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Financement, conseil, innovation : Hervé Lelarge, nouveau directeur interrégional des Outre-mer de Bpifrance veut accompagner la croissance des entreprises ultramarines
© DR/ CACEM

Nommé en juin 2026 directeur interrégional des Outre-mer de Bpifrance, Hervé Lelarge accueille cette nouvelle responsabilité comme une marque de confiance et de reconnaissance. Dans un entretien accordé à Outremers360, il explique comment, après quatre années passées à la tête de la direction Antilles-Guyane, il entend mettre son expérience du terrain au service de l’ensemble des territoires ultramarins, en poursuivant le déploiement des outils de financement, de conseil et d’accompagnement de la banque publique.


Un homme de terrain

« Je suis très heureux de cette nomination. » Hervé Lelarge ne cherche pas à dissimuler sa satisfaction. Après une carrière consacrée au financement des entreprises au sein de Bpifrance et quatre années à la direction Antilles-Guyane, sa nomination en tant que directeur interrégional des Outre-mer représente pour lui une véritable marque de confiance : « J’ai eu l’opportunité qu’on me fasse confiance pour rester dans le réseau que j’apprécie particulièrement, celui des Outre-mer », souligne-t-il.

Fort de cette expérience, Hervé Lelarge a acquis une connaissance directe des réalités économiques et sociales ultramarines. Problématiques d’accès à l’eau en Guadeloupe, coût de l’énergie, vie chère, difficultés d’approvisionnement, éloignement ou encore délais de paiement : autant de sujets qu’il ne souhaite pas aborder uniquement à travers des chiffres ou des études. « Les équipes savent que la personne qui va organiser ce que nous allons faire dans les Outre-mer est quelqu’un qui a vécu ces réalités », explique-t-il. Une expérience de terrain qu’il considère comme essentielle pour comprendre les contraintes particulières auxquelles sont confrontés les entrepreneurs ultramarins.

Des entrepreneurs confrontés à un « supplément de difficulté »

Pour Hervé Lelarge, les chefs d’entreprise ultramarins partagent les mêmes envies, les mêmes ambitions et la même capacité d’initiative que leurs homologues de l’Hexagone. Mais ils évoluent dans un environnement plus contraint.

La distance constitue l’une des premières difficultés. Une pièce industrielle ou l’intervention d’un technicien peuvent être obtenues en quelques heures dans l’Hexagone, mais nécessiter plusieurs jours, voire plusieurs semaines, en Guyane, aux Antilles ou dans l’océan Indien.

Cette situation oblige les entreprises à anticiper davantage, à constituer des stocks et parfois à doubler certains équipements pour éviter un arrêt de production.

À cela s’ajoutent des coûts d’exploitation et d’approvisionnement plus élevés, ainsi que des délais de paiement particulièrement lourds pour les entreprises travaillant avec les collectivités ou les établissements publics.

Bpifrance joue, sur ce point, un rôle majeur en avançant aux entreprises le montant de certaines créances publiques. En 2025, près de 360 millions d’euros de trésorerie ont ainsi été mobilisés pour soutenir des entreprises ultramarines dans l’attente de leur règlement. Un dispositif que Hervé Lelarge juge indispensable à la survie de nombreuses structures.

1,4 milliards d’euros pour les Outre-mer

Son nouveau mandat doit désormais permettre d’étendre à tous les Outre-mer la dynamique engagée aux Antilles et en Guyane.

En 2025, Bpifrance a accompagné environ 2 600 entreprises ultramarines et engagé 725 millions d’euros, contribuant à mobiliser près de 1,4 milliard d’euros de financements au bénéfice des territoires.

Pour Hervé Lelarge, ces résultats traduisent à la fois le dynamisme entrepreneurial ultramarin et la montée en puissance de Bpifrance. « Bpifrance est implantée depuis relativement peu de temps dans les Outre-mer, contrairement à d’autres banques présentes historiquement depuis plusieurs décennies. Aux Antilles, notre implantation remonte à une dizaine d’années. La direction régionale s’est donc construite progressivement, en partant de presque zéro. Lorsque je suis arrivé, il y a quatre ans, ma mission était précisément de développer notre présence. Aujourd’hui, le constat est que cette activité a réellement progressé. »

L’objectif est désormais de permettre aux entrepreneurs ultramarins d’accéder à l’ensemble des métiers de Bpifrance, qu’il s’agisse du financement, de la garantie, de l’innovation, du conseil ou de l’accompagnement à la croissance.

« L’idée, c’est que Bpifrance prenne toute sa place dans les Outre-mer comme elle l’occupe partout ailleurs », résume-t-il. Cinq axes seront particulièrement soutenus : l’industrie, la décarbonation, le tourisme, la transmission des entreprises et l’innovation.

Accompagner les entreprises dans leur changement d’échelle

Au-delà du financement, Hervé Lelarge veut renforcer l’accompagnement stratégique des dirigeants. Les programmes d’accélération, les diagnostics et les missions de conseil doivent aider les entreprises à structurer leur développement, à améliorer leur organisation et ainsi leur permettre de conquérir de nouveaux marchés.

Un premier « accélérateur » Antilles-Guyane, lancé en 2024 avec le soutien du ministère des Outre-mer, a accompagné une quinzaine de chefs d’entreprise pendant plus d’un an. Formations, conseil personnalisé, diagnostic global et mise en réseau leur ont permis de travailler concrètement sur leur stratégie de croissance. « Le travail, ce sont les chefs d’entreprise qui le font. Les idées, ce sont eux qui les ont. Mais nous pouvons leur donner quelques clés et les mettre en relation avec d’autres dirigeants », insiste Hervé Lelarge.

La transmission constitue également une priorité. Dans les Outre-mer, de nombreux chefs d’entreprise approchent ou dépassent l’âge de la retraite, sans avoir nécessairement préparé leur succession. La disparition de petites entreprises entraîne alors une perte d’emplois, mais aussi de compétences et de savoir-faire indispensables aux territoires.

Sur le volet de l’innovation, les Outre-mer disposent, selon lui, d’écosystèmes désormais plus solides, avec des incubateurs, des technopoles et des pépinières présentes dans plusieurs territoires. Une faiblesse demeure néanmoins : le manque de business angels capables d’investir dans les jeunes entreprises au moment où elles doivent franchir un nouveau cap. Cet entre-deux est souvent la période la plus critique : les premières aides s’achèvent, les charges commencent à peser pleinement, mais l’entreprise ne génère pas encore suffisamment de chiffre d’affaires et n’est pas toujours prête à lever des fonds.

A l’aube de son mandat, Hervé Lelarge affiche donc une ambition claire : poursuivre la progression enregistrée ces dernières années et renforcer l’impact de Bpifrance sur l’ensemble des économies ultramarines.

« Dans trois ou quatre ans, j’espère que nous aurons largement dépassé les chiffres actuels », avance-t-il. Une ambition qu’il entend porter avec une connaissance concrète des contraintes locales et une conviction intacte : les entreprises ultramarines disposent de tous les atouts pour grandir, à condition de bénéficier des bons outils au bon moment.