Santé : L’Institut du Cancer de Polynésie française se dote d’un laboratoire

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Santé : L’Institut du Cancer de Polynésie française se dote d’un laboratoire

Inauguré mardi matin par le président du Pays, le laboratoire d’anatomie et de cytologie pathologiques de l’Institut du Cancer de Polynésie française (ICPF) veut marquer un tournant dans la prise en charge des cancers sur le territoire. Avec deux ans de retard, la structure est enfin opérationnelle et a lancé mi-janvier ses premières analyses de prélèvements. Objectif affiché : réduire les délais d’attente et affiner l’analyse des diagnostics localement. Pour l’heure, une quinzaine de personnels travaillent sur place mais les activités du laboratoire doivent se renforcer progressivement, en complément des soins dispensés au CHPF, « sans concurrence » selon le ministre de la Santé. Explications de notre partenaire Radio 1 Tahiti.

« Un élément de plus dans notre arsenal de lutte contre le cancer » : c’est par ces mots que le ministre de la Santé Cédric Mercadal a présenté le laboratoire d’anatomie et de cytologie pathologiques de l’Institut du Cancer de Polynésie française (ICPF), inauguré ce mardi matin dans la commune de Pirae, dans les anciens bâtiments de la Somatech à Pater. 

Une inauguration qui intervient deux ans après la date prévue, à cause de « questions de travaux et de commandes de matériels qui ont traîné », précise le ministre, également président du conseil d’administration de l’ICPF, qui assure que « c’est quand même un tour de force de l’avoir sorti en moins de trois ans ». Car, outre la rénovation et la conformité des bâtiments, il a aussi fallu recruter et former le personnel, pour certains en dehors du territoire.

Ce laboratoire d’anatomopathologie est destiné à étudier au microscope les tissus et les cellules prélevés chez les patients après biopsie ou intervention chirurgicale, ceci afin d’établir un diagnostic, entre lésions bénignes ou cancéreuses, et de s’orienter vers les traitements adaptés. Il s’agit d’une étape essentielle dans le parcours de soins en oncologie, où très peu de prélèvements étaient analysés sur le territoire jusqu’à maintenant. De deux mois d’attente pour recevoir ses résultats depuis l’Hexagone, le délai va passer à quelques jours ou semaines, s’est réjouie le Dr. Teanini Tematahotoa, directrice de l’ICPF, dans un discours d’ouverture qui a précédé la visite des locaux.

Une mise en service progressive

En service depuis le 19 janvier, le laboratoire est en phase de mise en route progressive de ses activités. Pour l’heure, seules des analyses histologiques et cytologiques ont été menées, mais bientôt, les tests HPV de dépistage du papillomavirus pourront également être réalisés sur le territoire.

Une délégation composée du président et de quelques-uns de ses ministres, qui étaient entourés de plusieurs représentants de l’Assemblée, de la CPS, du Cesec et du monde de la santé, a pu visiter les locaux flambants neufs, où une poignée de techniciens ont présenté leurs missions. « Il y a actuellement 18 personnes qui travaillent ici, médecins, techniciens, secrétaires, coursiers… », précise le Dr. Teanini Tematahotoa. Des rangs qui doivent encore se gonfler avec l’intégration progressive d’autres équipes.

Depuis l’ouverture du laboratoire il y a un mois et demi, plus de 1 300 prélèvements de frottis et 34 examens d’histologie ont été réalisés. « Il y a une montée en charge de l’activité puisque là, tous les postes ne sont pas encore utilisés. Même au niveau RH, il y a encore une marge. C’est vraiment volontaire de reprendre progressivement les prélèvements qui sont envoyés dans l’Hexagone. Ensuite, ce sera toute la partie biologie moléculaire puisque souvent, on fait la première analyse, mais après, on envoie la lame pour des analyses complémentaires dans l’Hexagone. L’idée, c’est d’avoir les machines pour pouvoir le faire ici. On attend parfois trois ou quatre semaines pour cette analyse complémentaire alors que là, si on a la machine sur place, en deux heures, on peut avoir le résultat », détaille la directrice de l’ICPF.

Pas de « concurrence » entre l’ICPF et le CHPF

Le laboratoire servira également aux examens urgents fait lors des interventions chirurgicales, afin de rendre un diagnostic en vingt minutes. C’est pourquoi il a été décidé de l’implanter à Pater, à proximité du CHPF et de l’ensemble des cliniques, selon Cédric Mercadal, qui ajoute que ni le CHPF ni l’Institut Louis-Malardé ne disposaient de l’espace suffisant pour accueillir le nouveau bâtiment.

« La force que l’on a aujourd’hui, c’est qu’on a un laboratoire et la prévention qui seront faits à l’ICPF pour mieux se prémunir du cancer, mieux suivre le registre et mieux diagnostiquer. Après, les soins en oncologie se feront au CHPF et dans les cliniques puisqu’aujourd’hui, les cliniques font aussi des activités d’oncologie et de la chimiothérapie. C’est la dernière convention qui a été signée entre le CHPF et Paofai », explique le ministre de la Santé, qui insiste sur les missions de prévention et de dépistage de l’ICPF que ce nouveau laboratoire vient renforcer en faisant de « l’aide au diagnostic », sans « concurrence » aucune avec la prise en charge effectuée de son côté par le CHPF. « Associer ce nouveau bâtiment à l’ICPF, dans le cadre du registre des cancers, était une évidence », souligne-t-il.

Près d’un milliard d’investissements pour la « souveraineté sanitaire » du fenua

Côté budget, les investissements, à hauteur de 931 millions de francs, ont été financés par le Pays avec un soutien de l’État pour les équipements. « Cette réalisation participe à la construction de l’indépendance et de la souveraineté sanitaire de la Polynésie française » en permettant de renforcer l’autonomie diagnostique du territoire, a déclaré Moetai Brotherson dans son allocution, avant de partager les « souvenirs d’angoisse » vécus par son épouse « en attendant le résultat de sa biopsie ». Bénéficier sur le territoire d’un « outil pour raccourcir les délais et affiner l’analyse, c’est un progrès remarquable », a-t-il conclu.

Lucie Ceccarelli pour Radio 1 Tahiti