Avec 185 entreprises industrielles adhérentes sur plus de 450 industries recensées à La Réunion, l’ADIR occupe une place centrale dans l’accompagnement et la représentation du secteur industriel réunionnais. Des petites unités de moins de dix salariés aux grandes entreprises agroalimentaires comptant plusieurs centaines d’emplois, l’industrie locale recouvre des réalités très diverses et de nouvelles filières émergent, notamment dans l’énergie, l’économie circulaire ou le numérique. Entrepreneur et à ce titre adhérent du Medef et président de l’ADIR, Michel Dijoux, qui remettra son mandat en jeu en octobre 2026, revient sur le rôle singulier de l’ADIR, la défense des dispositifs fiscaux, mais aussi sur les enjeux d’emploi, de formation et de développement qui traversent aujourd’hui l’Industrie réunionnaise, et expose les priorités de l’ADIR pour les années à venir.
Quel est aujourd’hui le rôle de l’ADIR ?
L’ADIR, c’est l’Association pour le développement industriel de La Réunion. Son rôle est d’accompagner le développement industriel, de défendre les intérêts des industriels mais également, plus largement, de faire la promotion de l’industrie.
Défendre l’industrie, c’est par exemple intervenir sur un sujet comme l’octroi de mer et expliquer aux institutions locales, nationales ou européennes en quoi ce dispositif participe à la protection et au développement de notre industrie. Mais notre rôle consiste aussi à favoriser l’émergence de nouvelles activités industrielles sur le territoire.
L’industrie réunionnaise ne se résume donc pas aux grandes entreprises ?
Non, il existe plusieurs profils d’entreprises. Nous avons de toutes petites unités industrielles, parfois de moins de dix salariés, notamment dans la transformation métallique ou l’agroalimentaire. Il existe des entreprises moyennes et de plus grosses unités, en particulier dans l’agroalimentaire.
Mais il faut aussi regarder les nouvelles industries qui se développent autour de l’énergie, de l’économie circulaire, du numérique, du traitement des déchets ou encore de l’eau et de la dépollution. Certaines sont moins visibles pour le grand public parce qu’elles ne fabriquent pas forcément un produit que l’on retrouve dans les rayons d’un supermarché, mais leur activité prend de l’ampleur.
Aujourd’hui, l’ADIR rassemble 185 entreprises industrielles, alors que le territoire compte globalement plus de 450 industries.
Qu’est-ce qui distingue l’ADIR des autres organisations socioprofessionnelles, comme le Medef, la CPME ou les chambres consulaires ?
La différence fondamentale, c’est que l’ADIR n’est ni un syndicat ni une chambre consulaire. C’est une association au sens strict : un homme, une voix.
Elle est véritablement au service des industriels. Nous ne faisons pas de distinction entre ceux qui appartiennent au Medef, à la CPME ou à une autre organisation. Chez nous, il n’y a que des industriels. C’est important parce que l’ADIR doit conserver son autonomie de décision et sa liberté d’expression.
Quels sont aujourd’hui les principaux dossiers que vous portez ?
L’octroi de mer est évidemment un sujet essentiel. Il y a également la LODEOM, la défiscalisation, les dispositifs fiscaux ou encore les fonds européens comme le FEDER. Sur plusieurs de ces dossiers, nous travaillons aussi avec la FEDOM, qui porte et relaie les enjeux de l’industrie ultramarine auprès des instances européennes. Plus largement, notre objectif est de sécuriser les dispositifs d’accompagnement qui permettent aux différents secteurs industriels d’investir et de se développer.
Mais nos préoccupations sont beaucoup plus larges. Le foncier est un sujet majeur : si l’on veut développer l’industrie, il faut pouvoir disposer d’espaces pour installer de nouvelles activités.
Le fret est également central car toute variation de son coût se répercute directement sur le prix des intrants et donc sur le coût de production.
Enfin, il y a l’emploi, la formation et l’attractivité des métiers. Nous devons réussir à repositionner l’industrie comme un vecteur majeur de création d’emplois à La Réunion et montrer aux jeunes qu’elle a beaucoup changé. Nous sommes aujourd’hui dans des industries ultramodernes, numérisées, dont certaines utilisent déjà l’intelligence artificielle.
La formation serait-elle l’un des enjeux que vous jugez prioritaires ?
Oui, parce qu’il existe des besoins très concrets. La maintenance industrielle est, par exemple, un secteur clé dans lequel il y a beaucoup de place à prendre. Nous avons également besoin de compétences dans l’électricité liée aux énergies renouvelables, le numérique, le pilotage de machines automatisées, le soudage, la chaudronnerie ou encore le froid industriel.
Et nous n’avons pas nécessairement besoin uniquement de personnes ayant fait de longues études. Nous avons besoin de CAP, de bacs professionnels, de BTS, de personnes immédiatement opérationnelles grâce à une formation adaptée aux réalités industrielles.
Je crois aussi énormément au lien entre l’industrie et l’Éducation nationale. Les industriels doivent ouvrir leurs entreprises aux enseignants et aux élèves, et nous devons également aller davantage à leur rencontre.
Il faudrait permettre aux jeunes de découvrir les industries dès l’école primaire, puis au collège et au lycée. Quelques visites au cours de leur scolarité peuvent leur permettre d’envisager l’industrie comme un débouché professionnel, mais aussi leur donner l’envie de créer un jour leur propre activité.
Comment se portent actuellement les entreprises industrielles réunionnaises ?
Il faut être prudent dans l’analyse. Il existe aujourd’hui une première secousse importante, celle du bâtiment. Les difficultés du BTP peuvent produire des répercussions sur les industriels qui fournissent ce secteur et créer un risque systémique pour une partie de l’industrie.
Mais il ne faut surtout pas en conclure que l’industrie réunionnaise est malade. C’est faux. L’industrie n’est pas malade. Elle se porte relativement bien, même si elle connaît aujourd’hui un ralentissement de sa croissance. Je parle bien d’une baisse du rythme de croissance, pas d’une baisse d’activité, dans un contexte économique général lui-même moins dynamique. Et cette année encore, des investissements importants ont été engagés, ce qui montre que le secteur reste actif et porteur.
Certains demeurent cependant sous pression, notamment l’agroalimentaire, qui est directement confronté aux importations. D’autres, comme les énergies renouvelables ou l’économie circulaire, sont assez dynamiques.
Comment concilier défense de la production locale et lutte contre la vie chère ?
Cela se fait souvent au détriment des marges des industriels parce que nous sommes obligés de rester dans la course face à des importations qui continuent de progresser.
Mais il faut garder à l’esprit que l’industrie, c’est de la création de valeur et de l’emploi. La production locale permet de créer des emplois pérennes et dignes pour nos enfants.
La difficulté, c’est aussi la taille de notre marché. Nous ne pouvons pas bénéficier des mêmes économies d’échelle qu’un fabricant qui produit pour plusieurs centaines de millions de consommateurs. Cela crée forcément une différence de compétitivité.
C’est pourquoi nous demandons aussi que la production locale soit davantage présente dans les rayons de la grande distribution et dans les dispositifs comme le bouclier qualité-prix. Les volumes permettent de sécuriser l’activité et donc l’emploi.
Vous évoquez également le poids des normes parmi les freins au développement industriel.
Il existe un empilement de normes qui peut parfois rendre la création industrielle difficile ou ralentir les projets. Bien entendu, il faut des règles et des normes. Mais il faut essayer de s’en tenir à ce qui est réellement nécessaire, sans rajouter des interprétations ou des contraintes qui ne figurent pas dans les textes.
Quand vous additionnez le manque de foncier, le coût de l’énergie, la concurrence des importations et ces contraintes supplémentaires, les industriels ne peuvent pas se permettre de perdre davantage de temps.
Je constate toutefois depuis quelques années une évolution positive dans la manière dont l’État accompagne l’industrie à La Réunion. À La Réunion, nous avons aujourd’hui un préfet [Patrice Latron, ndlr] qui cherche à donner davantage d’oxygène à l'industrie en faisant en sorte que le secteur soit le plus accompagné possible.
Accompagner l’industrie, ce n’est pas seulement apporter de l’argent : c’est aussi savoir créer les conditions qui permettent d’accélérer les projets. Aujourd’hui, l’État a bien intégré cette logique : il s’agit d’appliquer les textes, tout en évitant d’ajouter des restrictions inutiles lorsqu’elles ne sont pas prévues.
À l’ADIR, le président est élu pour un an et remet donc son mandat en jeu chaque année. Vous serez de nouveau candidat en octobre 2026. Quelles sont vos grandes priorités pour le prochain mandat et, plus largement, pour les années à venir ?
La première est de renforcer le développement industriel en sécurisant des outils aussi importants que la LODEOM, la défiscalisation ou l’octroi de mer.
La deuxième est de faire en sorte que la production réunionnaise prenne davantage de place dans les rayons. Plus nous vendrons, plus nous pourrons sécuriser les emplois existants et en créer de nouveaux.
Il faut aussi commencer à regarder davantage vers l’export. L’exportation dans notre bassin régional est difficile parce que nous ne sommes pas confrontés aux mêmes coûts de production ni aux mêmes niveaux de pouvoir d’achat. Mais l’avenir de l’industrie passe aussi par la recherche de nouveaux marchés.
Et je souhaite aller encore plus loin : plutôt que d’exporter uniquement des produits, nous pouvons aussi exporter nos modèles et nos savoir-faire industriels.
La Réunion est un territoire tropical qui connaît depuis longtemps des conditions climatiques particulières, notamment les vents cycloniques. Nos entreprises ont appris à adapter leurs produits et leurs méthodes à ces contraintes. Certaines de ces solutions peuvent demain être reproduites dans d’autres territoires confrontés aux conséquences du changement climatique.
C’est aussi cela, pour moi, l’un des moteurs du développement industriel réunionnais : être capable de dupliquer ailleurs les savoir-faire que nous avons développés ici.
Vous appelez donc à renforcer le partenariat entre les entreprises et les pouvoirs publics ?
Oui. Il faut être davantage partenaires pour construire ensemble La Réunion. Depuis quelques années, on assiste à un tournant dans la façon de procéder. L’État joue son rôle en facilitant le développement des projets. La Région, de son côté, intervient notamment à travers l’accompagnement financier. Développer l’industrie, c’est développer le territoire et développer le territoire, c’est créer de l’emploi et contribuer à faire baisser le chômage.
Nous faisons face à des acteurs beaucoup plus puissants, notamment à travers les produits importés, fabriqués par des structures bien plus importantes que les nôtres. Ce que nous demandons, c’est qu’on nous donne la possibilité de construire. De notre côté, nous nous donnons l’obligation de répondre aux besoins du territoire en matière d’emploi, de PIB et de valeur ajoutée.
Cette logique de partenariat vaut-elle aussi avec les autres territoires ultramarins ?
Avec les autres territoires ultramarins, nous mettons en commun nos analyses sur les difficultés que peut rencontrer l’industrie ultramarine, afin de porter une voix commune auprès des institutions nationales et européennes, notamment à Bruxelles. En portant ces sujets ensemble, nous pouvons aussi être plus facilement entendus.

