L’archéologue Stéphane Pradines alerte sur l’abandon progressif des fouilles archéologiques à Mayotte. Sur le site de Dembéni, l’un des plus riches d’Afrique orientale, il rappelle que l’île était déjà connectée dès le IXe siècle aux grandes dynasties musulmanes et aux réseaux commerciaux de l’océan Indien. Précisions avec notre partenaire France-Mayotte Matin.
Au milieu des broussailles, des carcasses de voitures et des batteries abandonnées, le plateau archéologique de Dembéni continue pourtant de raconter l’une des plus grandes pages de l’histoire de Mayotte. Pour l’archéologue Stéphane Pradines, qui a dirigé des fouilles sur le site entre 2012 et 2016, il y a aujourd’hui urgence à relancer les recherches archéologiques sur l’île.
“Le site est en très mauvais état”, constate-t-il en parcourant ce terrain devenu partiellement une décharge sauvage. Sous la surface pourtant, près de deux mètres de couches stratigraphiques renferment des siècles d’histoire. Dembéni est considéré par les chercheurs comme l’un des sites archéologiques les plus importants non seulement de Mayotte, mais aussi des Comores et de toute l’Afrique orientale.
Les fouilles ont permis de démontrer que Mayotte était déjà, dès le IXe siècle, un carrefour commercial majeur de l’océan Indien. Les populations venues d’Afrique orientale, notamment bantoues, côtoyaient des populations d’origine malgache et austronésienne. “Mayotte était un pont entre la Tanzanie et Madagascar”, explique Stéphane Pradines. Les habitants venaient y commercer des produits précieux comme le cristal de roche malgache. Mais l’un des apports majeurs des fouilles concerne surtout les connexions de Mayotte avec les grandes dynasties musulmanes. Grâce aux céramiques et aux objets retrouvés sur place, les archéologues ont établi que l’île était reliée au califat abbasside de Bagdad dès les années 850. Des influences venues des Perses chirazis, du Yémen ou encore d’Oman ont également été identifiées.
“Mayotte était connectée aux plus grandes dynasties du monde musulman”, insiste l’archéologue. Il évoque notamment les califes abbassides de Bagdad et les califes fatimides du Caire. Une histoire encore largement méconnue selon lui, alors même qu’elle participe à l’identité culturelle et religieuse de l’île.
Pour Stéphane Pradines, le principal problème aujourd’hui reste le recul des fouilles archéologiques à Mayotte. Alors qu’une forte dynamique existait encore il y a une dizaine d’années, les recherches se sont raréfiées. “Il y a un abandon de l’archéologie à Mayotte”, regrette-t-il, appelant les pouvoirs publics et l’État à protéger ces sites avant leur disparition.
L’archéologue compare même l’abandon du site de Dembéni à “une grotte de Lascaux laissée en ruine”. Car sous les déchets et la végétation, c’est une partie essentielle de l’histoire de Mayotte et de l’océan Indien qui risque aujourd’hui de disparaître.
Par France-Mayotte Matin





















