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Présidentielle 2027 : La France insoumise cherche à mobiliser les abstentionnistes ultramarins, selon une note la Fondation Jean Jaurès
Jean-Luc Mélenchon lors d’une réunion publique au Gosier, en Guadeloupe ©DR

À un an de la présidentielle, La France insoumise (LFI) intensifie sa quête de nouveaux réservoirs électoraux pour offrir à Jean‑Luc Mélenchon les voix qui lui avaient manquées en 2022 pour atteindre le second tour. Si la mobilisation des abstentionnistes dans les quartiers populaires des grandes villes de France hexagonale demeure au cœur cette stratégie, Jérôme Fourquet, directeur du département Opinion et stratégies d’entreprise de l’Institut français d'opinion publique (Ifop) souligne dans une note réalisée pour la Fondation Jean-Jaurès que les territoires ultramarins prennent désormais une importance grandissante dans les objectifs politiques de LFI.

Les banlieues et les quartiers populaires des grandes agglomérations de l’Hexagone représentent le principal réservoir électoral identifié par LFI, mais Jean‑Luc Mélenchon entend également mobiliser une autre frange d’électeurs potentiels : les abstentionnistes de plusieurs territoires ultramarins, sur des problématiques telles que l’autonomie, la reconnaissance des spécificités locales et l’anticolonialisme. « Ainsi, le 7 juin 2026, alors qu’il tenait son grand meeting de lancement de campagne à Saint-Denis, ville emblématique du « 93 », le candidat a déclaré que s’il était élu, la Nouvelle-Calédonie « irait vers l’indépendance », souligne Jérôme Fourquet.

Ce message s’adressait particulièrement aux Kanaks, aux opinions majoritairement indépendantistes. Cependant, les bons scores de Mélenchon au sein de cette communauté au premier tour de dernière présidentielle sont à relativiser en raison d’un taux d’abstention record (voir tableau ci-dessous). En se disant favorable à la marche vers l’indépendance de la Nouvelle-Calédonie, le candidat de LFI veut demeurer fidèle à la tradition anticolonialiste de son parti. Mais il vise également à mobiliser en sa faveur les dizaines de milliers d’électeurs kanaks, qui boycottent habituellement l’élection présidentielle « française » pour laquelle ils sont traditionnellement dénués d’intérêt.

Dans son discours de Saint-Denis, Jean Luc Mélenchon avait aussi mentionné plus spécifiquement la Guyane, où il était arrivé en tête en 2022 avec un taux de 50,6% au premier tour, en dépit de 64% d’inscrits absents des urnes. Toutefois, « si, en 2027, au terme d’une campagne de mobilisation active, LFI parvenait à faire tomber le taux d’abstention à 40% et que les nouveaux électeurs votaient pour Jean-Luc Mélenchon dans les mêmes proportions que les électeurs ayant participé au scrutin de 2022, le gain serait de près de 13 000 voix dans ce département », analyse Jérôme Fourquet.    

À Saint-Denis, Mélenchon a également déclaré, principalement à l‘intention des Antilles-Guyane et de La Réunion : « Aucun tabou à ce sujet de l’autonomie. La perspective sera le droit complet à l’autonomie quand et seulement quand les populations concernées la souhaitent, et au rythme qu’ils auront choisi ». L’attention portée par Jean‑Luc Mélenchon aux populations antillo-guyanaises et réunionnaises s’inscrit dans une dynamique ancienne. En décembre 2021, il s’était rendu aux Antilles, où il avait notamment relayé le mouvement de contestation du personnel soignant opposé à l’obligation vaccinale contre le Covid‑19. Cette défiance trouvait un écho particulier dans un contexte marqué par la question de la vie chère et le scandale du chlordécone, ce pesticide extrêmement toxique employé massivement dans les bananeraies et dont l’interdiction par les autorités n’est intervenue que tardivement.

Une stratégie payante. « Entre 2017 et 2022, le candidat de LFI vit ainsi son score spectaculairement progresser de 24,1% à 56,2% en Guadeloupe et 27,4% à 53,1% en Martinique », rappelle Jérôme Fourquet, malgré une abstention de plus de 55%. Pour les militants du parti des Insoumis, cela démontre l’existence de réserves électorales significatives. Ainsi, une augmentation de la participation de 15 points en 2027 se traduirait, si l’on suppose que les nouveaux votants se comportent comme ceux ayant pris part au scrutin de 2022, par un apport estimé à 27 000 voix supplémentaires en Guadeloupe et à 24 000 en Martinique en faveur de Jean‑Luc Mélenchon.

Même dynamique à La Réunion, où ce dernier avait obtenu 46,4% au premier tour de l’élection présidentielle de 2022. En outre, deux députés de LFI ont été réélus aux législatives de 2024, et un candidat affilié à ce parti a remporté la mairie du Tampon (83 000 habitants) aux dernières municipales, ce qui démontre une bonne implantation des Insoumis dans le territoire, en dépit du facteur abstentionniste. « Compte tenu du poids démographique important de l’île (675 000 inscrits en 2022), La Réunion abriterait également de conséquentes réserves électorales pour LFI. Ainsi, à score identique de Jean-Luc Mélenchon en 2027 par rapport à 2022, une hausse de la participation de 10 points l’année prochaine se traduirait par 31 000 suffrages supplémentaires pour le candidat », conclut Jérôme Fourquet.

PM