Lorsqu’il prend la tête du Service militaire adapté (SMA), le 1er août 2026, le général Frédéric Bos renoue avec un dispositif militaire qui a profondément marqué son parcours. En effet, il y a vingt-cinq ans, il commandait une compagnie du SMA en Martinique. Une expérience qu’il décrit comme « déterminante », parce qu’elle a fait évoluer son style de commandement et sa compréhension des enjeux humains et sociaux. Pour son premier déplacement en Outre-mer, depuis sa prise de fonction, il a choisi la Nouvelle-Calédonie, où il s’est rendu en septembre dernier, à l’occasion de l’annonce de la création d’une quatrième compagnie du RSMA à Dumbéa. De retour de ce déplacement, il livre à Outremers360 une vision très enthousiaste et dynamique de sa mission : former, insérer, accompagner, mais avant tout donner aux jeunes ultramarins les moyens de trouver leur place dans leur territoire et dans la société.
Outremers360 : Vous venez de prendre la tête du Service militaire adapté. Quel parcours vous a conduit jusqu’à cette fonction ?
Général Frédéric Bos : J’ai un parcours assez classique d’officier général. Je suis entré à Saint-Cyr il y a une trentaine d’années avant de servir dans l’infanterie de marine, en particulier dans les troupes parachutistes. Mon parcours s’est construit autour de deux piliers : l’opérationnel et la formation. J’ai également servi dans les opérations spéciales et le renseignement.
Mais un jalon a été particulièrement déterminant. Il y a vingt-cinq ans, j’ai eu la chance de commander une compagnie du Service militaire adapté en Martinique. Cette expérience a profondément fait évoluer mon style de commandement et ma compréhension de problématiques qui m’étaient alors totalement inconnues. Elle a ensuite irrigué mon analyse sur de nombreux sujets, y compris très opérationnels.
Quelles sont les grandes priorités de votre feuille de route pour les prochaines années ?
J’ai la chance de m’inscrire dans la continuité de l’action de mon prédécesseur [NDLR : le Général Patrice Bellon]. L’une des vertus du système militaire est de planifier et d’inscrire son action dans le temps long. J’ai ainsi pris mon commandement au moment où venait d’être signé, par la ministre des Outre-mer, le plan IMPACT, qui fixe un cadre très clair à mon action à horizon 2030.
Ce plan s’articule autour de trois grandes priorités. La première consiste à moderniser les parcours de formation de nos jeunes, en intégrant les nouvelles technologies et en faisant évoluer nos méthodes pédagogiques pour les adapter à une jeunesse qui a beaucoup changé depuis celle que j’ai commandée il y a vingt-cinq ans.
La deuxième priorité vise à adapter nos filières de formation aux spécificités de chaque territoire ultramarin. Car si l’on parle du Service militaire adapté au singulier, il existe en réalité autant de réalités du SMA que de territoires ultramarins. Nous devons donc tenir compte de leurs particularités et de leurs besoins.

Enfin, le troisième volet concerne notre contribution à la résilience des territoires, notamment à travers la création d’une unité de réserve opérationnelle. C’est une forme de « force du pays pour le pays », comme j’aime à l’appeler, qui a vocation à renforcer la capacité des territoires à faire face aux situations de crise.
Vous revenez de Nouvelle-Calédonie, où vous avez annoncé la création d'une quatrième compagnie du RSMA. En quoi ce projet illustre-t-il votre volonté d'adapter le plan IMPACT aux réalités économiques et sociales de chaque territoire ultramarin ?
C’est une question essentielle. Pour rendre notre action opérationnelle et véritablement adaptée à chaque territoire, nous devons avant tout être à l’écoute du terrain. Le système militaire repose notamment sur un principe de subsidiarité, qui consiste à responsabiliser les échelons locaux.
Chaque régiment du SMA dispose ainsi d’une capacité d’adaptation du plan IMPACT aux spécificités de son environnement économique et social. Le régiment de Nouvelle-Calédonie ne fait pas exception : il lui appartient de décliner ce plan en tenant compte des réalités locales afin de le rendre pleinement pertinent.
En Nouvelle-Calédonie, j’ai constaté une dynamique très positive. Le territoire reste profondément meurtri par les événements de 2024, mais l’ensemble des acteurs économiques, les représentants de l’État, les pouvoirs publics et les institutions calédoniennes sont aujourd’hui mobilisés autour d’une même ambition : relancer l’économie et retrouver une dynamique de développement.
Il y a un véritable enthousiasme et une volonté collective d’avancer. Dans ce contexte, le plan IMPACT arrive à point nommé. La création de cette quatrième compagnie incarne précisément cet état d’esprit positif et cette volonté de contribuer à l’avenir d’un territoire au potentiel incroyable.
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Avec près de 6 000 jeunes accompagnés en 2025 et un taux d'insertion proche de 80 %, le SMA affiche des résultats significatifs. Comment s’organise l’accompagnement des jeunes ultramarins vers la réussite, tant sur le plan professionnel que personnel ?
Ma priorité reste l'insertion des jeunes dans le monde socioprofessionnel. Les chiffres que vous évoquez sont des indicateurs importants. Ils montrent que, malgré les difficultés économiques et les freins structurels, il est possible d'obtenir de vrais résultats en accompagnant la jeunesse.
Mais l'insertion ne se limite pas à l'accès à un emploi. Elle comporte aussi une dimension sociale qui me tient particulièrement à cœur : former des jeunes citoyens qui se sentent bien dans leur société et dans leur pays. Cela passe par un accompagnement global, y compris sur des sujets qui peuvent sembler éloignés de la formation militaire : mieux manger, mieux prévenir les risques psychosociaux, prendre en compte le bien-être de jeunes dont de nombreux indicateurs montrent qu'ils rencontrent des difficultés.

Notre objectif est de les préparer à leur avenir professionnel, mais aussi à leur vie de citoyen. C'est l'un des deux piliers fondateurs du SMA depuis soixante-cinq ans : insérer la jeunesse et contribuer, avec elle, au développement des territoires. Nous n'avons pas changé de cap.
La mobilité constitue également un enjeu essentiel. Beaucoup de jeunes partent suivre des formations complémentaires dans l'Hexagone, mais l'immense majorité revient ensuite dans son territoire, mieux qualifiée et mieux préparée. Nous les accompagnons dans ces parcours, car l'éloignement et l'insularité peuvent constituer des obstacles à l'accès à l'information, aux formations et aux études supérieures. Cette mobilité s’appuie notamment sur le centre de formation du SMA à Périgueux, qui permet à des jeunes ultramarins de poursuivre leur parcours de qualification dans des domaines à forte employabilité avant de revenir mettre leurs compétences au service de leur territoire. Faciliter la mobilité, c'est aussi contribuer à désenclaver la jeunesse ultramarine.
Vous souhaitez également moderniser les formations, notamment dans le numérique et l'éducation aux médias. Comment préparez-vous les jeunes à ces nouveaux enjeux, en particulier à l'intelligence artificielle ?
Au-delà de la mobilité et de l'insertion professionnelle, notre ambition est de former des jeunes citoyens qui trouvent pleinement leur place dans leur société, leur pays et leur territoire.
Cela passe notamment par l'apprentissage d'une lecture critique des médias et par une meilleure compréhension des informations qui leur parviennent à travers les outils numériques, dont la fiabilité peut parfois être mise en question. Nous devons apprendre aux jeunes à s'interroger, à prendre du recul et à mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent.
Cette ambition implique également d'adapter nos méthodes pédagogiques et nos filières de formation aux évolutions technologiques. Nous sommes à la fois très ambitieux et très optimistes dans ce domaine.
J'ai par exemple demandé à mon état-major de réfléchir à la manière d'apprendre aux jeunes à utiliser l'intelligence artificielle avec pertinence : savoir poser les bonnes questions, formuler correctement une demande, exploiter toute la puissance de ces outils en comprenant leurs opportunités comme leurs limites.
Nous modernisons également nos moyens pédagogiques. Nous disposons de simulateurs et étudions les possibilités offertes par la réalité virtuelle, notamment pour l'apprentissage de certains gestes professionnels.
L'objectif est toujours le même : mieux préparer les jeunes au monde dans lequel ils évoluent, leur donner les moyens de devenir plus autonomes, plus éclairés et plus résilients. Et, à travers eux, contribuer aussi à renforcer la résilience de leurs territoires.
Dans un contexte budgétaire contraint, le SMA bénéficie de financements de l’État, complétés notamment par des fonds européens. Ces moyens sont-ils aujourd’hui à la hauteur des ambitions du plan IMPACT 2026-2030 ?
J’ai l’intime conviction que les moyens financiers que l’État nous alloue sont aujourd’hui en adéquation avec les missions et les ambitions qui nous sont confiées. Et je constate également qu’ils sont employés avec une très grande rigueur par l’ensemble du dispositif.
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Je viens de prendre mes fonctions et je mesure le travail accompli par mes prédécesseurs, par l’état-major et par l’ensemble des régiments. Qu’ils proviennent du budget de l’État ou des fonds européens, qui viennent compléter nos ressources pour renforcer la qualité des formations et favoriser l’insertion, ces financements sont utilisés avec efficacité.
Pour autant, nous ne pouvons ignorer les difficultés de la conjoncture économique et budgétaire. J’ai donc demandé à mon état-major et à l’ensemble de nos unités de veiller à employer les moyens qui nous sont confiés avec la plus grande rigueur et la plus grande efficacité, afin de ne pas faire peser de charges supplémentaires sur les finances publiques.
C’est aussi notre devoir et notre responsabilité en tant qu’acteur public.
Pour conclure, quel message souhaitez-vous adresser aux jeunes ultramarins ?
Je reviens de Nouvelle-Calédonie avec le souvenir du sourire de nos jeunes, rivé aux lèvres chaque jour. C’est enthousiasmant. J’ai la conviction, chevillée au cœur, que nous avons une jeunesse extraordinaire qui, dans nos formations, s’épanouit, se dépasse et parvient à aller au-delà de certains freins structurels, sociaux ou territoriaux qui ont pu l’entraver auparavant.
Je crois profondément en la jeunesse de nos Outre-mer. Elle représente un formidable atout pour notre nation et je suis intimement convaincu que l'avenir de nos territoires passe par elle.
Je voudrais également adresser un message aux entreprises ultramarines : ayez confiance en cette jeunesse, donnez-lui sa chance ! Nous formons des jeunes compétents, déterminés, qui peuvent contribuer au développement de vos entreprises et de vos territoires.
Nous accomplissons cette mission avec toute la passion, le cœur et la détermination qui animent les soldats de l'armée française. Et nous avons besoin de tous les acteurs, notamment des entreprises, pour partager cet enthousiasme et accompagner cette jeunesse vers l'avenir.

