Avec la parution des listes fin février et le lancement de la campagne officielle début mars, les élections municipales ont pris un coup d’accélérateur avant le premier tour du 15 mars. À La Réunion, le scrutin donne le ton, deux ans avant les Régionales de 2028, entre « pacte de non-agression » à gauche et concurrence Melchior-Robert pour le leadership de la droite.
À gauche, une bataille à distance entre Huguette Bello et Ericka Bareigts avait eu lieu lors des dernières législatives, au profit de la présidente de Région, qui a soutenu la plupart des députés réélus. Mais pour les municipales des 15 et 22 mars, les deux femmes fortes de la gauche réunionnaise ne s’opposeront pas, suite à un « pacte de non-agression ou de bienveillance » précise Yves Montrouge, journaliste politique, interrogé par Outremers360.
À Saint-Denis, la maire sortante socialiste présente sur sa liste des personnalités issues du parti Pour La Réunion (PLR) d’Huguette Bello. Réciproquement, à Saint-Paul, fief de la présidente de Région, son dauphin Emmanuel Séraphin a intégré sur sa liste des candidats du PS. « Dans certaines autres communes de l’île, chacun fait ce qui lui plaît. Ericka Bareigts soutient des candidats, Huguette Bello en soutient d’autres, pas forcément les mêmes, mais sans pour autant se crêper le chignon », poursuit l’observateur.
Dans les communes où Huguette Bello et Ericka Bareigts soutiennent deux candidats différents, on note notamment celle de Saint-Benoît, où la présidente de Région soutient le député LFI Jean-Hugues Ratenon, tandis que la maire de Saint-Denis soutient le maire sortant Patrice Selly. Même divergence à Saint-Pierre où Ericka Bareigts soutient Ruth Dijoux, tandis qu’Huguette Bello soutient la députée GDR Emeline K’Bidi.
« A vrai dire, dans certaines communes, chacune soutient son candidat, mais on ne peut pas vraiment parler de listes concurrentes car les listes qu’elles soutiennent respectivement se retrouveront au second tour. Même si chacune espère que son candidat terminera en tête, parce qu’il y a quand même la bataille des régionales de 2028 qui se prépare derrière tout cela. Et Ericka Bareigts et Huguette Bello seront candidates » ajoute encore Yves Mont-Rouge.
Dans la capitale Saint-Denis, après avoir réuni 7 000 personnes lors de son meeting de lancement de campagne, la maire socialiste de la ville la plus peuplée d’Outre-mer peut espérer une élection dès le premier tour. Auquel cas, elle apparaîtra comme la figure forte de la gauche locale et une sérieuse concurrente à Huguette Bello. Dans la capitale, l'ancienne ministre des Outre-mer profite bien entendu d’une union à gauche et d’un éparpillement des listes, notamment à droite.
À droite justement, on espère un nouveau souffle, après avoir perdu la région en 2021, puis les législatives de 2022 et 2024, à l’issue desquelles l’île ne compte plus de députés de droite LR. Mais si dans certaines communes, l’union permet de maintenir les troupes mobilisées avant les Régionales, dans d’autres, les divisions entre grandes figures locales ternissent l’objectif.
C’est le cas par exemple à Saint-Paul, où le président du Département, Cyrille Melchior -qui a reçu le soutien officiel du patron des LR Bruno Retailleau- devra compter sur une concurrence à droite avec la liste de l’ancien président de la Région (2015-2021), Didier Robert. L’enjeu : le leadership à droite avant les Régionales.
« J'ai tout fait à Saint-Paul pour qu'il y ait cette union avec Cyrille Melchior. Si je suis candidat aujourd'hui, c'est parce qu'il n'a pas réussi à rassembler l'ensemble de la droite », a lancé Didier Robert lors d'un débat sur Réunion la 1ère le 19 février. « Lorsque j'ai senti cette attente de la part des Saint-Pauloises et des Saint-Paulois, j'ai pris mes responsabilités », a rétorqué Cyrille Melchior, assurant qu'aucune autre liste de droite n'avait encore été déposée quand il s'est lancé.
Pour Didier Robert, 58 ans, la mairie de Saint-Paul serait un retour politique que peu lui prêtaient encore il y a un an. Condamné définitivement en 2021 à trois ans d'inéligibilité pour prise illégale d'intérêts, il a été condamné en première instance en 2024 à cinq ans d'inéligibilité pour concussion dans une autre affaire. Son appel, prévu en avril, lui permet pour l'heure de se présenter. Saint-Paul n'est pas étrangère à ce type de situation : deux de ses maires ont été incarcérés, en 1994 puis en 1999.
Pour Cyrille Melchior (divers droite), 55 ans, l'enjeu est inversé : une victoire consoliderait sa place de leader de la droite réunionnaise et son mouvement Nouvel R', mais une défaite fragiliserait ses ambitions à la tête du conseil départemental en 2028. « Dans les autres communes, les candidats de droite se présentent surtout avec l’étiquette Nouvel R’ le parti créé en avril dernier par Cyrille Melchior » confirme Yves Mont-Rouge.
Reste une inconnue dans cette commune, la deuxième la plus peuplée de l’île : le résultat du Rassemblement national, dont le candidat Jean-Yves Morel bat la campagne de longue date. Si son score lui permet de négocier une fusion au second tour avec l'un des candidats de droite - scénario inédit lors d'une municipale réunionnaise -, la droite pourrait reconstituer un bloc à même de menacer Emmanuel Séraphin.





















