Réunis à l'occasion de la conférence des Entrepreneurs de la France Océanique (anciennement CPME océanique) durant la Grande Assemblée des Entrepreneurs (anciennement CPME) les représentants patronaux ultramarins (CPME des Outre-mer) ont porté ce jeudi 25 juin à Paris au Parc des Princes une vision à long terme pour repositionner leurs territoires comme des atouts stratégiques pour la France, tout en défendant vigoureusement le dispositif LODEOM.
C'est le mot d'ordre de Dominique Vienne, président des Entrepreneurs de la France Océanique : cesser de voir les Outre-mer comme des « territoires de préoccupation » pour les penser comme des « bassins de puissance ». S'appuyant sur les travaux prospectifs autour de la France en 2050 menés par l'économiste Frédéric Ghili, la conférence a présenté une « boussole stratégique » articulée autour de quatre piliers : résilience, insertion régionale, différenciation territoriale et justice économique. Elle est destinée à guider l'action des entrepreneurs indépendamment des alternances politiques. «Aujourd'hui, les entrepreneurs de la France océanique, on a vraiment voulu porter un message de force collective», indique Dominique Vienne.
L'objectif est clair : faire entendre la voix des entrepreneurs ultramarins dans le débat. « Ces territoires peuvent devenir des territoires de projection, de puissance et de désir », a insisté Dominique Vienne, qui dit choisir « l'optimisme » malgré la lucidité sur les dossiers en suspens. « Nous sommes dans un moment où les nuages sont chargés. Nous avons des problématiques de loi de finances sur la LODEOM, le coût du travail, sur l'aide à l'investissement, sur la MACF, une taxe carbone qui va surenchérir au moment où on parle de vie chère. Donc nous restons lucides»


« On parle trop souvent des Outre-mer via des crises »
La ministre des Outre-mer Naïma Moutchou a tenu à être présente à cette conférence pour faire valoir son combat en faveur de l'entrepreneuriat ultramarin. « Trop souvent, on parle des territoires ultramarins via des crises, via des catastrophes naturelles, via des difficultés sociales, a-t-elle déclaré. Tout ça existe. Mais il y a aussi des forces, des atouts, des gens qui ont envie de faire. »

Sur le fond, la ministre a détaillé ses priorités. Parmi elles : investir dans les compétences, à travers la formation, l'apprentissage et l'insertion professionnelle. « Aucune stratégie économique ne réussira sans des salariés qualifiés ». Elle a également cité entre autre la nécessité de mieux intégrer les Outre-mer dans leur environnement régional, reconnaissant que « beaucoup de marge de manœuvre » existe encore dans ce domaine. Évoquant ses déplacements sur les territoires, elle a rendu hommage aux chefs d'entreprise ultramarins : « Partout où je me déplace, je rencontre des entrepreneurs qui prennent des risques, qui innovent, qui embauchent, qui continuent de manager les difficultés. »
L'objectif du gouvernement, a-t-elle dit, est de leur créer un environnement propice en soulignant notamment la présentation prochaine d'une feuille de route ministérielle dont l'initiative « Choose Outre-mer » le 1er octobre prochain et des lois d'orientation par territoire. Un discours qui a été accueilli comme un signal positif par les Entrepreneurs de la France océanique, sans excès d'enthousiasme.

La LODEOM en ligne de mire : « Un outil de développement, pas une ligne budgétaire »
Le sujet qui a concentré les discussions est l'évaluation en cours du dispositif LODEOM système d'exonérations de charges sociales spécifique aux outre-mer. Victor Venutolo, président de Les Entrepreneurs de Guadeloupe (CPME Guadeloupe) ne cache pas son inquiétude. « Ce type de mission aux Antilles annonce rarement de bonnes nouvelles. On arrive, on parle d'abus, et on coupe. » Pour lui, la LODEOM est « extrêmement important et utile » et devrait même être renforcé pour lutter contre les bas salaires, et non réduit. Il cite la baisse du chômage en Guadeloupe comme preuve concrète de l'efficacité du dispositif. « On nous regarde toujours sous l'angle comptable, les dépenses, jamais la valeur ajoutée ni les recettes générées. »
Dominique Vienne partage ces réserves sur le rapport d'évaluation en cours, craignant qu'il ne se concentre sur le seul prisme budgétaire. Il oppose à cette lecture le rapport sénatorial porté par la sénatrice de Mayenne Élisabeth Doineau et la sénatrice de Guadeloupe Solanges Nadille, qui démontrerait l'efficacité et la pertinence de la LODEOM comme instrument de développement économique, social et environnemental, « plus vertueux qu'une simple approche fondée sur la solidarité nationale ».
Au-delà des dossiers immédiats, les entrepreneurs ultramarins défendent un principe de méthode : toute réforme nationale, toute loi, toute décision à Paris comme à Bruxelles doit intégrer par réflexe automatique son impact et son équité pour les régions d'outre-mer. Ils appellent cela le « réflexe transocéanique », ou le « réflexe RUP » à l'échelle européenne.
« On se sent reconnus, invités aux discussions, on perçoit un certain respect », admet Céline Rose, présidente des Entrepreneurs de la Martinique. « Le message qu'on passe avant tout c'est une meilleure compréhension de nos territoires, avoir des données chiffrées, évaluées pour être factuelles sur le regard qu'on porte à nos territoires et puis bien sûr de la stabilité, de la lisibilité parce que quand on est chef d'entreprise, que ce soit chez nous ou ailleurs d'ailleurs, On a besoin d'avoir cette stabilité». Mais le processus reste lent, et les changements politiques fréquents obligent à recommencer sans cesse le travail de sensibilisation. L'étape manquante, pour Céline Rose reste celle où la décision publique intègre concrètement l'adaptation et l'équité économique pour les outre-mer non plus comme exception, mais comme automatisme.

Cap sur la présidentielle
Les Entrepreneurs de la France Océanique entendent peser dans le débat présidentiel à venir. Le mouvement s'engage à aller à la rencontre des candidats pour porter leurs positions et défendre l'importance de la création de richesse ultramarine pour la puissance nationale. Leur outil : la « boussole stratégique » élaborée lors de la conférence, conçue précisément pour traverser les cycles politiques sans en dépendre. « Nous serons placés à côté des candidats aux élections présidentielles aussi, pour porter la voix des entrepreneurs, parce que ce qui fait la force d'un pays, c'est ces femmes et ces hommes, celles et ceux qui créent la richesse, et cette richesse, lorsqu'elle a été créée, elle est partageable».

Indépendamment des alternances, les entrepreneurs veulent que leurs territoires soient traités non comme des charges budgétaires, mais comme des leviers de souveraineté et de rayonnement pour la France.
La CPME devient Les Entrepreneurs En amont de la tenue de La Grande Assemblée des Entrepreneurs, l'ancienne CPME a, par voie de communiqué, annoncé sa nouvelle identité. La CPME s'appelle désormais Les Entrepreneurs. Ce changement d’identité, accompagné d’un nouveau logotype, marque une nouvelle étape dans l’histoire de l’organisation patronale représentative des TPE-PME, des artisans, commerçants, indépendants et entreprises à taille humaine. «Ce que nous représentons, ce n’est pas seulement une catégorie d’entreprises. C’est une réalité humaine, économique, sociale et territoriale : des entrepreneurs qui prennent des risques, engagent leur responsabilité, créent de l’emploi et font vivre le pays. Avec Les Entrepreneurs, nous voulons donner plus de force à leur voix. Parce que celles et ceux qui font avancer le pays doivent aussi prendre toute leur place dans le débat public », déclare Amir Reza-Tofighi, président des Entrepreneurs. Pour rapppel, Les Entrepreneurs, anciennement CPME, représentent les TPE, PME, ETI, artisans, commerçants, indépendants, entreprises de croissance et entreprises à taille humaine. Avec 120 fédérations professionnelles, 117 unions territoriales et 13 unions régionales, l’organisation est présente dans tous les départements et régions. |

