Réunis le 6 février, la CCI des Îles de Guadeloupe, la CPME et l’UDE-MEDEF ont affiché une ligne commune : le débat institutionnel ne peut pas précéder un projet économique chiffré. Ils rejettent la perspective d’une fusion des conseils départemental et régional, qu’ils estiment susceptible d’ouvrir la voie à une évolution statutaire vers une collectivité unique sans consultation populaire. Face aux défaillances d’entreprises et aux blocages administratifs, ils réclament l’usage plein et entier de l’article 73 et dénoncent une méthode menée « sans consultation » du monde économique.
Une économie sous pression, et un « écran de fumée » statutaire
Dès l’ouverture, Patrick Vial-Collet a posé le décor : « les entreprises rencontrent d’énormes difficultés » et « il y a une accélération malheureusement des défaillances d’entreprise », d’après les chiffres du tribunal de commerce. Pour les organisations, la priorité est de lever les freins qui étouffent l’activité, normes, procédures complexes, délais, plutôt que de faire du statut la réponse automatique.
Bruno Blandin, président de l’UDE-MEDEF, a martelé sa mise en garde : « Je veux le dire clairement aujourd'hui je ne suis pas hostile au changement. Nous ne sommes pas hostiles au changement. Nous sommes simplement hostiles au changement qui fragilisera la Guadeloupe et qui brouille et qui brouillera notre avenir. L'antique 74 n'est pas un simple geste technique, c'est un saut dans l'inconnu », refusant que « la Guadeloupe serve de laboratoire institutionnel ». Et de rappeler, au-delà des postures : « Ne faisons pas du débat statutaire un écran de fumée qui nous détourne des vrais problèmes. »
« D’abord la vision et le projet » : pousser les adaptations du 73 et exiger des chiffres
Au cœur du message, une idée : l’article 73 offre déjà des marges d’adaptation, à condition d’aller les chercher. « Il faut creuser au maximum l’article 73, tout en restant dans le droit commun », a insisté Patrick Vial-Collet, quand Victor Venutolo (CPME) défendait une approche au cas par cas : « Avec le 73, nous pouvons négocier avec l’État point par point les amendements que nous souhaitons. Pourquoi donc faut-il aller vers une aventure institutionnelle sans but, sans moyens, sans projet ? »
Les trois organisations dénoncent surtout l’absence de méthode et de concertation : « Nous sommes le monde économique. Nous n’avons jamais été consultés », a insisté Victor Venutolo. Sur le fond, les organisations ont réclamé une étude d’impact économique approfondie avant toute évolution statutaire, avec des chiffres précis sur la fiscalité, les recettes attendues, le coût réel d’un éventuel transfert de compétences et les modalités d’une compensation de l’État. « Qui va payer quoi ? », ont-ils interrogé, évoquant la nécessité d’un véritable plan économique détaillant les ressources, les charges et les conséquences pour les entreprises comme pour les ménages, dans un contexte budgétaire national contraint.
Faire entendre la voix de la Guadeloupe
Les représentants du monde économique ont annoncé leur intention d’intensifier leur mobilisation dans les prochaines semaines. Ils entendent désormais porter plus fermement leur position auprès du gouvernement, solliciter un rendez-vous avec le ministre des Outre-mer et faire entendre leur voix « ici et là-bas », y compris à l’Élysée et à Matignon. Objectif affiché : rappeler qu’« il n’y a pas qu’une seule voix en Guadeloupe » sur l’évolution institutionnelle et exiger, avant toute décision, un débat fondé sur des éléments économiques précis et partagés.























