Le parquet de Pointe-à-Pitre a requis vendredi soir des peines allant d'un à deux ans d'emprisonnement avec sursis à l'encontre de 14 salariés ou ex-salariés d'EDF PEI, soupçonnés d'avoir provoqué une panne généralisée ayant impacté tout l'archipel de la Guadeloupe, sur fond de conflit social, en octobre 2024.
Les prévenus comparaissaient depuis lundi devant le tribunal correctionnel pour association de malfaiteurs, dégradations de biens publics en réunion et mise en danger de la vie d'autrui lors de cette coupure géante qui avait touché les 230.000 clients d'EDF de l'archipel, certains privés de courant jusqu'à 40 heures.
La procureure de la République Caroline Calbo a demandé, à l'encontre de 10 prévenus "qui étaient dans l'action collective, notamment dans la salle des commandes" de la centrale de Jarry, à Baie-Mahault, un an avec sursis et une interdiction d'exercer dans le service public pendant cinq ans.
Pour les trois prévenus poursuivis pour dégradations, considérés comme «ceux qui ont appuyé sur les boutons» et provoqué ainsi l'arrêt des moteurs thermiques, le parquet a requis 18 mois de prison avec sursis et la même peine d'interdiction d'exercer dans le service public.
La plus lourde peine a été demandée contre Nathanaël V., leader syndical très médiatisé lors de la grève, «très proactif et qui a revendiqué l'action sur le moment avant de se rétracter», selon la procureure qui a demandé deux ans d'emprisonnement avec sursis, ainsi qu'une interdiction définitive d'exercer dans la fonction publique, et «d'exercer l'activité en lien avec les faits pendant 6 mois».
Certains salariés ont été licenciés depuis les faits présumés, d'autres ont écopé de mesures disciplinaires, dont certaines font l'objet de recours.
A la barre, les salariés ont contesté toute implication.
«Le responsable du blackout, c'est EDF», a martelé Me Georges-Emmanuel Germany, l'un des avocats de la défense.
Le 25 octobre 2024, alors que la Guadeloupe connaissait déjà des délestages maîtrisés sur fond de conflit social entre EDF PEI et certains salariés, les boutons d'arrêt d'urgence des moteurs thermiques de la centrale de Jarry avaient été activés, et le groupe électrogène de secours avait été désactivé, privant d'électricité l'ensemble du département de la Guadeloupe pendant plus de 24 heures et mettant en danger des malades.
Au plus fort de la crise, les appels aux secours ne pouvaient plus aboutir. Le CHU avait pris en charge une dizaine de personnes intoxiquées au monoxyde de carbone, dont un nourrisson de 10 mois en réanimation.
Le procès, prolongé d'une journée, s'est achevé tard vendredi soir à Pointe-à-Pitre. La décision a été mise en délibéré au 8 octobre.
Avec AFP

