Le Conseil de Paris a adopté à l'unanimité, samedi 19 juillet 2025, un vœu sur le dépistage gratuit de la chlordécone. Porté par le groupe Écologiste et Social de Paris et travaillé avec le cabinet de l'adjoint à la santé Antoine Alibert, il a été présenté en séance par le conseiller Nour Durand-Rocher. Derrière cette victoire, Laurent Sorel, adjoint au maire de Paris en charge de l'Outre-mer qui a salué « une première étape vers la reconnaissance d'une injustice et d'une discrimination environnementale».
Ce vote renforce et précise un premier vœu adopté il y a trois ans, qui n'avait pas permis d'avancer significativement. « Pour moi qui suis né et qui ai grandi en Martinique et qui vis aujourd'hui à Paris, c'était un moment très fort. Il fallait reprendre le travail là où on l'avait laissé et voir ce qui bloquait et voir comment faire en sorte que la ville de Paris passe aux actes», confie Laurent Sorel à Outremers 360.L'enjeu est direct : 10 % des Parisiens sont d'origine ultramarine, et plus de 12 % des agents municipaux. Face au scandale de la contamination à la chlordécone, la ville de Paris estimait avoir une responsabilité à prendre.
Le chiffre est implacable : 80 % des Guadeloupéens et des Martiniquais sont contaminés à la chlordécone, et les terres et les eaux sont polluées pour des centaines d'années. La loi du 12 juin 2026, qui reconnaît une responsabilité partielle de l'État français, constitue une avancée tout en rappelant que l'Etat doit aller au-delà en termes de moyens sur le plan chlordécone IV et de réparation et d'indemnisations aux victimes.
Une expérimentation ciblée sur les agents volontaires
La méthode retenue repose sur la co-construction avec les personnes concernées, les syndicats d'agents, les collectifs impliqués et les partenaires institutionnels (ARS, AP-HP, Assurance maladie, services de la ville). Dans un premier temps, l'expérimentation ciblera les agents volontaires de la ville de Paris, avec une attention particulière portée à ceux bénéficiant de congés bonifiés impliquant un séjour prolongé d'un mois aux Antilles. « Ces agents seront testés avant et après leur séjour, dans le cadre d'une démarche de santé globale allant au-delà du seul dépistage» précise Laurent Sorel. Les principes sont clairs : anonymat, volontariat, et précautions sanitaires.
« L'objectif n'est pas de faire des cobayes, mais de faire avancer la recherche et de tenir compte des spécificités de la diaspora ultramarine », précise Laurent Sorel. Un comité de suivi réunissant les personnes concernées, les collectifs et les services de la ville sera mis en place pour accompagner le dispositif.
Justice environnementale et reconnaissance
Pour Laurent Sorel, ce vœu dépasse la question sanitaire. « Ce n'est pas qu'une question de santé publique, c'est aussi une question de justice environnementale et de reconnaissance face à un cas d'école de discrimination environnementale. » Il souligne que la réparation première incombe à l'État mais la ville de Paris entend jouer son rôle pour faire avancer le débat. «C'est aussi le rôle de la ville de Paris de faire avancer la discussion et les démarches sur ces questions-là pour faire en sorte qu'il y ait réparation et que sur ces questions-là, notre histoire, l'injustice dont on a été victime, soit reconnue à sa pleine mesure.»
À terme, l'objectif est d'étendre la démarche à un panel plus large d'ultramarins, et de garantir que les personnes contaminées puissent se faire tester gratuitement et accéder aux soins « au même titre que tous les autres citoyens français ». Ce premier pas, dit-il, « est à la fois le plus important et le plus simple pour ouvrir la voie à des avancées futures ». Laurent Sorel, adjoint au maire de Paris en charge de l'Outre-mer a affiché sa détermination à poursuivre ce combat. « Ma volonté est de ne pas m'arrêter là », conclut-il.

