Pollution des DCP en Polynésie : vers un fonds financé par les thoniers industriels étrangers ?

©Présidence de la Polynésie française (archives)

Pollution des DCP en Polynésie : vers un fonds financé par les thoniers industriels étrangers ?

Chaque année, des milliers de dispositifs de concentration de poissons dérivants sont mis à l’eau par la pêche industrielle étrangère. Portés par les courants, beaucoup finissent par s’échouer sur les îles polynésiennes avec de lourdes conséquences pour les écosystèmes marins. Face à ce phénomène, un séminaire international réunit cette semaine les représentants du Pacifique, mais aussi ceux de l’industrie pour tenter de trouver des solutions concrètes. Un sujet de notre partenaire TNTV.

Entre 50 000 et 60 000 dispositifs de concentration de poissons voguent dans l’océan Pacifique. Ces DCP sont déployés par les grandes flottes de pêche industrielle à la senne, une technique interdite en Polynésie française, où les pêcheries locales, seules autorisées à pêcher sur la vaste ZEE polynésienne, utilisent la palangre horizontale.

Les DCP qui dérivent au gré des courants polluent les littoraux, les récifs ou le fond des baies. Depuis 2019, le Pays recense les échouages et documente cette pollution.

« On a commencé en 2019 par des programmes de recensement des DCP dérivants, des programmes de science participative, donc chaque habitant des îles pouvait déclarer sur le site internet de la direction des Ressources Marines tout DCP dérivant qu’il rencontrerait échoué », rappelle Thibault Thellier, chargé d’études pour la pêche hauturière à la DRM. « Et puis, on a mis en œuvre des programmes un petit peu plus protocolés, un petit peu plus standardisés, dans les Tuamotu en 2022, puis aux Marquises en 2024, puis encore l’année dernière aux Gambier, et même à Clipperton. »

Les pays insulaires du Pacifique alertent les autorités internationales. Face à l’incapacité des thoniers senneurs à récupérer les DCP dérivants, la Polynésie française cherche une solution.  L’idée : faire payer l’industrie de la pêche industrielle pour financer des campagnes de récolte.

« On a la chance en Polynésie d’avoir de nombreux navires, même des petits navires, dans toutes les îles, dans tous les archipels de Polynésie française. Si on obtient la position de ces DCP dérivants en temps réel, et qu’on obtient les financements venant de l’industrie de la pêche à la senne, on devrait être en mesure de les récupérer en mobilisant tout un réseau d’acteurs en Polynésie française ».

Deux organismes de pêche industrielle, l’un des États-Unis l’autre d’Amérique du Sud, participent à un séminaire. L’American Tunaboat Association se dit prête à soutenir la région à travers un fond au bénéfice des communautés locales.

« Ce fonds sera alimenté exclusivement par les contributions du secteur de la pêche responsable, à hauteur de 5 000 $ (environ 500 835 Fcfp) par navire », explique le directeur Bill Gibbons Fly. « Si 100 navires participent, nous disposerons d’un fonds de 500 000 $ (50 083 550 Fcfp) que nous pourrons utiliser pour soutenir ces initiatives. Ce n’est qu’un début, bien sûr, et nous devrons faire davantage. Outre le financement du secteur de la pêche responsable, nous espérons que d’autres acteurs contribueront également à ce fonds ».

L’an dernier, la Polynésie avait déjà défendu ses intérêts en proposant une obligation de partage des positions des DCP lorsqu’ils dérivent dans nos eaux. « Donc maintenant, ces DCP vont clignoter lorsqu’ils vont entrer dans le ZEE, et vont nous permettre justement d’aller les récupérer », précise le ministre Taivini Teai. Ce séminaire marque une étape clé vers une gestion responsable des DCP dérivants.

TNTV