Le sénateur de Polynésie Teva Rohfritsch nommé rapporteur d’une mission sur « la diplomatie climatique à l’épreuve d’un monde en tension »

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Le sénateur de Polynésie Teva Rohfritsch nommé rapporteur d’une mission sur « la diplomatie climatique à l’épreuve d’un monde en tension »

À l’initiative du groupe Rassemblement des démocrates, progressistes et indépendants (RDPI), le Sénat a créé, ce jeudi, une mission d’information sur le thème « La diplomatie climatique à l’épreuve d’un monde en tension ». Présidée par Rachid Temal, c’est le sénateur de Polynésie française, Teva Rohfritsch, qui a été nommé rapporteur de cette mission.

« La création de cette mission d’information est motivée par un sentiment d’urgence » indique un communiqué de la mission sénatoriale. « Les difficultés de la COP 30, qui s’est tenue en novembre 2025 à Belém au Brésil, ont souligné la crise que traverse la diplomatie climatique, 10 ans après les espoirs soulevés par la COP 21 et la signature des accords de Paris ».

« La décennie 2011-2020 a été la plus chaude observée depuis environ 125 000 ans. Ce record est en passe d’être rapidement dépassé : les années 2023, 2024 et 2025 figurent déjà parmi les trois années les plus chaudes jamais enregistrées » alerte Rachid Temal, sénateur socialiste du Val-d’Oise. « La question du dérèglement climatique est donc un enjeu majeur pour les décennies à venir », mais un enjeu qui se heurte à « la fragmentation du monde et le retour des logiques de puissance. »

« La France sera particulièrement exposée à ces bouleversements » a poursuivi le sénateur de Polynésie. « Le réchauffement atteindrait 3 °C à l’échelle mondiale, mais 4 °C pour la France hexagonale, accentuant fortement les risques sanitaires, économiques et territoriaux », notamment en Outre-mer, où « le village de Miquelon, menacé par la submersion marine, devra ainsi être relocalisé à un kilomètre de son site actuel ».

Teva Rohfritsch évoque aussi la Polynésie française, où « près d’un tiers des îles pourrait disparaître d’ici 2100 sous l’effet de l’élévation du niveau de la mer, tandis que les terres restantes devront faire face à l’afflux massif de réfugiés climatiques en provenance du Pacifique ». Pour le sénateur polynésien, « la réponse à cette question globale ne peut être que globale ».

En 2023, la Chine représente 30% des émissions de carbone, les États-Unis 11%, l’Inde 8% et l’Europe seulement 6%, dont moins de 1% pour la France. « Autant dire qu’agir au simple niveau européen, encore pire, national, n’aurait qu’un impact très faible » a-t-il souligné. « L’objet de la diplomatie climatique est donc de faire avancer dans une seule et même direction l’ensemble des pays, afin de léguer à nos enfants une terre vivable », insiste Teva Rohfritsch.

Depuis 1992 et la Déclaration de Rio, la diplomatie climatique repose sur « trois grands principes », a rappelé Teva Rohfritsch. Des principes eux-mêmes basés sur une relation nord-sud, ou pays développés à pays en voie de développement, considérant que les premiers, comptables de la dégradation de l’environnement, sont responsables des impacts essuyés par les seconds, eux-mêmes en « droit (…) à pouvoir satisfaire leurs besoins économiques et sociaux ».

« Cette situation apparait aujourd’hui dépassée » estime Teva Rohfritsch. « Les pays développés ne peuvent et ne veulent plus assumer seuls la charge financière de la transition et les émissions des pays du Sud ont beaucoup augmenté, une conséquence de leur inclusion dans l’ordre économique mondial. Une évolution de la répartition des responsabilités est nécessaire, mais la règle de l’unanimité rend ces changements difficiles à obtenir ».

Ajouté à cela, une « situation internationale très peu propice à la coopération et à des engagements financiers », des « tensions géopolitiques » également liées au climat, « l’impact social des mesures en faveur de la transition » ou encore le « poison » de la désinformation, parfois relayé par des responsables politiques majeurs, font que la diplomatie climatique traverse une crise, alors même que « les conséquences du dérèglement climatique se font déjà sentir » et que « le monde n’est qu’aux prémisses » de ces bouleversements.

La mission d’information débutera ses auditions ce vendredi 13 février, avec Valérie Masson-Delmotte, ancienne co-présidente du groupe n° 1 du GIEC, membre du Haut Conseil pour le climat, et Stéphane Crouzat, ambassadeur de France en République tchèque, ancien ambassadeur chargé des négociations sur le changement climatique (2020-2024), pour les énergies renouvelables et la prévention des risques climatiques et les cercles de réflexion IDDRI et E3G.

Les travaux devraient être conclus cet été.