SIA 2026 : « Il faut qu'on soit unis pour avoir l'IGP et aller de l'avant », Jean-Pierre Bonno, producteur de vanille sur l’île de Hiva Oa, aux Marquises

Jean-Pierre Bonno, en rouge, accompagné par son fils au Salon de l'agriculture ©Outremers360

SIA 2026 : « Il faut qu'on soit unis pour avoir l'IGP et aller de l'avant », Jean-Pierre Bonno, producteur de vanille sur l’île de Hiva Oa, aux Marquises

Aux stands de la Polynésie française, dans le village du Pacifique, Jean-Pierre Bonno a exposé ses vanilles cultivées sur l’île de Hiva Oa, aux Marquises. Une première pour le producteur et pour cette vanille qui, venue de l’archipel du nord-est du pays, entretient sa spécificité par rapport aux vanilles de Taha’a, Raiatea, Huahine, Moorea ou Tahiti. Interrogé par Outremers360, le producteur lance un appel aux jeunes polynésiens : « Allez faire des études d'agronomie pour que vous reveniez au pays, que vous alliez aller dans les écoles, apprendre aux enfants comment il faut planter la vanille ».

« J'ai vécu la culture de la vanille avec mes grands-parents. J'ai vu les grands-pères, les grands-mères cultiver de la vanille à l'époque, quand j'étais petit enfant. Ça m'a donné envie de reprendre ». Il y a quelques années, Jean-Pierre Bonno se lance dans la culture de la vanille sur son île de Hiva Oa, aux îles Marquises. Une première qui inspira par la suite d’autres producteurs de cet archipel. « J'étais celui qui a incité un peu les personnes, les familles et les jeunes à entrer dans la culture de la vanille aux Marquises », confie l’agriculteur au micro d’Outremers360.

« Au temps de nos tupuna, des anciens, les Marquisiens plantaient beaucoup de vanille. Les générations suivantes sont venues sur Tahiti parce qu'à l'époque, il y avait « l’argent facile » qui arrivait, et toutes les familles ont déserté les vallées. Les champs sont restés dans la nature et toutes les variétés de vanille étaient là. Et nous, qui arrivons après, des années après, on va dire 50 ans après, on constate que la vanille est toujours là. Elle pousse, mais elle n’est pas cultivée », raconte Jean-Pierre Bonno.

Comme tous les producteurs de Polynésie, essentiellement rassemblés aux Îles sous-le-vent -Raiatea, Taha’a ou Huahine-, Jean-Pierre Bonno cultive la vanilla tahitensis, l’espèce hybride qui fait la réputation de l’origine avec son arôme puissante, son allure plus grasse et charnue. Mais aux îles Marquises, assure le producteur, la vanilla tahitensis fait valoir ses propres singularités, liées notamment au climat de l’archipel.

Jean-Pierre Bonno a accueilli Miss France, Hinaupoko Devèze, lors de son passage au Salon, vendredi ©Outremers360

« La nature a fait beaucoup de choses parce que chez nous, aux Marquises, dans la journée, il fait très chaud et la nuit, il fait frais. Cela fait que la vanille se transforme (…). Une vanille tahitensis Ha’apape de Tahiti ou Taha’a, arrivée chez nous, s'élargit et s’allonge. Même les scientifiques sont étonnés de voir ça. Moi, j'ai ma réponse. C'est la nature », assure-t-il.

L’autre particularité, c’est la façon dont il cultive une partie de sa production, « sur des tuteurs vivants », comme « aux temps des anciens » : les faux-caféiers, une plante appartenant à la famille des Araliacées, cousine du lierre et originaire de Polynésie. La vanille est une liane qui se plaît à absorber les pollens voisins, elle prend alors un arôme particulier, des notes et odeurs qui racontent la terre où elle a poussé.

« La vanille, c'est une plante qui est très, très absorbante » confirme Jean-Pierre Bonno. « C'est ça l'image qu'on veut promouvoir à l'extérieur. Si on fait de la vanille et qu’on débrousse tout autour, la vanille n'a plus de saveur ». Le cultivateur, pour avoir d’autres sources de revenus et assurer un environnement riche en pollen à ses vanilles, s’est aussi lancé dans la culture des citrons, des pamplemousses, des mangues, des oranges ou encore des pomelos.

Toutes ces particularités attisent la curiosité. Lors du symposium sur la vanille, qui a réuni à Tahiti les cultivateurs ultramarins en octobre dernier, Jean-Pierre Bonno a accueilli sur son île des planteurs mahorais. « Quand ils ont vu l'analyse de ma vanille qui a été emmenée à Marseille, pour analyse, ils ont vu qu’il y a tous ces ingrédients. Ils ont commencé à poser des questions. Ils m'ont demandé si je plante ma vanille sur des poteaux en ciment. Je leur ai dit « oui, mais en même temps, on a une vanilleraie ancienne qu'on plante sur des tuteurs vivants, des faux-caféiers ». C'est comme ça qu'ils ont voulu venir à Hiva Oa. Il n'y a pas cet arbuste chez eux mais peut-être qu'ils ont un autre arbuste chez eux, qu'ils peuvent exploiter comme tuteur ».

Pour la première fois cette année, Jean-Pierre Bonno a présenté sa vanille au concours général agricole, naturellement dans la catégorie vanilla tahitensis. « Ça fait trois ans maintenant que je me suis préparé pour venir à ce concours ». Malheureusement, le producteur n’a pas remporté de médaille cette année, mais il assure : sa vanille devrait une nouvelle fois concourir l’année prochaine et lui, envisage de revenir au Salon dans deux ans. Il faut dire que pour chaque exposant, une présence à Paris implique un investissement conséquent, davantage quand on vient des Outre-mer.

« C'est très lourd du fait que nous, les Marquises, on est loin de Tahiti. Déjà, trois heures pour venir sur Tahiti, et après, pour venir de Tahiti à Paris : 21 heures. Le plus dur, c'est les finances. Parce que la cherté de la vie chez nous, c'est le billet d'avion. Après, une fois le billet d'avion, il y a l'hôtel, après l'hôtel, la restauration, après tout ce qui vient à côté » confie le producteur qui, à part une visibilité certaine et un contact direct avec ses homologues ultramarins, doit considérer la possibilité de rentrer en Polynésie sans aucun retour sur investissement. Une difficulté accentuée cette année, où la fréquentation du Salon est en baisse.

Malgré ce « bilan mitigé » pour le producteur marquisien, pas de défaitisme. Jean-Pierre Bonno attend, comme tous les producteurs polynésiens, l'IGP sur la vanille de Tahiti, et prône la solidarité plutôt que la concurrence entre les cultivateurs du pays. « Me démarquer, oui, mais dire que ma vanille est meilleure, ce n'est pas mon but. Parce que moi, comme je l'ai dit, la vanille des Marquises et la vanille de Taha’a, c'est la même. Il y a une spécificité entre les îles, c’est tout ». « Il faut qu'on soit unis pour avoir l'IGP et aller de l'avant pour que nos enfants deviennent des futurs porteurs de projets sur la vanille et sur la transformation dans tous les domaines » lance Jean-Pierre Bonno. 

Le producteur conclut sur un message à la jeunesse de son pays : « Allez faire des études d'agronomie, pour que lorsque vous revenez au pays, que vous puissiez aller dans les écoles apprendre aux enfants comment il faut planter la vanille ». Jean-Pierre Bonno sera encore ce dimanche au Salon international de l'Agriculture. En Polynésie, on peut la retrouver au marché de Papeete.