INTERVIEW. Les Outre-mer, « un patrimoine géologique remarquable à valoriser » pour Xavier Daupley, directeur adjoint du BRGM

©BRGM

INTERVIEW. Les Outre-mer, « un patrimoine géologique remarquable à valoriser » pour Xavier Daupley, directeur adjoint du BRGM

Présent dans l’ensemble des territoires ultramarins, le Bureau de recherches géologiques et minières y compte une quarantaine d’ingénieurs et chercheurs répartis autour du globe. Développement des énergies, recherche scientifique, protéger des littoraux face à l’érosion et à la submersion marine, préserver la ressource en eau… Les enjeux dans les Outre-mer sont nombreux. Xavier Daupley, directeur adjoint du BRGM en charge des Outre-mer revient sur les travaux menés par l’établissement public dans ces territoires et sur les projets à venir.

C’est un acteur essentiel au développement des territoires. Le Bureau de recherches géologiques et minières intervient dans de nombreux domaines et participe à la mise en œuvre de projets divers dans les Outre-mer. De l’océan indien au Pacifique, en passant par les Antilles, l’établissement national expert du sol et du sous-sol travaille en collaboration avec les collectivités et les régions. C’est par exemple grâce au BRGM que l’île de La Réunion possède une cartographie géologique complète de l’île. L’établissement mène aussi des travaux de recherche sur le nickel en Nouvelle-Calédonie ou sur la dépollution des sols en Martinique et en Guadeloupe. A Mayotte, le BRGM se concentre notamment sur la recherche du potentiel souterrain pour répondre aux besoins croissants en eau.

Xavier Daupley, directeur adjoint en charge des Outre-mer revient sur la présence du BRGM dans les territoires ultramarins et dévoile les projets à court et moyen terme.

Dans quel territoire ultramarin le BRGM est-il présent et quel type d’action menez-vous ?

Xavier Daupley : Le BRGM est présent depuis plus de cinquante ans sur les territoires ultramarins et mène des activités de recherche scientifique et d’appui aux politiques publiques. Environ 50 personnes, dont une quarantaine d’ingénieurs et chercheurs, sont réparties dans les cinq départements et régions d’Outre-mer. Le BRGM est également présent en Nouvelle-Calédonie et mène des projets en Polynésie-Française et dans les collectivités d’Outre-mer, à Saint-Pierre-et-Miquelon en particulier.

Quelles sont les spécificités des territoires ultramarins par rapport à la recherche menée dans l’Hexagone ?

Les activités du BRGM dans les Outre-mer sont très majoritairement tournées vers l’appui aux politiques publiques dont une part significative relève d’actions de recherche et développement. Les domaines d’intervention sont principalement sur les risques naturels, puis sur la connaissance et la préservation de la ressource en eau souterraine. Les contextes géologiques et géographiques de ces territoires apportent quelques spécificités, tels que le risque sismo-volcanique, l’exposition aux cyclones tropicaux et plus globalement au changement climatique.

À La Réunion, premier territoire où vous vous êtes implanté en 1974, le BRGM a contribué à l’amélioration des connaissances sur la géologie locale. Comment ?

Les priorités du BRGM se sont d’abord focalisées sur la cartographie géologique complète de l’île. Cette connaissance s’est enrichie progressivement grâce à la réalisation de forages dans les années 70 pour l’alimentation en eau potable puis pour caractériser le potentiel géothermique. De nombreuses études ont ensuite été menées et se poursuivent actuellement pour mieux suivre les risques naturels, glissement de terrain ou risques d’éboulement auxquels doit faire face la Réunion. En 2014, des campagnes d’acquisition de données géophysiques par voie aérienne ont permis d’améliorer la connaissance géologique et imager le sous-sol de l’île. Elles seront renforcées dès l’année prochaine par la mise en œuvre d’autres techniques géophysiques permettant d’accéder à la structure profonde de l’île.

Parmi les projets menés dans les Outre-mer, on peut citer le développement de la géothermie. Pouvez-vous m’expliquer ce que c’est et quels territoires sont concernés ?

Les îles volcaniques des DROM présentent un contexte géologique lié à un volcanisme actif ou récent favorable au développement de la géothermie dite électrogène c’est-à-dire qui permet de produire de l’électricité grâce à l’accès à des températures élevées dans le sous-sol. La Guadeloupe est le territoire qui présente les plus fortes potentialités, avec la région de Bouillante qui est, pour l’instant, la seule zone à produire de l’électricité d’origine géothermique, depuis 1986. De nombreux travaux d’exploration géothermique de surface ont été menés depuis en Martinique, à la Réunion ou encore à Mayotte. Le potentiel géothermique exploitable doit être confirmé par des explorations complémentaires menées dans le cadre de projets de recherche et par les porteurs de projets et titulaires de permis d’exploration.

Quels sont les enjeux liés aux eaux souterraines dans les territoires d’Outre-mer ?

Les eaux souterraines constituent une ressource en eau potable qui vient compléter d’autres sources d’approvisionnement, comme les prélèvements en rivières, dans les retenues ou celle apportée, selon les territoires, par les usines de dessalement. Dans le contexte de pressions croissantes liées au changement climatique, d’une forte densité de population et de besoins accrus en eau, la connaissance la plus approfondie de cette ressource à l’échelle de chaque territoire ultramarin est capitale.

©BRGM

L’un de vos axes de travail est aussi la préservation de la ressource. Qu’en est-il pour les Outre-mer ?

C’est également un axe de travail important en Outre-mer. Les eaux souterraines représentent une ressource vitale pour les territoires ultramarins. Il est crucial de préserver cette ressource et d’évaluer comment elle peut être affectée en quantité et qualité par les changements globaux ou l’augmentation des pressions anthropiques.

À Mayotte, vous avez mené une campagne de prospection visant à identifier de nouvelles ressources en eau souterraine destinées à l’alimentation en eau potable. Où en est ce projet ?

Depuis 15 ans, le BRGM accompagne techniquement et scientifiquement le syndicat d’eau de Mayotte dans la réalisation de vastes campagnes de forages pour la mobilisation de la ressource en eau souterraine. La 7ème campagne, qui a débuté en octobre 2025, verra la réalisation de 23 nouveaux forages au total (une dizaine de forages pour la campagne précédente). Cela marque une accélération, voulue par les pouvoirs publics, dans la diversification des sources d’approvisionnement, en réponse à la crise de l’eau de 2023.

En Nouvelle-Calédonie, comment le BRGM travaille-t-il sur le sujet du nickel ?

Le BRGM mène de longue date des travaux de recherche sur la connaissance géologique de Nouvelle-Calédonie et des gisements de nickel. Il collabore avec tous les acteurs du territoire sur le nickel, le Service Géologique de Nouvelle-Calédonie, la Direction de l’Industrie, des Mines et de l’Environnement de Nouvelle Calédonie, le GIP CNRTEC Nickel et les exploitants miniers.

En Martinique, outre les problématiques liées à l’eau, la chlordécone est aussi un sujet important pour le BRGM. Quels sont les projets de recherche qui visent à développer des méthodes de dépollution des sols ?

Le BRGM coordonne le Projet DéMETer, projet de recherche financé par l’Agence Nationale de la Recherche, qui vise à trouver des solutions pour dégrader la chlordécone. Ce projet allie des méthodes innovantes pour dégrader la chlordécone dans les sols (par voie chimique et par les plantes) et aussi des approches sciences humaines et sociales d’acception des populations vis-à-vis des méthodes employées.

Ces territoires ultramarins sont-ils plus vulnérables de par leur géographie et leur topologie ?

Oui, on peut le dire globalement et à plusieurs égards. Compte tenu de leur position géographique, du caractère insulaire et/ou tropical, des contextes géologiques spécifiques, les territoires ultramarins sont particulièrement exposés aux risques naturels. L’accès à l’eau potable est aussi un enjeu fort de ces territoires, là aussi particulièrement vulnérables, notamment aux effets du changement climatique. Une meilleure connaissance de la ressource en eau souterraine est nécessaire.

Face au changement climatique, comment travaillez-vous sur l’aménagement durable des territoires côtiers ?

En premier lieu, il est nécessaire d’évaluer la nature des effets qui affectent les territoires et de quantifier leur évolution face au changement climatique. Il est ainsi important d’assurer un suivi du littoral pour comprendre les processus physiques. La submersion marine comme l’érosion du littoral sont des phénomènes qui seront accentués par les effets du changement climatique et ceci est particulièrement important sur les territoires ultramarins.

Les littoraux ultramarins présentent des configurations locales très spécifiques et variées, de par leur géomorphologie, les aléas auxquels ils sont soumis, les dynamiques d’évolution du littoral dépendante du contexte insulaire et tropical pour la plupart, influencées par les grands fleuves comme en Guyane, ou encore en contexte subarctique à Saint-Pierre et Miquelon. Les zones basses sont souvent fortement urbanisées et particulièrement exposées au multi-aléas qui conjugue l’érosion côtière, la submersion marine ou encore les tsunamis en zones sismogènes. Cela implique des stratégies d’adaptation différentes par rapport à celles de l’Hexagone.

Y a-t-il du potentiel encore méconnu dans ces territoires selon vous ?

Ils ne sont pas méconnus mais leur connaissance mérite d’être renforcée. C’est le cas de la ressource en eau souterraine. Les aquifères dans les territoires ultramarins sont le plus souvent peu exploités ou sous-exploités, parfois par manque de connaissance de leur existence. On peut également citer les ressources minérales en Guyane dont un inventaire approfondi est en cours de réalisation. Le potentiel géothermique du sous-sol est prometteur et doit être mieux évalué. Enfin, l’ensemble de ces territoires abritent un patrimoine géologique remarquable qu’il convient, si ce n’est de mieux connaître, de mieux valoriser.