Gravement touché après Chido, le Centre Hospitalier de Mayotte a dû fonctionner «en mode dégradé» pendant plusieurs mois. Il a toutefois pu «renaître de ses cendres» grâce au travail de ses équipes et Jean-Michel Beaumarchais, son nouveau directeur depuis le 1er janvier 2026, a annoncé de futurs grands travaux d’extension et de transformation dans les années à venir. Précisions avec notre partenaire France-Mayotte Matin.
« Face à une population jeune et à des enjeux sanitaires spécifiques, les priorités du Centre Hospitalier de Mayotte sont clairement établies : assurer la continuité, la sécurité et la qualité du service public hospitalier, tout en menant les transformations nécessaires à l’adaptation et à la modernisation de l’outil hospitalier, afin de répondre de manière pérenne aux besoins du territoire», a déclaré Jean-Michel Beaumarchais, le Directeur Général du Centre hospitalier de Mayotte depuis le 1er janvier 2026. Sollicité tout d’abord pour assurer l’intérim pour 2 mois, après le départ de l’ancien directeur Jean-Mathieu Defour le 1er juillet 2025, il a finalement choisi de rester afin d’assurer cette fonction d’une manière pérenne aux côtés de Mahafourou Saïdali, son adjoint. Certains membres de l’ancienne équipe dirigeante sont restés, en changeant parfois de poste, mais de nouveaux cadres sont aussi venus remplacer ceux qui ont choisi de quitter le territoire.
Après les déboires qu’a connu le CHM suite à Chido, avec un fonctionnement « en mode dégradé» qui s’est poursuivi sur plusieurs mois, après également le départ de l’ancien directeur et l’instabilité au sein de l’équipe dirigeante qui s’en est suivie, Jean-Michel Beaumarchais et son équipe, désormais stable et au complet, ont décidé de «se retrousser les manches» pour développer l’offre de soin sur le territoire. Au cours d’une conférence de presse organisée ce mardi, l’équipe dirigeante a fait part aux médias de ses projets et des stratégies mises en place afin de « redorer progressivement le blason» du CHM.
De grands projets d'extension et de développement
Le CHM poursuit sa rénovation après les dégâts occasionnés par Chido. Certains bâtiments, trop abîmés pour être réparés, ont dû être détruits et reconstruits ailleurs. C’est le cas notamment du CMP dont les nouveaux locaux seront livrés en juin 2026. «Mais cela restera du provisoire car nous avons le projet d’ouvrir une unité de soins psychiatriques pérenne en Petite-Terre d’ici 2028 pour un montant de 15,7 millions d’euros», déclare le directeur qui précise toutefois que « même si les psychiatres sont une «denrée rare», le CHM collabore activement avec les hôpitaux de La Réunion et de métropole pour essayer d’en faire venir». L’année 2026 verra, d’une manière plus générale, se terminer l’ensemble des travaux de remise en état et aux normes du site de Mamoudzou pour un montant de 27,8 millions d’euros. La construction de 4 salles d’enseignement est également prévue.
L’année 2027 verra quant à elle la livraison de l’extension du bloc d’accouchements, de 4 salles d’opération et d’un centre d’accueil et de crise. «Il nous faut construire pour mieux accueillir», explique Jean-Michel Beaumarchais, conscient des carences actuelles du CHM en termes d’accueil physique et téléphonique. « Une fois que le centre d’accueil sera terminé, nous embaucherons d’avantage d’agents d’accueil et un groupe de travail planche déjà sur la question de l’accueil téléphonique», développe-t-il.
Outre la construction de l’unité psychiatrique en Petite-Terre, l’autre opération phare de l’année 2028 sera la restructuration des Urgences avec une place plus importante accordée à la piste de décollage et d’atterrissage de l’hélicoptère pour une meilleure prise en charge des patients. Le bâtiment des consultations centralisées et des dialyses sera quant à lui livré en 2029 en même temps que le bâtiment médicaux-technique et l’extension de l’IES. Plusieurs autres bâtiments seront également livrés en 2030. Le projet du «site secondaire du CHM» à Combani, abusivement appelé « 2ème hôpital de Mayotte» , est pour sa part toujours en phase d’études préliminaires et sa première pierre ne sera pas posée avant l’année 2030, au plus tôt. «Il faudrait déjà trouver le terrain» , explique Jean-Michel Beaumarchais qui affirme que des négociations pour le trouver sont actuellement en cours avec le conseil départemental et que des procédures d’expropriation sont d’ores et déjà réalisées par la Préfecture de Mayotte à cet effet.
Un travail permanent sur les mesures d'attractivité
Ces travaux sont certes une bonne chose, mais sans médecin et autre personnel soignant à mettre dedans, ces bâtiments menacent de devenir «des coquilles vides» , c’est la raison pour laquelle le CHM continue de travailler activement sur des mesures d’attractivité pour, non seulement faire venir les soignants, mais aussi et surtout pour leur donner envie de rester à Mayotte. «Sur la question de la rémunération des médecins et des sage-femmes, nous avons atteint des records sur les 3 derniers décrets», déclare Jean-Michel Beaumarchais. Toutefois, La Directrice des Ressources Humaines du CHM, Laëtitia Lavallée, s’ingénie à trouver d’autres pistes pour faire venir les professionnels. Des primes d’engagement pour une durée d’un an minimum ont été mise en place et le recrutement d’un «chargé de fidélisation» est actuellement en cours. Sa mission sera de trouver des moyens d’améliorer les conditions de vie des soignants sur place afin de les inciter à venir à Mayotte et à y rester.
L’un de ses moyens est notamment de les aider à trouver un logement rapidement à leur arrivée. Pour ce faire, un projet de construction de 27 logements est d’ores et déjà en cours avec une livraison prévue en 2028. Concernant la formation des soignants sur place, il n’existe pour le moment sur l’île que des formations d’infirmiers et de personnels paramédicaux, mais les rencontres avec les étudiants mahorais en médecine, interrompues après Chido, devront normalement reprendre très prochainement. « Ces rencontres nous avaient permis de faire venir un certain nombre de jeunes par l’intermédiaire de la délégation de Mayotte à Paris» , détaille Thierry Pelourdeau, le président de la Commission Médicale d’Etablissement (CME). « L’ARS de Mayotte participe également à de nombreux Salon des Métiers dans l’hexagone pour tenter d’attirer les jeunes médecins sur le territoire», ajoute Laëtitia Lavallée.
Le CHM se restructure donc et continue de faire son possible pour pallier au désert médical qu’est malheureusement l’île au lagon. Des efforts certains, mais qui ne se reflète pas toujours dans la réalité concrète des usagers ? Ces derniers ont toujours beaucoup de difficultés à accéder à des soins de qualité sur le territoire. Certes, entre les déclarations des équipes dirigeantes et la réalité du terrain, l’écart est souvent de taille, espérons toutefois que les projets prévus dans les prochaines années arrivent à le combler quelque peu.
Par Mayotte Hebdo





















