Directeur général adjoint du Crédit Agricole La Réunion–Mayotte depuis 2015, Didier Estebe défend une vision exigeante de ses missions : accompagner l’économie locale tout en agissant comme acteur social engagé. Entre soutien au logement, innovation, inclusion et partenariats associatifs, il revendique une approche profondément engagée et solidaire au service de La Réunion et de Mayotte.
Médaille d’honneur de l’engagement ultramarin, trophée du « mentor d’exception » Nos Quartiers ont du Talent : au-delà de sa fonction, Didier Estebe résume l’action de la caisse régionale en trois axes : « être partenaire de confiance, façonneur de territoire et acteur de l’inclusion ». Dans une banque coopérative « propriété de ses sociétaires », ancrée depuis 75 ans à La Réunion, et 30 ans à Mayotte, il insiste sur l’idée d’une « banque de proximité » qui sert de la même façon tous ses clients « des plus modestes aux plus fortunés », tout en assumant une responsabilité sociétale plus globale. « Une entreprise ne peut se développer que dans une société très apaisée », glisse-t-il, revendiquant une solidarité à la fois « humaine et économique ».
Partenaire de confiance
Sur le terrain, cet axe s’incarne dans l’accompagnement des ménages, des professionnels et des entreprises, y compris dans l’urgence. « Pendant la période cyclonique, nous avons mobilisé 1 500 000 euros », rappelle-t-il, avec des mesures concrètes : reports de crédits pour les particuliers, solutions de trésorerie et de fonds de roulement pour les entreprises. Côté logement, la banque se positionne aussi comme investisseur : « On n’intervient pas uniquement comme prêteur, on mobilise nos ressources financières pour développer de l’habitat », dit-il, en écho au soutien historique au logement social (Case TOMI) et aux projets immobiliers structurants.
Façonneur de territoire
Le Crédit Agricole mise également sur l’innovation et des réponses très opérationnelles aux défis locaux. Le Village by CA a ainsi « hébergé 70 » start-up en trois ans, autour de l’économie d’énergie, des services à la personne ou de solutions liées aux fragilités du bâti. Et face à l’enjeu de l’eau, Didier Estebe cite une expérimentation déjà engagée avec des générateurs d’eau atmosphérique : « des appareils qui permettent de condenser l’air ambiant et de le transformer en eau potable », capables de produire « 300 litres par jour » voire plus.
Acteur de l’inclusion
Cette démarche se lit dans les partenariats et le soutien aux plus fragiles en lien avec la Croix-Rouge, la Banque alimentaire, le RSMA, ou encore l’IRIS pour l’accompagnement de femmes atteintes de cancers. Avec la Croix-Rouge et la CAF, le dispositif « Nouveau départ » vise notamment à soutenir les femmes victimes de violences : « Du jour au lendemain, certaines femmes se retrouvent piégées avec un compte joint partagé avec leur conjoint violent. En lien avec la Caisse d’allocations familiales, la banque a donc mis en place un dispositif spécifique : les victimes sont orientées vers un accompagnement dédié et bénéficient rapidement de l’ouverture d’un compte bancaire personnel sécurisé, et sans frais afin de retrouver une autonomie financière. », explique-t-il.
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Perspectives 2026
Pour les années à venir, Didier Estebe appelle à un « sursaut collectif » autour de trois chantiers majeurs : la transition énergétique et climatique, la transition démographique (vieillissement de la population) et le digital. « La Réunion connaît un vieillissement rapide de sa population. Or, les dispositifs d’accueil et d’accompagnement restent insuffisants », alerte-t-il. Près de 20 % des salariés sont aujourd’hui des aidants familiaux. « Demain, ils devront concilier activité professionnelle, éducation des enfants et prise en charge de parents âgés ou en situation de handicap ». Le digital, « notamment avec la montée de l’intelligence artificielle », est selon lui un levier pour mieux prévenir, accompagner et maintenir le lien, en particulier auprès des publics fragiles.
Face à ces défis sociaux et économiques, il rappelle : « On a tous un rôle à jouer, un peu dans le rôle du colibri. » Une manière de résumer sa ligne directrice : la banque comme outil, l’engagement comme méthode.























