Entre novembre et décembre 2023, une enquête a été effectuée par l’Observatoire régional de la santé de Guadeloupe (Orsag) sur un échantillon représentatif de la population guadeloupéenne, majeure et résidente de manière permanente dans l’archipel. Les résultats de l’étude, publiés récemment par Santé publique France, indiquent une dégradation de la perception de l’état de santé des Guadeloupéens et met en lumière des difficultés d’accès aux soins. Ces obstacles entraînent des retards de diagnostic, des risques sanitaires et plus généralement un sentiment de mal‑être. L’Orsag recommande des politiques publiques renforcées pour améliorer l’offre, l’accessibilité et soutenir les populations les plus vulnérables.
Les données de l’enquête indiquent une nette dégradation de la santé perçue en Guadeloupe entre 2021 et 2023 : la proportion de personnes se déclarant en bonne santé passe de 72% à 56%. Cette baisse est préoccupante, car elle touche un indicateur essentiel de morbidité et de recours aux soins. « Dans les territoires ultramarins, ces facteurs sont accentués par des contraintes structurelles spécifiques : l’éloignement géographique, une offre de soins limitée et inégalement répartie, des difficultés de mobilité liées aux transports, ainsi que des inégalités socio-économiques plus marquées », relève l’Orsag. Par exemple, 77% des employés se déclarent en bonne ou très bonne santé, contre 49% des personnes au chômage.
Les résultats de l’étude montrent que 31% des répondants déclarent souffrir d’une maladie chronique, tandis qu’un peu plus de 6% se disent en situation de handicap. Ces réalités — maladie chronique, handicap ou précarité sociale — illustrent l’impression d’une santé plus dégradée dans le territoire considéré, comme dans l’ensemble des départements et régions d’Outre-mer DROM. Pour L’Orsag, ces observations impliquent l’urgence de renforcer la prévention et l’accès aux soins dans les DROM pour réduire les inégalités de santé.

Une personne interrogée sur dix a indiqué avoir renoncé à un soin au cours des 12 mois précédant l’enquête. Dans ce cas de figure, les femmes étaient largement plus nombreuses que les hommes (12% contre 6%). Les données recueillies montrent que les consultations auprès des spécialistes étaient celles auxquelles les répondants avaient le plus renoncé (46%), suivies des examens médicaux (26%). « Pour 41% de ceux qui ont renoncé à un soin, les principaux motifs étaient les délais trop longs pour obtenir un rendez-vous et les problèmes d’accessibilité. La raison financière concernait 21% des répondants ayant renoncé à un soin et pour 18% de ces personnes, il était question d’indisponibilité liée à leur emploi. Enfin, pour 15% d’entre elles, le renoncement était dû à la non-disponibilité du professionnel de santé » (voir tableau ci-dessus), précise l’Orsag.
D’après cet organisme, ces résultats signifient que le renoncement aux soins constitue un marqueur majeur des inégalités sociales et territoriales de santé, en combinant à la fois des facteurs individuels — état de santé, ressources, mobilité — et des facteurs structurels tels que l’offre de soins et l’organisation territoriale. L’étude a identifié trois priorités pour améliorer l’accès aux soins en Guadeloupe : soutenir l’installation de professionnels de santé (57% des répondants), accompagner les habitants dans l’accès à leurs droits en matière de santé (56%) et faciliter l’accès aux aides à domicile en cas de dépendance (42%).

Les données de l’enquête mettent également en évidence une perception préoccupante de la santé mentale en Guadeloupe : moins de six personnes sur dix déclarent être en bonne forme psychique. Les publics les plus vulnérables, en particulier les personnes âgées et celles disposant de faibles revenus, apparaissent davantage exposés, confirmant l’association entre vulnérabilité sociale et risque accru de détérioration psychique. « Cette dégradation a été amplifiée par le climat anxiogène lié à la crise sanitaire, mais aussi par les difficultés de prise en charge (manque de places, de personnels…) sur le territoire, augmentant ainsi les risques de décompensation et de perte de chance. La crise a également accentué l’isolement de certaines populations et aggravé la situation financière des ménages précaires », analyse l’Orsag.
En conclusion, l’étude recommande que l’accès aux spécialités médicales et paramédicales pour l’ensemble de la population guadeloupéenne soit le socle de la priorité des politiques de santé publique. Une collaboration étroite entre les professionnels de santé et les autorités sanitaires apparaît ainsi essentielle pour intégrer de manière opérationnelle les spécificités du territoire, dans la perspective d’un accès équitable aux soins. Le contexte local — marqué par l’insularité, une fragilité socio‑économique, une morbidité élevée et une organisation des services de santé inégale — requiert la mise en œuvre d’initiatives adaptées, centrées notamment sur le renforcement de l’offre de soins et l’amélioration de l’accessibilité physique et organisationnelle des structures.
PM

