Le Premier ministre Sébastien Lecornu entend faire de son déplacement à Mayotte, mercredi et jeudi, un « moment de travail exigeant et utile » consacré à l’accélération de la reconstruction et du développement de l’archipel, a-t-il assuré dans une lettre adressée aux maires avant sa visite, qu’Outremers360 a pu se procurer. Le chef du gouvernement reconnaît la lenteur des chantiers, et appelle l’État et les collectivités à passer des financements aux réalisations concrètes.
Un an après la promulgation de la loi de programmation pour la refondation de Mayotte, et plus d’un an et demi après le passage du cyclone Chido, le chef du gouvernement veut désormais « sortir concrètement » les projets annoncés. Matignon avait annoncé que sa visite des 26 et 27 août serait consacrée à un « point complet » sur l’avenir du territoire, notamment sur la reconstruction, l’immigration clandestine, la rentrée scolaire, l’accès aux soins et les infrastructures.
La visite du chef de l’exécutif intervient quelques jours après celle de l’ancien Premier ministre et candidat à la présidentielle Édouard Philippe, durant laquelle ce dernier a notamment promis de « fermer les vannes de l’immigration » sur l’île. Une annonce qui n’a pas manqué de faire réagir, et poussé les oppositions a vivement critiqué l’action du gouvernement à Mayotte depuis 2017.
« Depuis 2017 (…) beaucoup a été fait » défend Sébastien Lecornu qui énumère le « doublement des effectifs de police et de gendarmerie, la montée en puissance de la lutte contre l’immigration clandestine, la création d’un rectorat et d’une agence régionale de santé autonomes, le renforcement des droits sociaux, l’application du code du travail ».
« Mais cela n’implique aucun satisfecit particulier, car cela est notre devoir et responsabilité : les Mahorais ont affirmé à plusieurs reprises leur amour pour la France ; il est de la responsabilité de la République de tout faire pour assurer leur développement et leur octroyer les mêmes droits que tous » a-t-il ajouté.
Sébastien Lecornu reconnaît dans sa lettre aux élus que « la reconstruction et le développement du territoire sont trop lents ». Il cite notamment les difficultés persistantes d’accès à l’eau, les besoins en matière de santé, la construction et la rénovation des écoles, ainsi que les retards dans la livraison ou la mise en service de plusieurs équipements publics. « Les résultats ne sont pas encore suffisamment visibles dans la vie quotidienne des Mahoraises et des Mahorais », écrit-il, assurant comprendre et partager l’impatience de la population.
« La difficulté n’est plus d’abord celle des crédits »
Pour le Premier ministre, le principal obstacle n’est désormais plus le financement des projets. La loi de programmation du 11 août 2025 prévoit, rappelle-t-il, près de 4 milliards d’euros d’investissements jusqu’en 2031. Le Programme des interventions territoriales de l’État (PITE) et l’Établissement public de reconstruction et de développement de Mayotte (EPRDM) doivent également permettre d’accélérer la mise en œuvre des opérations.
Mais l’exécution budgétaire reste, selon lui, très insuffisante. Sur les 674 millions d’euros inscrits en 2026 pour la refondation de Mayotte, seulement 54 millions d’euros, soit 11,7 %, auraient été dépensés à ce stade, affirme-t-il. Sébastien Lecornu attribue une partie du retard au calendrier politique et budgétaire de début d’année, marqué par la censure du gouvernement de François Bayrou et le vote tardif du budget. Les crédits n’ont ainsi pu être délégués qu’à partir du 30 avril.
Mais le Premier ministre estime que cette explication ne suffit pas. Il pointe également des « procédures administratives trop longues », le « désordre foncier », une « faiblesse de l’ingénierie disponible », une dispersion des responsabilités ainsi que des délais de paiement et des problèmes d’organisation de certains services.
« Les projets sont consensuels. Les financements sont là. Maintenant, il faut sortir concrètement ces projets », résume-t-il, promettant de « travailler dossier par dossier, pour identifier les décisions qui doivent être prises, les moyens qui doivent être renforcés et les obstacles qui doivent être levés. Chaque difficulté examinée devra conduire à une solution, un responsable et une échéance ».
Deuxième hôpital, nouvel aéroport, usine de dessalement : des projets « définitifs et irréversibles »
Sébastien Lecornu entend également couper court aux interrogations sur plusieurs grands projets d’infrastructures. Il réaffirme leur caractère « définitif et irréversible » et cite notamment le deuxième hôpital, l’extension du Centre hospitalier de Mayotte, la construction d’un nouvel aéroport, un deuxième établissement pénitentiaire, l’usine de dessalement ou encore la troisième retenue collinaire.
Ces opérations figurent, selon lui, dans la stratégie quinquennale 2026-2031 et leurs financements sont « sécurisés ». Le Premier ministre assure par ailleurs que les crédits non consommés au cours d’une année seront reportés l’année suivante. « Aucune mesure d’économie ne se fera sur le dos de Mayotte », promet-il.
Immigration, sécurité et budget 2027 au cœur des discussions
La visite doit également servir à préparer les prochains arbitrages budgétaires du gouvernement. Sébastien Lecornu indique que les échanges avec les élus doivent directement éclairer les décisions qu’il aura à prendre dans les prochaines semaines pour le budget 2027.
Parmi les dossiers cités figurent la lutte contre l’immigration clandestine, la « maîtrise civilo-militaire des espaces maritimes », les moyens des forces de sécurité et de la justice, mais aussi l’eau, les écoles, le logement et les infrastructures de désenclavement.
Le gouvernement entend également examiner les dispositifs fiscaux et sociaux susceptibles de soutenir les entreprises mahoraises, d’accélérer les chantiers et de préserver l’emploi. L’agriculture et la pêche figurent également parmi les secteurs évoqués.
La question migratoire devrait constituer l’un des dossiers sensibles du déplacement. Elle fait partie des principaux axes annoncés par Matignon pour cette visite, aux côtés de la reconstruction, de la santé, de la rentrée scolaire et des transports.
« Je souhaite que notre travail soit centré sur les opérations susceptibles d’être engagées ou accélérées dans les tous prochains mois : les projets prêts mais encore bloqués, les décisions attendues de l’État et les situations dans lesquelles un appui renforcé, voire une reprise de la maîtrise d’ouvrage, est nécessaire. Il ne doit y avoir aucun tabou : les projets doivent sortir de terre car les financements sont là » a-t-il insité.
Un comité de suivi mensuel promis après la visite
Sébastien Lecornu veut enfin installer un nouveau comité de suivi, en plus de celui dédié à la reconstruction. Celui-ci serait interministériel, placé sous son autorité et permettrait « de suivre l’avancement des décisions prises et de lever les blocages qui subsisteraient ». Ce comité de suivi devrait se réunir chaque mois, dès l’issue de son déplacement. « Des indicateurs précis de résultats et d’engagements des crédits seront publiés : nous n’avons rien à cacher ».
Les maires de Mayotte ainsi que le président du Département-Région sont par ailleurs invités à Matignon en novembre, à l’occasion du Congrès des maires, pour un premier point d’étape. « L’État a besoin » des maires « pour réussir en ce début de mandat municipal ». « Car la refondation de Mayotte ne se fera pas sans les communes, sans votre connaissance, sans votre capacité à mobiliser les acteurs locaux et à porter les projets jusqu’à leur réalisation ». Le Premier ministre annonce enfin vouloir revenir à Mayotte dans les six mois, au début de 2027, afin de constater l’avancée des projets.
Cette volonté d’accélération intervient alors que les attentes restent fortes sur l’île, confrontée à des difficultés structurelles en matière d’eau, de logement, d’éducation, de santé et d’infrastructures, auxquelles se sont ajoutées les destructions provoquées par le cyclone Chido en décembre 2024.
« Mayotte n’a plus besoin d’une accumulation de promesses. Elle a besoin de preuves », écrit Sébastien Lecornu, qui veut désormais juger l’action publique à l’aune des réalisations. « Je veux des résultats », ajoute le Premier ministre pour qui Mayotte « a besoin que les crédits deviennent des écoles, des canalisations, des logements, des routes, des hôpitaux et des équipements de sécurité. Elle a besoin que l’État et les collectivités parlent le langage des résultats ».

