En se basant sur les données hospitalières disponibles, la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (DREES) a récemment publié une analyse consacrée à l’évolution de la mortalité périnatale en France en 2024. Cette étude retrace les tendances de la mortinatalité (enfants nés sans vie) et de la mortalité néonatale précoce (enfants nés vivants mais décédés au cours de leur première semaine), deux facteurs de la mortalité périnatale. La DREES constate notamment que celle-ci est beaucoup plus élevée dans les départements et régions d’Outre-mer (DROM), par rapport à l’Hexagone.
Le nombre d’enfants nés sans vie ou décédés dans leur première semaine de vie s’élève, en France, à 7398 en 2024, pour un total de 661 822 naissances. Selon les données hospitalières, le taux de mortalité périnatale — qui correspond aux enfants nés sans vie ou décédés dans les sept premiers jours suivant une naissance survenue à partir de 22 semaines d’aménorrhée — atteint 11,2 pour 1000 naissances. Ce taux, après avoir oscillé autour de 10,5‰ entre 2014 et 2021, est en hausse depuis 2021, avec une progression marquée en 2024.
Sur l’année considérée, la mortinatalité (composée des interruptions médicales de grossesse (IMG) et des morts fœtales spontanées) représente 82% des cas de mortalité périnatale. Les chiffres de mortinatalité, stables depuis 2014, progressent en 2024 pour atteindre 9,2‰ (+0,4 point par rapport à 2023). « Dans les DROM, en 2024, la mortinatalité est de 14,1‰, contre 8,9‰ en France métropolitaine », constate la DREES. Par ailleurs, « la pratique des IMG est beaucoup moins fréquente dans les DROM avec, en 2024, 2,5 IMG pour 1000 naissances, contre 3,6‰ en France métropolitaine. L’écart s’est accentué en 10 ans : en 2014, il y avait 3,3 IMG pour 1000 naissances dans les DROM, et 3,7‰ en France métropolitaine », ajoute cet organisme.

Le reste de la mortalité périnatale est due à la mortalité néonatale précoce (18%). En 2024, pour 1000 enfants nés vivants, deux sont décédés durant leur première semaine de vie (mortalité néonatale précoce), soit 1304 sur le plan national, un nombre en diminution de 4,5% depuis 2014. Toutefois, la mortalité néonatale précoce est 1,7 fois plus importante dans les DROM qu’en France hexagonale, avec un taux de 3,3‰ contre 1,9‰ (les répartitions selon l’âge au décès étant globalement identiques).
La mortalité périnatale est plus élevée en cas de prématurité (84%) ou de naissances multiples (36,7 naissances pour 1000 naissances multiples, jumeaux, triplés ou plus). « Le taux de mortalité périnatale est aussi plus élevé lorsque la mère est âgée de moins de 20 ans (18,1‰) ou de 40 ans ou plus (17,6‰) que lorsqu’elle a entre 30 et 34 ans (9,9‰). Chez les mères les plus âgées, les complications de la grossesse sont plus fréquentes, avec des pathologies préexistantes plus fréquentes, un risque plus élevé d’anomalies fœtales et davantage de grossesses multiples », souligne l’étude. En outre, la mortalité périnatale est plus élevée dans les communes défavorisées (12% contre 9,5% pour les localités plus favorisées).

Au niveau régional, la mortalité périnatale se situe dans une fourchette de 1 à 2,3 entre les différents territoires. Exemple, de 9,3‰ en Auvergne Rhône-Alpes, à 21‰ en Guadeloupe (voir tableau ci-dessous). Les DROM connaissent les taux les plus élevés, supérieurs dans l’ensemble de 60% au taux moyen de la France hexagonale. La Réunion se différencie cependant des autres DROM par une mortalité périnatale plus faible (12,6‰ en 2024). Dans l’Hexagone, l’île-de-France possède le taux le plus élevé (11,8‰), alors que les Pays de la Loire et l’Auvergne Rhône-Alpes sont les régions où les taux sont les plus faibles (moins de 10‰) depuis 10 ans.
« Dans les DROM comme en France métropolitaine, le taux de mortalité périnatale est trois fois plus élevé en cas de naissances multiples par rapport à une naissance unique (52,7‰ et 16,1‰ dans les DROM, versus 36,4‰ et 9,5‰ en France métropolitaine). Pour les mères de 40 ans et plus, la mortalité périnatale est deux fois plus élevée dans les DROM (33,4‰) qu’en France métropolitaine (16,7‰) », précise la DREES. Enfin, les mères de moins de 20 ans sont plus nombreuses dans les DROM que dans l’Hexagone (7,5% versus 1,5%), avec des chiffres de mortalité périnatale plus élevés que pour la moyenne des femmes (21,3‰ contre 17,2‰).

PM

