Modernisation, expérimentation, management, accompagnement : Ludovic Robert, directeur régional des finances publiques à La Réunion transforme l’éloignement en levier d’innovation publique

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Modernisation, expérimentation, management, accompagnement : Ludovic Robert, directeur régional des finances publiques à La Réunion transforme l’éloignement en levier d’innovation publique

Arrivé à la tête de la Direction régionale des finances publiques (DRFiP) de La Réunion en octobre 2023, après dix ans passés à Bercy et une première expérience de directeur en Haute-Corse, Ludovic Robert a découvert un territoire « à la fois très proche de l’Hexagone et très éloigné ». Confronté à l’insularité, à des fragilités sociales marquées mais aussi à une forte exigence de service public, il porte une vision exigeante et humaine de l’État, fondée sur la proximité, la transversalité et l’efficacité. Pour Outremers360, dans un entretien exclusif, il partage sa vision et les défis.

« En arrivant, j’ai pris conscience qu’il existait vraiment des outre-mer »

La Réunion s’est présentée pour Ludovic Robert comme « une suite presque naturelle ». Pourtant, sa prise de fonctions en octobre 2023 marque un véritable tournant professionnel : « C’était ma première affectation en outre-mer. En arrivant, j’ai pris conscience qu’il existait vraiment des outre-mer. On en parle souvent de manière globale, mais chaque territoire a ses spécificités », confie-t-il.

À 10 000 kilomètres de l’Hexagone, l’éloignement n’est pas seulement une donnée géographique : « Il est très concret dans le quotidien de l’action publique. »

Avec ses 900 000 habitants, ses infrastructures, son offre de soins et d’enseignement comparable aux grandes métropoles de l’Hexagone, La Réunion affiche un niveau d’exigence élevé vis-à-vis des services de l’État.

À cette équation s’ajoute un défi managérial inédit : diriger une direction de 800 agents répartis sur l’ensemble de l’île.

Offrir un service public plus efficace

À La Réunion, la coopération interministérielle n’est pas un principe abstrait mais une nécessité opérationnelle : « L’éloignement nous oblige, nous isole, donc doit nous rapprocher », résume Ludovic Robert.

Si cette dynamique s’inscrit dans les orientations nationales, elle repose ici sur un pilotage territorial fort : « Les préfets créent les conditions pour que les services de l’État travaillent bien ensemble. C’est de l’animation, de l’implication, des lignes directrices, une proximité du quotidien. » Il salue particulièrement le rôle du préfet de La Réunion, Patrice Latron, et de ses prédécesseurs : « Il porte une vraie volonté de faire fonctionner l’État de manière collective. »

Dans un territoire insulaire où « on est peut-être davantage amenés à se rencontrer, y compris en dehors du travail », cette coopération renforcée permet, selon lui, de délivrer un service public « plus lisible et plus efficace pour les usagers ».

 

Restaurer la confiance auprès des usagers et des contribuables

Dans un territoire où 75 % des foyers fiscaux ne sont pas imposables, replacer l’impôt au cœur du pacte citoyen constitue un enjeu majeur. « C’est un vrai sujet de préoccupation et une vraie ambition dans nos priorités. »

Il se heurte à des fragilités sociales importantes : illettrisme, illectronisme, maîtrise incomplète du français, rapport anxieux à l’impôt. « Déclarer ses revenus, ça fait peur. Les gens ont peur de mal faire. »

Pour comprendre ces difficultés, le directeur va lui-même sur le terrain : « Je me mets dans les files d’attente, je discute avec les usagers, je leur demande ce qu’ils pensent de nos services. »

Il pointe un frein majeur : la complexité du langage administratif. « trop technique » que souvent les gens ne comprennent pas.  Face à ce constat, il décide de transformer la contrainte en confiance. « Notre ambition, c’est que les gens viennent le moins possible, parce qu’ils viennent par obligation et, quand ils viennent, il faut mieux les recevoir. »

Lutte contre la fraude, contrôle et accompagnement : un État à la fois ferme et utile

La lutte contre la fraude fiscale constitue l’un des piliers de l’action de la DRFiP à La Réunion, pleinement inscrite dans les priorités nationales. « Ce n’est pas parce qu’on est pauvre qu’on n’a pas d’obligations déclaratives », rappelle Ludovic Robert, dans un territoire où coexistent précarité sociale et enjeux financiers importants. Près d’une centaine d’agents sont aujourd’hui mobilisés sur ces missions. En 2024, 4 500 contrôles fiscaux ont été réalisés pour près de 100 millions d’euros de rappels.

La Réunion est également un territoire d’expérimentation, notamment avec le recours à la détection par photos satellitaires pour identifier des biens non déclarés, comme les piscines. « Ça fonctionne bien et ça rapporte directement aux communes via la taxe foncière », souligne le directeur. Une illustration concrète, selon lui, du rôle économique de l’impôt : « Ce que nous encaissons ne remonte pas à Bercy. Ça finance directement les communes, les hôpitaux, les équipements publics. »

Au-delà du contrôle, la DRFiP assume pleinement sa mission d’accompagnement des collectivités et de soutien à l’économie locale. Avec près de 5 milliards d’euros de dépenses publiques annuelles, elle constitue l’un des principaux injecteurs de liquidités dans l’économie réunionnaise. « J’appelle ça injecter pratiquement l’argent public dans l’économie », résume Ludovic Robert, qui a engagé un important travail avec les communes, les intercommunalités, le département et la région pour accélérer les délais de paiement aux entreprises.

Autre chantier structurant : la généralisation de la facturation électronique, qui concernera toutes les entreprises à partir de 2026 et 2027. « Pas seulement les multinationales, mais d’abord les artisans, les boulangers, les agriculteurs », insiste-t-il. La DRFiP a engagé un travail étroit avec l’ensemble de l’écosystème économique — chambres consulaires, banques, experts-comptables, chambre d’agriculture — pour informer, former et accompagner. « Travaillons ensemble pour aider les entreprises. On a tous intérêt à ce que ça fonctionne. »

Le « retour au peyi », un enjeu humain et stratégique

Depuis son arrivée, Ludovic Robert a été frappé par l’attachement des Réunionnais à leur territoire. « Ici, le retour au pays est un sujet majeur. »

Pour répondre à cette attente, il a obtenu de Bercy l’ouverture d’un nouveau centre de contact à Saint-Benoît, qui accueillera 40 agents supplémentaires issus de la direction générale des finances publiques dès le 1er septembre prochain. « C’est une super nouvelle, pour l’activité de nos services comme pour nos agents. C’est la reconnaissance de la qualité du travail des finances publiques à La Réunion. »

À La Réunion, Ludovic Robert défend une vision exigeante et profondément humaine de l’État : une administration efficace, transversale, proche de ses usagers et attentive à ses agents. « C’est très agréable de travailler et de vivre à La Réunion. »

À 10 000 kilomètres de Bercy, l’action publique se construit ici au quotidien, au plus près du territoire et de celles et ceux qui le font vivre.