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Taïwan et sécurité, les enjeux du prochain Forum des îles du Pacifique

Par ~4 min lecture
Taïwan et sécurité, les enjeux du prochain Forum des îles du Pacifique
© Les Nouvelles Calédoniennes

À quelques jours de son départ pour Palau, où se tient le Forum des îles du Pacifique, Véronique Roger-Lacan, ambassadrice de France pour le Pacifique, fait le point sur les principaux enjeux du sommet. La présence de Taïwan, dans un contexte où la Chine renforce son influence dans la région, la volonté de l’Australie de formaliser une instance axée sur la sécurité, mais aussi la Nouvelle-Calédonie, «inscrite à l’ordre du jour permanent» du FIP. Détails avec notre partenaire Les Nouvelles Calédoniennes. 

À quelques jours de son départ pour Palau, où se tient le Forum des îles du Pacifique, Véronique Roger-Lacan, ambassadrice de France pour le Pacifique, fait le point sur les principaux enjeux du sommet. La présence de Taïwan, dans un contexte où la Chine renforce son influence dans la région, la volonté de l’Australie de formaliser une instance axée sur la sécurité, mais aussi la Nouvelle-Calédonie, "inscrite à l’ordre du jour permanent" du FIP.

Taïwan invité du FIP

"Une des questions, c’est Taïwan", introduit Véronique Roger-Lacan, lors d’un point presse le mercredi 19 août. À quelques jours de son départ pour Palau, où se tient le 55e Forum des îles du Pacifiques (FIP) du 30 août au 4 septembre, l’ambassadrice de France pour le Pacifique a présenté les principaux enjeux identifiés.

Taipei s’était déjà imposé comme un sujet central en 2025, lors de la 54e édition aux Îles Salomon, qui a reconnu l’île jusqu’en 2019, avant de se rapprocher de la Chine. Afin d’éviter une querelle diplomatique autour de la présence de responsables taïwanais, le Premier ministre salomonais de l’époque, Jeremiah Manele, avait décidé d’exclure les nations non-membres du sommet régional, dont Taïwan, la Chine, la France et les États-Unis. Le FIP plaidait alors pour le respect de la souveraineté régionale.

Cette année, Palau, partisan de Taipei – avec seulement deux autres États du Pacifique, les Îles Marshall et Tuvalu -, a choisi d’inviter Taïwan. La Chine s’en est offusquée. "Surangel Whipps Jr., président de la République des Palau, dit qu’il réussira malgré cela à maintenir l’unité du FIP, qui est fondamentale pour ses membres. Ils estiment que : 'On ne peut pas faire exploser le FIP, parce que, seuls, les États du Pacifique, on n’existe pas. On n’existe qu’ensemble'", rapporte Véronique Roger-Lacan, évoquant également l’inquiétude liée au tir de missile sous-marin effectué par la Chine début juillet dans le Pacifique Sud.

Parallèlement, l’Australie a revu sa stratégie diplomatique dans la région, explique l’ambassadrice. "Le pays a augmenté le montant de son aide au développement en passant à près de 24 milliards de francs par mois – nous, c’est la même somme pour quatre ans – et les Australiens ont multiplié les signatures d’accords bilatéraux de sécurité avec Tuvalu, Fidji, la Papouasie-Nouvelle-Guinée, le Vanuatu." Un changement de politique en réaction à l’accroissement de l’influence chinoise.

Un conseil des ministres de la sécurité

Il s’agit d’un projet porté par l’Australie, développe Véronique Roger-Lacan : "Ils voudraient faire agréer une architecture régionale de sécurité, avec un conseil des ministres en charge de ce secteur, en fonction des statuts de chacun. Seuls quatre États ont des forces armées dans le Pacifique, et les autres ont des forces de sécurité intérieure." Cela pose la question de la position de la Nouvelle-Calédonie et de la Polynésie française, membres à part entière du FIP, mais qui n’exercent pas cette compétence. "On veut juste qu’il soit bien noté qu’il y aura un mécanisme un peu spécifique pour leur participation", précise l’ambassadrice, tout en assurant de la participation de la France, qui dispose de forces armées dans les deux collectivités. "On contribue à la sécurité de la région sur la lutte contre les trafics, le crime organisé, la pêche illicite, la gestion des catastrophes naturelles, donc si cela se formalise dans une enceinte régionale, on y contribuera."

Que la France reste un partenaire stratégique

Les membres du FIP ont décidé, poursuit Véronique Roger-Lacan, de revoir leurs relations avec leurs partenaires, en instaurant un statut de partenaire stratégique, que la France souhaite bien sûr obtenir. Pour cela, le pays a dû candidater, remplir des dossiers et négocier. "On aura les résultats lors du sommet."

La Nouvelle-Calédonie sera également un des sujets du sommet, pointe la diplomate, car "elle est inscrite à l’ordre du jour permanent du forum". L’instance avait d’ailleurs effectué une mission en octobre 2024, à la suite des émeutes. La ministre des Partenariats internationaux, de la Francophonie et des Français de l’étranger, qui dirigera la délégation française au forum, s’exprimera sur le dossier, indique Véronique Roger-Lacan. "Éléonore Caroit expliquera tout ce que l’État fait pour contribuer à la reconstruction du territoire et pour faire en sorte qu’à un moment donné, un consensus soit trouvé sur l’avenir institutionnel."

Enfin, la France devrait annoncer le versement de sa contribution accordée à la Facilité de résilience climatique pour le Pacifique, une structure créée par le FIP, dont le montant avait été révélé par Emmanuel Macron lors du sommet Pacifique-France à Nice en juin 2025, environ 238 millions de francs. Dans un rapport intitulé "La coopération et l’intégration régionales des Outre-mer" de la délégation sénatoriale aux Outre-mer, publié en mai, les sénateurs indiquait que cette somme, "au regard de la contribution des pays voisins, c’est peu", ajoutant que "si l’on veut asseoir l’influence de la France et des PTOM dans le Pacifique, une augmentation de la contribution française serait très appréciée".

Par Les Nouvelles Calédoniennes