Née de l’expérience personnelle de Nathalie Chillan, KAYSO accompagne les patients ultramarins contraints de quitter leur territoire pour se faire soigner dans l’Hexagone. Hébergement, démarches administratives, transports, recherche d’aides financières : l’entreprise martiniquaise intervient là où la maladie bouleverse aussi le quotidien. Aux côtés de sa collaboratrice Nadine Mirande-Ney, responsable administrative et commerciale, la fondatrice prépare désormais un changement d’échelle. Pour Outremers360, Nathalie Chillan revient sur la naissance de KAYSO, son accompagnement concret et les ambitions de cette maison solidaire pensée pour alléger le parcours de soins des Ultramarins.
Un accompagnement sur mesure afin de réduire la charge mentale des patients
Derrière KAYSO, il y a la conviction qui guide le parcours de Nathalie Chillan : lorsqu’une personne tombe malade, elle ne devrait pas avoir à gérer seule tout ce qui se greffe au parcours médical. L’ambition de la structure est de la libérer, autant que possible, des contraintes administratives et logistiques, afin qu’elle puisse « se concentrer sur sa guérison, ses soins et sa famille ».
KAYSO accompagne ainsi les patients ultramarins amenés à se rendre dans l’Hexagone pour une consultation, une intervention ou un traitement. Son action peut commencer avant le départ et se prolonger tout au long du séjour à travers la recherche d’un hébergement, la réservation des billets d’avion, l’organisation des déplacements, la constitution des dossiers administratifs, l’identification des aides financières et la coordination avec les acteurs sociaux.
Cet accompagnement est d’autant plus nécessaire que le départ ne concerne jamais uniquement le patient. Il peut aussi bouleverser l’équilibre d’un foyer : « Il y a toute une vie à réorganiser », souligne Nathalie Chillan. Et lorsque les proches restent sur le territoire, l’éloignement pèse davantage. Car « On part seul à la bataille. »
KAYSO intervient précisément dans cette accumulation de difficultés. Pour répondre à la question souvent urgente du logement. Pour y répondre, la structure a constitué un réseau d’hébergements situés à proximité de grands centres hospitaliers. « Nous avons une trentaine de propriétaires avec une quarantaine d’hébergements », indique la fondatrice.
La recherche de financements fait également partie de l’accompagnement. En fonction des ressources, de la pathologie et de la commune de résidence, l’équipe de KAYSO, se rapproche des organismes, des collectivités ou des dispositifs sociaux susceptibles d’intervenir : « On essaye de trouver le maximum de leviers qui vont pouvoir soit réduire le budget du départ, soit permettre d’avoir des aides », explique Nathalie Chillan. L’accompagnement peut aussi s’étendre à l’organisation du quotidien de la famille, qu’il s’agisse de soutenir le proche qui accompagne le patient, de rechercher une école pour les enfants ou d’identifier une formation adaptée.
À ce jour, KAYSO a déjà accompagné 34 bénéficiaires, avec la même priorité : éviter que les démarches et les contraintes matérielles ne viennent alourdir davantage l’épreuve de la maladie.
Le coût de l’accompagnement s’élève à quelques centaines d’euros par an : une somme qui peut sembler importante, mais qui reste modeste au regard du soulagement apporté et de l’ensemble des démarches prises en charge.


Transformer une épreuve personnelle en réponse collective
L’histoire de KAYSO commence bien avant la création de l’entreprise. Elle prend racine dans le parcours de santé de Nathalie Chillan. En 2013, confrontée au cancer du sein, elle crée d’abord un blog, pensé comme un espace de partage, de témoignages. « Entre-temps, j’ai suivi une formation en entrepreneuriat social et solidaire. Cette expérience a fait germer en moi l’idée de construire un projet à fort impact social et sociétal. » Un voyage au Canada, où elle a découvert d’autres modes de fonctionnement associatif, a également nourri sa réflexion : « À mon retour, j’ai créé une association pour accompagner et soutenir les femmes confrontées à la maladie. »
Par la suite, le projet entrepreneurial via la plateforme se structure via l’intégration en 2026 à la Technopole Martinique : « L’étude de marché et tout le travail de conception nous ont alors permis de comprendre que le besoin ne concernait pas seulement les femmes atteintes d’un cancer du sein, mais des patients touchés par d’autres pathologies et confrontés à l’absence de certaines spécialités médicales sur leur territoire. C’est à ce moment-là que nous avons décidé d’élargir KAYSO à l’ensemble des parcours de soins. »
Une responsabilité sociale
Le nom KAYSO résume à lui seul l’esprit du projet : « Kay pour la maison, et “so” pour solidaire », explique Nathalie Chillan. La structure repose aujourd’hui sur un binôme formé par la fondatrice et Nadine Mirande-Ney, responsable administrative et commerciale. Ensemble, elles recueillent les demandes, analysent chaque situation, recherchent des solutions, mobilisent les partenaires et assurent le suivi des bénéficiaires.
Nathalie Chillan souhaite désormais franchir une nouvelle étape en s’appuyant notamment sur des entreprises prêtes à financer l’accompagnement de leurs collaborateurs confrontés à la maladie, dans une démarche de responsabilité sociale concrète.
Changer d’échelle sans perdre la proximité
L’approche est humaine, mais elle est aussi structurée. KAYSO envisage l’élargissement de la plateforme numérique sécurisée qui centraliserait tous les documents. Des rappels automatisés pourraient également signaler l’heure d’un rendez-vous ou l’arrivée d’un taxi. Et Nathalie voit plus loin : « À terme, une présence physique dans l’Hexagone permettrait aussi de rendre visite aux bénéficiaires, lorsqu’ils en ressentent le besoin, sans intrusion et sans imposer une relation. »
L’ambition est d’installer progressivement des relais en Martinique, en Guadeloupe, en Guyane et à Paris. Car une présence dans l’Hexagone permettrait non seulement de mieux accompagner les patients sur place, mais aussi de répondre aux urgences malgré le décalage horaire. À plus long terme, Nathalie Chillan souhaite tendre vers une disponibilité téléphonique continue, assurée par plusieurs conseillers répartis entre les territoires ultramarins et l’Hexagone.
Prendre le virage
« On est à un carrefour », reconnaît Nathalie Chillan. La reconnaissance institutionnelle et entrepreneuriale est déjà au rendez-vous. KAYSO a notamment été lauréat du concours « Semeurs d’innovation Les 4S » du Crédit Mutuel Antilles-Guyane et le prix Coup de cœur des Pépites RCI Martinique il y a quelques semaines. KAYSO est sélectionné pour la finale nationale du Be a Boss Women Tour qui se tiendra le 24 septembre à Paris avec 18 autres finalistes.



Soutenir le projet
Pour soutenir cette nouvelle étape, une cagnotte Leetchi est désormais en ligne (Cagnotte : Soutenez KAYSO : Une passerelle pour la santé des ultramarins | Leetchi). Les contributions doivent permettre à KAYSO de consolider son organisation, de renforcer son équipe et d’accompagner davantage de patients ultramarins.

