Élu député en 2022, puis réélu en 2024, Davy Rimane est devenu incontournable dans le paysage politique de la Guyane et des Outre-mer. Président de la Délégation aux Outre-mer de l’Assemblée nationale depuis 2023, Davy Rimane est l’invité de notre émission 360 Politique Outre-mer, l’occasion de dresser un bilan de ses travaux parlementaires, de ceux portés par la Délégation -qu’il souhaite transformer en commission permanente-, ou encore les évolutions institutionnelles des territoires, la présidentielle qui arrive, ainsi que le sujet de la négrophobie qui fait l’objet de colloques organisés par ses soins.
La première actualité qui attend les parlementaires est l’examen du budget 2027. Sur la mission outre-mer, une hausse de 10% de celle-ci est annoncée. Pas de quoi toutefois convaincre le député de Guyane, méfiant sur cette hausse. « Il faut bien rentrer dans les détails lorsqu'on annonce 10% d'augmentation, il faut voir ce qu'il y a dedans » prévient Davy Rimane.
« Ces 10% d'augmentation de façade signifient tout simplement qu'il y a un programme supplémentaire qui a été rajouté dans la mission Outre-mer. Donc, on attend de voir dans les détails », explique-t-il. Selon Davy Rimane, il s’agirai d’un programme du Ministère de l’Intérieur qui viendrait « basculer » au budget Outre-mer. « J'ai demandé à mon équipe (…) de savoir quel était son budget les années précédentes, et quel est le budget qui est alloué aujourd'hui pour cette mission qui est transférée dans la mission Outre-mer. Avec ce gouvernement, il faut toujours aller dans les détails parce que c'est là que le diable se cache ».
« Par rapport à ce qu'on a pu voir dans les grandes lignes, encore une fois malheureusement, le budget dédié à nos territoires n'est pas rendez-vous escompté. On ne va pas épiloguer 20 ans. Depuis que je suis élu député en 2022, il n'y a aucune surprise en la matière. 2022, 2023, 2024, c'est toujours la même chanson. Nos territoires sont toujours en périphérie de la belle et magnifique République française » estime le président de la Délégation aux Outre-mer.
Loi intégrale et rapport sur le développement économique, territoire par territoire
D’ici l’arrêt des travaux parlementaires et le début de la campagne présidentielle, Davy Rimane et la Délégation aux Outre-mer auront encore bien des travaux à poursuivre, et notamment des textes à enrichir, comme la loi intégrale contre les violences faites aux femmes et aux enfants. « J'ai dû me battre dans l'hémicycle, pas plus tard que la semaine dernière, pour faire passer un amendement pour que, dans le programme pluriannuel qu’ils vont mettre en place pour répondre à cette réalité, ils doivent penser aussi aux enfants qui voudraient porter plainte, qui devraient être pris en charge ».
« Les réalités ultramarines ne sont pas les réalités de l'Hexagone ou même franciliennes. Chez moi, si les personnes se font agresser à Camopi, à Antécume-Pata ou à Kayodé, il faut prendre la pirogue, il faut faire des heures de pirogue ensuite » a expliqué Davy Rimane. « Il faut intégrer ça dans les moyens à mettre en œuvre pour que ces personnes-là puissent avoir accès au droit, à la justice et au suivi comme n'importe quel citoyen ».
Davy Rimane veut aussi rendre, d’ici la fin de l’année, un rapport sur le développement économique en Outre-mer, territoire par territoire, qui fait actuellement l’objet d’une mission d’information parlementaire menée par la Délégation aux Outre-mer. « C'est important, ça permettra aux collègues présents et futurs d'avoir un support pour qu'ils puissent voir effectivement qu'est-ce que les territoires veulent, comment ils le veulent, pourquoi ils le veulent. Et ensuite, lorsque les politiques budgétaires arriveront, au travers des PLF, PLFSS, ils sauront avoir les arguments nécessaires pour faire valoir, encore une fois, la réalité de nos territoires » défend Davy Rimane.

Loi contre la vie chère : « On fait, et on verra jusqu'où ça nous mènera »
Le député de Guyane, qui fut membre du collectif Pou Lagwiyann Dékolé (PLD) et un des principaux protagonistes du mouvement social de 2017, revient aussi sur la tant attendue loi visant à lutter contre la vie chère en Outre-mer. « On a eu une réunion la semaine dernière avec la ministre Mouchou pour rappeler que c'est un texte important. Si on travaille bien, il y a une potentielle fenêtre de tir, je répète ses mots, ce ne sont pas les miens, pour le mois de décembre », rapporte le parlementaire. « Mais il faut bien travailler, il faut un consensus », explique-t-il. « Je ne sais pas qu'est-ce qu'il y a au travers derrière le mot consensus ».
Davy Rimane reconnaît chez la ministre des Outre-mer « une volonté de faire ». « Donc on fait, et on verra jusqu'où ça nous mènera ». « Pour faire face à la vie chère, il n'y a pas 36 000 solutions. Soit le gouvernement dit qu’il va subventionner certaines des filières parce qu'effectivement, on est pris à la gorge -c'est la question du transport des biens et des personnes, des marchandises sur les vols aériens, toutes ces choses-là-, soit c'est changer de modèle économique », poursuit le député qui cite notamment « le modèle d'approvisionnement » qui doit se faire « à l'échelle des pays voisins » pour « ne plus dépendre de l'Europe ou de l'Hexagone ».
Davy Rimane prend l’exemple de la Guyane qui pourrait s’approvisionner directement au Brésil voisin, géant de l’agroalimentaire. « C'est à nous aussi de savoir si on veut effectivement lutter contre la vie chère, c'est-à-dire avoir des circuits courts. Tout le monde le répète. On est dans le développement durable, on est dans le changement de paradigme au niveau environnemental, les circuits courts », insiste le député.
Négrophobie : combler un « vide juridique »
Davy Rimane a aussi débuté, le 30 septembre, une série de colloques sur la négrophobie, « parce que sur la question du racisme, on entend parler beaucoup de l'antisémitisme, on entend parler un peu de l'islamophobie, mais on n'entend pas du tout parler de la négrophobie ». « La négrophobie n'est même pas dans le dictionnaire français. C'est un mot qui n'existe pas, qui n'est pas inscrit. Pour autant, si on se penche sur ce que les femmes Noires et les hommes Noirs en France et dans ce bas monde vivent, c'est insupportable. Donc, en conscience, il est venu le moment de poser les mots sur les maux ».
Le second colloque a eu lieu ce mercredi 7 octobre, tandis que « l’acte 3 » est prévu le 18 novembre. « À l'issue de ces travaux-là, il y aura des propositions qui seront faites de façon concrète et seront rendues publiques » a annoncé le député qui souhaite remplir « un vide juridique » sur la question de la négrophobie.
Présidentielle 2027 : « On doit changer de paradigme »
Le député de Guyane nourrit bien naturellement une réflexion quant à la Présidentielle de 2027, et notamment sur la place des Outre-mer, à la fois dans la campagne électorale et dans les programmes des candidats. « Je n'attends aucune promesse de ces personnes-là en général, puisque gouvernement après gouvernement, année après année, c'est toujours la même rengaine, la même histoire ». Davy Rimane en appelle davantage aux élus des territoires, non pas pour interpeller les candidats mais pour qu’ils se saisissent eux-mêmes de l’avenir de leurs territoires.
« On a toujours ce réflexe de répéter inlassablement les mêmes gestes, les mêmes réflexions, les mêmes postures. Pour moi, ça ne paye pas, ça n'a pas de sens. À un moment donné, si on veut autre chose, un traitement pour nos territoires, nous devons aller vers un autre modèle, même au travers des actions et des postures politiques que nous pouvons avoir des uns et des autres. Donc, je n'ai pas de promesses particulières à attendre de ces gens-là. Moi, je sais ce que je souhaite pour mon territoire, je sais ce que je souhaite pour nos territoires de l'Outre-mer. On doit changer de paradigme », estime le député.
Évolutions institutionnelles : « Oui, on veut plus d'autonomie »
Par changement de paradigme, Davy Rimane évoque les évolutions institutionnelles qui ont fait l’objet d’un rapport « extrêmement détaillé » de la Délégation. « C'est au territoire de dire s'il veut plus d'autonomie ou pas. Certains territoires en veulent plus, d'autres un peu moins et d'autres pas du tout. Comme ça, la chose est claire ».
« Ensuite, par rapport à la Guyane » poursuit le député, « oui, on veut plus d'autonomie ». « Le Congrès (des élus de Guyane, ndlr) s'est réuni, on l'a affirmé, on l'a démontré. C'est juste qu'on a un État en face de nous qui, lui, ne le souhaite pas. Moi, j'ai dit à certains des élus de mon territoire : Comme les dés sont pipés, il va falloir changer de braquet parce qu'on ne peut pas tout le temps attendre le bon vouloir ou le désidérata de ces personnes-là. Et nous, on continue à nous enfoncer » dénonce Davy Rimane, qui illustre son propos par le vote sur la levée de l’interdiction des hydrocarbures en Outre-mer.
Il fustige notamment une « position totalement d'hypocrite de l'Assemblée nationale » et de l’État. « Il y a quelques jours, le président de la République recevait plusieurs chefs d'État africains. Et parmi ce dîner, j'ai vu des chefs d'entreprises françaises dont monsieur Pouyanné, TotalEnergies, qui exploitent, continuent à explorer, à exploiter du pétrole ailleurs. On est dans une hypocrisie totale ».
Avec la France, le député de Guyane prône une relation « gagnant-gagnant, égal-égal ». « Sauf que là, on est sur un système où c’est encore des dominants qui écrase des pseudo-dominés. Maintenant, il faut casser cela. Et pour casser cela, encore une fois, je l'ai dit, politiquement, on doit changer de braquet » insiste-t-il.
Revenant sur la présidentielle, le député entend tout de même s’y impliquer, « parce qu'on vit un moment extrêmement crucial ». « Tant à l'échelle de la nation, avec la montée de l'extrême droite et du racisme, (…) sans oublier aussi le fait que nos territoires d’Outre-mer sont en première ligne de tout (…). Mais pour autant, dans les choix, les investissements et les accompagnements à faire pour nos territoires, nous sommes au dernier rang des servis. À un moment donné, on doit faire valoir ce que nous sommes, qui nous sommes, le rôle stratégique que nous souhaitons ou pas avoir au sein de la République. Et dire : Ça suffit, stop. On ne peut pas être vos garants, vos cautions environnementales, vos cautions de biodiversité, (…) et derrière, que les hommes et les femmes qui vivent dans ces territoires-là sont en très grande difficulté parce que vous ne souhaitez pas les accompagner ».
Transformer la Délégation aux Outre-mer en commission permanente
Pour la suite de la Délégation aux Outre-mer, Davy Rimane, après plus de 3 ans à sa tête, défend l’idée de la transformer en commission permanente, ce qui passe par une réforme constitutionnelle. La raison : le manque de considération, dit-il, du gouvernement. « On a sorti plusieurs rapports, on a fait plusieurs missions, on a fait plusieurs propositions, on a même fait des contre-budgets, on a écrit pour le gouvernement et même pour les nôtres, nos propres collègues parlementaires (…) pour qu’ils puissent avoir une espèce de prise de conscience de nos réalités respectives. Mais ça ne fonctionne pas, ça ne marche pas », regrette le député.
« Il y a deux délégations qui sont stratégiques par rapport à nos territoires. C'est bien sûr la délégation aux Outre-mer et la Délégation aux Collectivités territoriales. Si vous prenez ces deux délégations, vous les faites devenir une commission permanente à l'Assemblée nationale, là, on change de paradigme, on change de moyen, on change d'envergure » développe-t-il. « Une commission a la capacité de se saisir des textes de loi, de déposer des amendements, de décider de faire des commissions d'enquêtes parlementaires. Ça change tout. Là, en tant que délégation, nos moyens sont limités, nous n'avons pas le droit de vous saisir des choses ».
Législatives 2027 ? « Je ne me vois pas aujourd'hui arrêter les actions que j'ai commencées »
Enfin, Davy Rimane évoque les prochaines législatives, qui pourraient suivre la présidentielle, après nouvelle dissolution de l’Assemblée nationale. « Je pourrais vous annoncer que je serai candidat, mais après, ça se discute, ça dépend aussi d'un certain nombre de paramètres. Mais je ne me vois pas aujourd'hui arrêter les actions que j'ai commencées, le travail que j'ai initié, qui n'est pas abouti » explique le député.
« Ça va dépendre des Guyanaises et des Guyanais. S'ils souhaitent aussi que je continue ce travail, il y aura des discussions entre nous. Régulièrement, je parle avec la population, je me déplace sur le terrain. Il y a des textes de loi que nous portons, que je vais déposer encore, qu'on doit discuter, qui n'ont pas abouti, que le gouvernement s'était engagé à faire, mais finalement, ne l’a pas fait » poursuit le député qui se laisse finalement le temps pour acter une nouvelle bataille électorale.
