ÉCOUTEZ OUTREMERS 360 RADIO

Outremers 360°
Toute l'actualité des Outre-mer à 360°
Guyane : Les piroguiers relancent le syndicat des transporteurs fluviaux avec Madeleine Akatia à la présidence
©Radio Peyi

Après plusieurs années d'inactivité, le syndicat des transporteurs fluviaux de Guyane reprend ses activités. Réunis en conseil d'administration mardi, ses membres ont élu à l'unanimité Madeleine Akatia à la présidence de l'organisation pour un mandat de trois ans. Focus grâce au reportage de nos partenaires de Radio Tele Péyi. 

La nouvelle présidente est déjà connue dans le secteur. Elle dirige une société de transport scolaire fluvial à Apatou depuis 2011 et assurait jusqu'à présent la coordination du collectif des transports fluviaux du Maroni. L'un des principaux objectifs de son mandat sera de structurer et de professionnaliser une filière qui, selon ses représentants, évolue aujourd'hui sans véritable cadre réglementaire. 

Cette feuille de route s'appuie sur un livre blanc rédigé par l'avocate Hélène Sirder. Le document formule plusieurs propositions visant à mieux reconnaître le transport fluvial et à accompagner son développement. Elle explique : « Il faut reconnaître les fleuves comme des infrastructures territoriales, parce que ce ne sont pas que des voies de circulation, ce sont des voies qui assurent la continuité territoriale. Alors, d'inscrire cette infrastructure territoriale dans les documents d'urbanisme permet aujourd'hui d'avoir des équipements publics et de prévoir des investissements pérennes (…) des débarcadères publics, des zones d'attente qui assurent la sécurité, des dispositifs de secours, des informations données à ceux qui vont emprunter le fleuve. Et puis, les piroguiers, c'est une profession qui n'est pas prise en compte, qui est tout à fait informelle, qu'il faut aujourd'hui structurer, dans l'existence de ce savoir-faire qu'il faut aujourd'hui faire vivre et reconnaître »

Pour Madeleine Akatia, l'ensemble de la filière reste à organiser. « Actuellement, la filière du transport fluvial en Guyane n'est pas structurée. Nos fleuves sont navigués, mais dits non navigables. Ça signifie que nous, entrepreneurs, c'est à notre risque et péril lorsque nous nous engageons à transporter des passagers ou à transporter de la marchandise. Il n'y a aucune structure d'assurance en Guyane qui nous assure. Nous sommes obligés de faire appel à des assureurs de la métropole qui nous assurent. Et bien évidemment, en minuscule, c'est marqué : les fleuves de Guyane sont dits non navigables. Donc ça veut dire que dès que nous avons des pertes, ben ça, ça nous reste à charge »

La nouvelle présidente précise également la position du syndicat sur le décret préfectoral du 15 janvier 2025, qui restreint la circulation des piroguiers sur l'Oyapock et le Maroni. « Nous ne sommes pas contre le décret du 15 janvier 2025. Nous sommes tout à fait d'accord pour ce décret. Il faut être diplômé, il faut avoir une attestation de capacité professionnelle ou une qualification professionnelle. Mais malheureusement, il n'y a pas de structure »

Parmi les projets défendus par le syndicat figure la création d'une école de formation en Guyane, afin de permettre aux futurs professionnels d'obtenir le diplôme nécessaire à l'exercice du métier. Madeleine Akatia estime que la reconnaissance des compétences acquises sur le terrain pourrait constituer une première étape.

« On peut déjà commencer par la validation des acquis, ça fait partie des choses accessibles. Puisque c'est un métier qui est transmis de famille en famille (…) C'est compliqué, par exemple, pour un jeune de Cayenne qui se dit : "moi, je veux faire le métier de piroguier", il n’y a pas de centre de formation. Le métier est méconnu, donc il faut remettre en lumière ce métier et sa nécessité, puisque c'est un métier qui est nécessaire. Aujourd'hui, s'il n'y a plus de piroguiers, les cinq communes du Maroni sont bloquées. Le transport scolaire fluvial qui compte plus de cinq mille élèves entre l'Oyapock et le Maroni (…) Donc le métier de piroguier est indispensable actuellement »