Le chef de l’État a reçu, ce jeudi à l’Élysée, 500 maires, dont une vingtaine des Outre-mer, après un après-midi de travail dans les différents ministères, dont celui de Naïma Moutchou. L’objectif : « mobiliser » les édiles un mois après les municipales, et dérouler une méthode axée sur la simplification et la sécurité, dont la lutte contre le narcotrafic.
« Je veux vous encourager, vous dire qu’on est à vos côtés pour pouvoir à la fois développer vos projets mais bâtir ce lien. Vous êtes les garants de ce lien, de ce qui nous réunit et qui doit aller avec de l’apaisement, avec une ambition comprise, partagée par tous, mais avec la volonté qu’on se tienne tous ensemble dans la même cité », a déclaré Emmanuel Macron devant les maires de France.
« On continue d’être à vos côtés pour vous permettre d’agir », a insisté le président de la République dans son discours, assurant aussi que l’exécutif « sera intraitable pour protéger tous les élus ». Parmi les « chantiers » évoqués, celui sur la décentralisation « est en train d’être finalisé avec des idées en matière de logement en particulier ».
L’État entend aussi « renforcer le couple préfet-maire » et « la capacité à déroger » et développer une « philosophie Notre-Dame pour sortir des projets » à l’échelle locale. Un projet de loi en ce sens doit être présenté en conseil des ministres la semaine prochaine. Forte demande des maires, le préfet pourra notamment déroger aux « normes arrêtées par l'administration » pour une « meilleure prise en compte des spécificités locales ».
La lutte contre le narcotrafic : « grande cause nationale »
« On doit aller beaucoup plus vite en mettant les procédures en parallèle, en s'affranchissant des choses qui sont inutiles et des bureaucraties tatillonnes, et en retrouvant un peu de la philosophie d'action » de ces deux grands chantiers, a-t-il ajouté.
« Pour moi il y a une grande cause nationale sur laquelle on ne va rien lâcher : c’est le narcotrafic (…) qui touche la totalité du territoire » a poursuivi le chef de l’État. « On va continuer d’agir » a assuré le président qui promet une lutte similaire à celle contre le terrorisme.
Bien d’autres sujets ont été évoqués par le chef de l’État, notamment l’indépendance agricole et industrielle, face aux grandes crises mondiales, qui doit passer par une mobilisation des communes ou encore, la lutte contre les désert médicaux et le désenclavement, la sécurité des élus et la lutte contre les ingérences étrangères. « Le gouvernement aura à présenter un projet de loi et des mesures réglementaires pour améliorer la protection de nos élections contre les ingérences étrangères » a annoncé Emmanuel Macron.
« On va se battre au niveau européen pour interdire les faux comptes. L'Europe doit être le premier territoire où on les interdit », a-t-il insisté, citant notamment la Russie qui « achète massivement en période électorale des millions de faux comptes ». Il promet de « prendre toute une série de textes pour permettre de mieux protéger le débat démocratique des vicissitudes des réseaux sociaux ».
« Nous sommes en première ligne, nous sommes pour traduire les attentes de la population mais aussi entendre la frustration des concitoyens. Il faut que nous ayons les outils en main pour pouvoir porter ces réponses » a réagi le maire de Capesterre-Belle-Eau en Guadeloupe, Jean-Philippe Courtois, qui faisait partie de la vingtaine de maires ultramarins qui ont fait le déplacement à Paris.
« Il était important pour nous d’entendre le Président de La République annoncer un choc de simplification », a souligné pour sa part son collègue de Petit-Bourg, David Nébor. Pour Francs Baptiste, maire de Saint-Anne, le discours sur la sécurité « est important ». « Nous sommes singulièrement exposés » souligne le maire guadeloupéen, qui se dit toutefois « sceptique » sur l’efficacité du « couple préfet-maire » : « le préfet fait ce qu’il peut, il faut des moyens. Si l’État met les moyens, on peut y arriver ».
Michel-Ange Jérémie, maire de Sinnamary en Guyane, réclame, lui « beaucoup de simplification pour nous permettre de mettre en place sur nos politiques publiques ». Il évoque aussi le choc pétrolier et la hausse des prix du carburant, liés à la guerre en Iran et au blocage du détroit d’Ormuz : « on le vit ardemment en Guyane, notamment dans les communes enclavées où on peut trouver un litre d’essence à plus de 5 euros ».
Mayotte : l’État « pas à la hauteur » de la reconstruction
Emmanuel Séraphin, maire de Saint-Paul à La Réunion, est venu avec « des demandes très précises », notamment celle des « contrats aidés » ou PEC. « La rentrée prochaine se prépare aujourd’hui et on se pose la question « comment on va faire » parce qu’il y a des coupes importantes sur la question de la sécurité, sur les effectifs de la gendarmerie » regrette l’édile de la 2ème commune de l’île.
Pour Mayotte, « il y avait deux sujets essentiels : la reconstruction et la sécurité », a déclaré Ambdilwahedou Soumaila, maire de Mamoudzou. « On a dans notre territoire des policiers municipaux qui n’ont pas les moyens de travailler, nos centres de supervision urbaine à terre et nous n’avons plus de caméras », alerte l’édile du chef-lieu. « Nous avons traversé l’une des pires catastrophes naturelles de France, l’accompagnement de l’État est essentiel » insiste Ambdilwahedou Soumaila, l’estimant, pour l’heure, « pas à la hauteur ».
« C’est la première fois qu’un Président de la République invite les maires après leurs élections » note pour sa part le maire de Bora Bora, en Polynésie française, Gaston Tong Sang. L’ancien président de cette Collectivité d’Outre-mer a fait le déplacement avec le maire de l’île de Raivavae, Freddy Raufauore.
Sur la lutte contre le narcotrafic, et singulièrement la méthamphétamine, « l’État a mis beaucoup de moyens. Il y a beaucoup de saisies ces derniers temps, et c’est un succès » a concédé Gaston Tong Sang. « Mais il faut encore prolonger l’action sur le terrain avec les maires, et nous donner les moyens. Par exemple en créant des brigades cynophiles dans les communes clés de la Polynésie française pour montrer aux trafiquants qu’ils ne sont pas libres de vendre de l’ice ».
Avant de se rendre au palais présidentiel jeudi soir, les maires ont été invités à participer à l’un des quatre ateliers organisés dans les ministères à Paris (Aménagement du territoire, Intérieur, Outre-mer et Santé).





















