025 jusqu’à l’horizon 2030) rappelle que « chacun de ces milieux remplit des fonctions écologiques essentielles et fournit des services écosystémiques majeurs ».
Ils sont largement connus : préservation de la faune, captage du carbone, protection des nappes phréatiques ainsi que des côtes contre l’érosion et les submersions marines, etc. Les exemples sont légion. Pour autant les milieux humides ultramarins sont menacés : urbanisation côtière et aménagements touristiques, orpaillage illégal, prolifération d’espèces exotiques envahissantes, bouleversements climatiques via la montée des eaux et l’intensification des événements extrêmes… « À cela s’ajoute un déficit de connaissances, une gouvernance morcelée et une reconnaissance encore trop faible des fonctions écologiques de ces milieux », déplore le document.
Agir, Mobiliser, Connaître
Que faire alors ? Pour commencer, la méthodologie d’élaboration de la stratégie de préservation des milieux humides en Outre‑mer s’est appuyée sur une démarche participative et collaborative associant les acteurs locaux. Cette approche a permis de recueillir des informations sur l’état d’avancement des projets et d’identifier les besoins propres à chaque territoire tout au long du processus. Au fil des échanges et des ateliers, des données bibliographiques ont été collectées, organisées et archivées. Un état des lieux des initiatives en cours a également été réalisé, constituant une base solide pour analyser les actions existantes et évaluer leur efficacité.
De ces travaux résultent trois grands axes : Agir, Mobiliser et Connaître. La Proposition de stratégie Outre-mer du PNMH4 souligne que ces « axes sont interconnectés et doivent être mis en œuvre de manière cohérente pour atteindre des objectifs de durabilité ». Le premier, Agir, veut mettre en place des actions concrètes en faveur de la protection et de la restauration des milieux humides. Objectifs : conservation des écosystèmes, par la création et la gestion d’aires protégées et l’acquisition foncière ; restauration écologique, en promouvant notamment « la renaturation et la biodiversité locale » ; et gestion durable des ressources, en favorisant l’utilisation raisonnée des réserves naturelles intégrant une gestion rigoureuse des eaux et des sols.
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Le deuxième axe, Mobiliser, « consiste à rassembler et accompagner les acteurs locaux, nationaux et internationaux autour de la préservation des milieux humides des territoires d’Outre-mer. Il inclut le soutien aux acteurs économiques dans l’adoption de bonnes pratiques et l’appui à l’évolution des pratiques ayant un impact sur ces écosystèmes », dévoile le rapport. Pour cela, la stratégie Outre-mer entend se baser sur la sensibilisation, la communication et la formation (décideurs, responsables d’espaces naturels, scolaires, grand public, acteurs économiques) ; la gouvernance (gestionnaires, collectivités locales, ONG, chercheurs) ; ainsi que sur la participation citoyenne.
Enfin, le troisième axe, Connaître, entend se focaliser sur la recherche et l’acquisition de connaissances sur les milieux humides. Dans ce cadre, le rapport préconise « de soutenir les efforts de recherche et d’études afin de mieux caractériser ces milieux, d’en renforcer l’identification et la cartographie, et de mieux comprendre les services écosystémiques qu’ils fournissent », d’effectuer un suivi et des évaluations instaurant des indicateurs et des protocoles adaptés aux territoires ultramarins ; et de partager les connaissances en renforçant la diffusion des résultats de la recherche et des données auprès des différents acteurs concernés et des communautés locales.
Actions urgentes à mener
Au total, 154 actions ont été répertoriées dans les départements et régions d’Outre-mer, réparties sur 20 dispositions et 46 mesures. Il serait évidemment trop long de les détailler ici. Pour résumer, la plupart des territoires ultramarins enregistrent un nombre important d’actions urgentes à mener. C’est particulièrement le cas en Guadeloupe (70 actions), en Martinique (plus de 60) et à Mayotte (près de 60), ce qui témoigne d’une forte pression sur les milieux humides et de la nécessité d’interventions rapides et coordonnées. À La Réunion, près de 60 actions restent encore à préciser, ce qui montre que certaines mesures nécessitent un travail supplémentaire de définition et de planification.
En revanche, les actions de moindre priorité apparaissent globalement homogènes d’un territoire à l’autre (entre 15 et 25 actions), ce qui suggère un niveau de maturité comparable des projets engagés. « En ce qui concerne les actions prioritaires, la Guyane se distingue (plus de 50 actions), suivie de la Martinique (environ 35 actions) et de Mayotte, dont le contexte particulier a été marqué par des événements climatiques récents (Chido et Dikeledi) », conclut la Proposition de stratégie Outre-mer du PNMH4.
PM
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