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Budget 2027 : Les agriculteurs des Outre-mer vent debout contre une « coupe budget historique de 24 millions d’euros »
©Chambres d'agricultures de La Réunion, de Guadeloupe et de Martinique

Les agriculteurs de La Réunion, de Guadeloupe ou encore de Martinique sont vent debout contre une « coupe budget historique de 24 millions d’euros » dans les DROM, prévue par le gouvernement dans le budget 2027. Les représentants des filières locales réclament un rétablissement de ces crédits alors que l’agriculture ultramarine est confrontée aux aléas climatiques et à la concurrence des producteurs voisins sur les marchés français et européens.

« Une annonce (…) déraisonnable et incompréhensible » a dénoncé Nicolas Philippot, directeur général délégué de l’usine sucrière Gardel et représentant de la filière canne-sucre-rhum, interrogé par Guadeloupe La 1ère. « Les budgets de budget n'ont pas évolué, ce qui signifie que dans un contexte inflationniste, notamment lié au carburant, nous apprenons à faire mieux ou autant avec beaucoup moins de budget ».  

Sur les 24 millions d’euros de baisse, les acteurs agricoles guadeloupéens s’attendent à une baisse de 6 à 7 millions d’euros pour le seul archipel antillais. « Nous avons sollicité le gouvernement pour faire comprendre que le dispositif de soutien méritait d'être amélioré pour mieux tenir compte du fait que nos coûts de revient avaient beaucoup augmenté du fait de la transition agro-écologique dans laquelle on s’inscrit », abonde Philippe Aliane, directeur du groupement des producteurs de bananes de Guadeloupe.

« C'est plus vertueux, c'est plus propre, mais le problème c'est que ça coûte plus cher » ajoute-t-il. « Nos concurrents n'adoptent pas les mêmes techniques que nous, mais vendent sur les mêmes marchés que nous. Nous nous retrouvons avec des pertes de compétitivité ». Philippe Aliane et les agriculteurs de l’archipel demandent de pouvoir « allier transition agro-écologique » et « compétitivité de la filière » : « pour qu'on continue à produire et à vendre sur les mêmes marchés que nos concurrents. D'abord, sur le marché français ».

En Martinique, où la baisse est chiffrée entre 24 et 26 millions d’euros, la colère et l’incompréhension sont partagées. « Il y a une pression à faire pour que le gouvernement recule là-dessus », prévient José Maurice, président de la Chambre d'agriculture, interrogé par France-Antilles Martinique. Sur l’île, l’inquiétude est d’autant plus importante que les agriculteurs sont encore confrontés aux conséquences de la sécheresse. « On a vraiment besoin de stabiliser cette production et de la développer, alors que les signaux qu'on nous donne sont vraiment mauvais ».

Ajoutée la sécheresse et aux aléas climatiques, les agriculteurs de Martinique font aussi face à une perte de rendement, provoquée notamment par une baisse de 17 à 20% de la valeur de la canne, une augmentation des coûts d’entretien qui atteindraient 2 millions d’euros par hectare ou encore, la disparition de certaines molécules utilisées pour protéger les cultures.

Pour Justin Céraline, président de la Sica Canne, « l'État ne respecte pas ses engagements ». « Si on nous enlève encore le peu de moyens que l'on a, c'est la mort assurée de la filière » estime aussi Michel Béroard, directeur général de la SAEM Le Galion. « Il faut que nos politiques prennent conscience des réalités avant de décider d'une restriction budgétaire pareille » dénonce aussi André Prosper, président de la Coopérative des éleveurs bovins de Martinique (Codem), alors que selon lui, l’élevage martiniquais a perdu 500 bêtes en raison de la sécheresse.

En Martinique, la contestation est partagée par les filières banane, fruits et légumes ou encore céréalières. D’après France-Antilles, José Maurice aurait déjà interpellé les parlementaires de l’île, tandis qu’une rencontre avec le préfet a eu lieu ce vendredi. Quant à un recours au fonds européen Feader, la possibilité est explorée mais, préviennent les représentants du monde agricole martiniquais, ne suffira pas à combler les pertes.

À La Réunion, pas moins de huit organisations agricoles ont signé un communiqué commun pour dénoncer cette baisse. « Alors que l’Hexagone bénéficie d’un plan d’urgence agricole doté d’une enveloppe exceptionnelle de 1,3 milliard d’euros et que les départements des Outre-mer en restent écartés pour l'essentiel, le projet de PLF 2027 prévoit, au contraire, de réduire les moyens consacrés aux filières agricoles des Outre-mer jusqu’à remettre en cause les engagements pris par l’État vis-à-vis d’elles ».

D’après la Chambre d’Agriculture, l’Adir (représentant des industriels), Aribev (élevage), Arifel (fruits et légumes), Aripa (pêche), Ariv (volaille), le Comité paritaire interprofessionnel de la canne et du sucre, et le Syndicat du sucre, les baisses sont chiffrées à 17 millions d’euros pour la filière Canne-Sucre-Rhum, à 5 millions d’euros du régime spécifique d'approvisionnement qui concernent les filières élevage, fruits et légumes, et jusqu’à 1,7 millions pour la filière banane.

« Ce traitement différencié suscite incompréhension et colère légitimes » poursuivent les huit organisations. « Depuis 2008, les budgets alloués aux agricultures ultramarines avaient pourtant été préservés car ils compensent les contraintes structurelles lourdes des Outre-mer : insularité, éloignement, surcoûts d'approvisionnement et de production... Il s’agit des crédits d’ailleurs contractualisés avec les pouvoirs publics car indéniablement indispensables au maintien des équilibres des filières ».

L’ensemble des acteurs agricoles et agroalimentaires de l’île « exige un arbitrage rectificatif avant l’adoption du budget », et plus précisément le rétablissement des 24 millions d’euros de crédits pour les DROM. « Les acteurs demandent au gouvernement de consacrer environ 2% des crédits du plan d’urgence agricole, à l’agriculture des Outre-mer, soit une enveloppe d’environ 30 millions d’euros pour l’agriculture des Outre-mer sur le total de 1,3 milliards de crédits consacrés à la relance de l’agriculture hexagonale » ajoutent-ils.