Environ 80 personnes sont envenimées chaque année en Guyane après une morsure de serpent. Jusqu’à présent, les établissements de santé utilisaient un antivenin importé du Mexique. L’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) vient d’autoriser l’utilisation d’un produit brésilien. Son déploiement dans les communes de l’intérieur doit encore être organisé. Focus avec l’interview de professeur Hatem Kallel, qui travaille sur les morsures de serpent depuis une dizaine d’années, interrogé par notre partenaire Radio Télé Péyi Guyane.
En Guyane, les morsures de serpent représentent chaque année plusieurs dizaines de cas d’envenimation. Environ 80 personnes seraient concernées, dont neuf sur dix après une morsure de grage petits carreaux.
Jusqu’ici, les établissements hospitaliers guyanais utilisaient un antivenin importé du Mexique. Un nouveau produit, fabriqué au Brésil, vient désormais d’obtenir l’autorisation de l’ANSM.
Un anti-venin jugé mieux adapté au contexte guyanais
Pour le professeur Hatem Kallel, qui travaille depuis une dizaine d’années sur les morsures de serpent, le choix du produit brésilien tient notamment à sa proximité géographique et au serpent concerné.
« Nous avons travaillé pour dire : « On est à proximité du Brésil. Le Brésil fabrique des anti-venins pour soigner une population. » On soigne la même population, dans le même contexte géographique, dans le même contexte environnemental, des envenimations causées par le même serpent. Donc, on a considéré que l’anti-venin brésilien était peut-être plus adapté pour notre contexte, surtout, avec l’anti-venin mexicain, on a vu que parfois on est en rupture d'approvisionnement, donc on vit sur nos restes de stock. (…) Il y a un peu plus d'une année, le Brésil a ouvert une ligne commerciale pour partager sa production et la mettre à disposition. Nous avons saisi cette opportunité. On a réuni le dossier scientifique qu'on a déposé à l'ANSM et nous avons eu leur accord très récemment pour pouvoir utiliser cet anti-venin ».
Cette nouvelle possibilité doit également répondre à des difficultés d'approvisionnement rencontrées avec le produit mexicain.
Des délais encore importants pour les patients de l’intérieur
L’accès à l’anti-venin reste toutefois dépendant de la localisation des patients. À ce jour, seuls les hôpitaux de Cayenne, Kourou et Saint-Laurent peuvent administrer le traitement.
Entre 2016 et 2022, à Maripasoula, la moitié des patients concernés auraient ainsi attendu plus de 19 heures avant de recevoir un anti-venin.
Le déploiement du traitement dans les communes de l’intérieur est toutefois prévu prochainement. Trois hôpitaux de proximité doivent pouvoir stocker et administrer les antivenins : Saint-Georges, Maripasoula et Grand-Santi.
« L'enjeu, il est résolu par l'arrivée du CHU et avec la mise en place des trois hôpitaux de proximité qui, avec leur label hôpital, vont avoir la possibilité de stocker et d'administrer des anti-venins dans des conditions de sécurité. Donc, on parle de Saint-Georges, Maripasoula et de Grand Santi (…) Le CHU, avec sa structuration, avec les hôpitaux de proximité qu'il apporte, va nous ramener à ce qu'on a toujours répété : il faut que l’anti-venin aille vers les patients et non pas les patients qui viennent pour l'anti-venin. Derrière l'anti-venin, il y a toute une chaîne de critères à réunir. Il faut avoir une pharmacie, le pharmacien, il faut avoir l'urgentiste... ».
Un anti-venin guyanais encore à l’étude
Un autre projet est également en cours depuis plusieurs années : la mise au point d’un antivenin à partir de venins de serpents présents en Guyane.
L’ARS avait annoncé ce projet en 2023. Une première production à partir de venin local a depuis été réalisée au Costa Rica. Le produit doit toutefois encore passer plusieurs étapes avant de pouvoir être utilisé chez les patients.
« Alors aujourd'hui on a des tests qu'on appelle de neutralisation. Ils vont prendre plusieurs mois, voire deux à trois ans pour les faire et pour attester que cet anti-venin est réellement efficace sur notre serpent. Mais si entre-temps, on voit que l'anti-venin brésilien couvre totalement, qu’il n’y a pas besoin de réinventer la roue et que probablement, il faut aller s'investir plus dans les nouvelles technologies, dans les nanoparticules, dans les anti-venins synthétiques, exploiter les nouvelles techniques de production de médicaments, peut-être qu'on changera notre fusil d'épaule. Et aussi, peut-être qu'on trouvera dans la pharmacopée locale des choses qu'on ne trouve pas dans des traitements allopathiques ».

