TRIBUNE. Tourisme en Martinique : les priorités d’une filière stratégique par Patrice Fabre, Président du groupe Karibea Hôtels

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TRIBUNE. Tourisme en Martinique : les priorités d’une filière stratégique par Patrice Fabre, Président du groupe Karibea Hôtels

Malgré des professionnels mobilisés et une offre en progression, le secteur touristique souffre d'une courte saisonnalité trop marquée qui fragilise l'ensemble de la filière. Selon les acteurs de cette fillière, le tourisme martiniquais n'exploite pas encore tout son potentiel. Les professionnels du tourisme soulignent la nécessité d’un cadre structurel cohérent, appuyé par des outils adaptés. Une tribune par Patrice Fabre, Président du groupe Karibea Hôtels en Martinique, Président de la commission tourisme du Medef Martinique, membre de la commission tourisme du Medef national et également membre de la Fedom, qu'Outremers 360 vous publie ci-dessous.

Dans un rapport publié en janvier 2025, la Commission Tourisme du MEDEF Martinique interpelle les décideurs : le tourisme martiniquais, secteur stratégique peine à atteindre son plein potentiel. Non par manque de volonté – Les professionnels ont intégré la nécessité de monter en qualité par la formation, les établissements cherchent à se moderniser et la qualité de l’accueil s’est nettement améliorée – mais parce que la haute saison est aujourd’hui beaucoup trop courte.

Stimuler une fréquentation à l’année

L’économie touristique fait face à une saisonnalité qui a un impact direct sur la rentabilité des entreprises. Les charges étant présentes toute l’année, il faut donc des clients toute l’année.

L’activité se concentre sur 4 à 6 mois, alors que toute la chaîne économique liée directement ou indirectement au tourisme – hébergeurs, restauration, transport, commerce, agriculture, artisanat, services – doit fonctionner sur un cycle annuel complet. Cette concentration sur 4 à 6 mois fragilise l’équilibre financier des entreprises, freine l’investissement et réduit l’attrait du territoire. Ce manque de chiffre d’affaires annuel impacte également les ratios de masse salariale du secteur.

Étendre la saison touristique sur l’ensemble de l’année représenterait un atout majeur pour la Martinique : cela permettrait de sécuriser les emplois, d'en créer de nouveaux, de dynamiser les investissements et de consolider durablement le tissu économique local

Désenclavement aérien, intensification de la promotion et des campagnes publicitaires sur différents marchés, et transformation des croisiéristes en touristes de séjour

La désaisonnalisation passe également par un désenclavement aérien renforcé. Le développement de nouvelles liaisons aériennes est indispensable pour ouvrir la Martinique aux marchés tels que le continent américain — États-Unis, Canada, Amérique centrale et du Sud — et soutenir la fréquentation hors saison. Une meilleure connectivité internationale, notamment via le hub de l’Aéroport de Paris-Charles-de-Gaulle, reste essentielle pour élargir les marchés existants.

Parallèlement, toutes les destinations touristiques mènent de vastes campagnes de promotion auprès du grand public afin d’attirer de nouveaux visiteurs, une démarche que la Martinique doit intensifier pour renforcer son attractivité.

 Cela suppose également de proposer une offre adaptée et modernisée. Il est donc nécessaire de disposer de financements long terme, jusqu’à 20 ans, afin de rénover les hébergements existants et de créer de nouvelles capacités d’accueil.

Autre enjeu : transformer les croisiéristes en touristes de séjour. L’objectif est de leur donner envie de revenir et de découvrir l’île plus longuement, afin d’augmenter les retombées économiques locales.

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L’attractivité passe par la formation et la valorisation des métiers

La qualité du service est un facteur déterminant dans le choix de la destination. Un personnel mieux formé permet d’offrir une meilleure expérience et de fidéliser les visiteurs.

Pour cela, il est nécessaire d’attirer et de retenir les talents, il faut aussi rendre les métiers plus attractifs. Pourquoi ne pas envisager une diminution des charges sociales salariales pesant sur les salaires ? Cela permettrait, de rapprocher le salaire brut du salaire net.

L’apprentissage est un levier essentiel pour intégrer les jeunes, structurer les équipes et préparer l’avenir du secteur touristique. Les professionnels regrettent que l’apprentissage fasse, chaque année, l’objet de remises en cause financières de la part des pouvoirs publics.

Créer et labelliser l’image Martinique

La création d’une labellisation forte de l’image Martinique permettrait d’unifier la communication, de garantir un niveau de qualité et de renforcer le positionnement de la destination dans la Caraïbe.

Le tourisme représente 9 500 emplois et les visiteurs touristiques sont, en réalité, des consommateurs qui irriguent l’ensemble de l’économie locale. Le secteur nécessite des conditions structurelles adaptées pour assurer une activité continue, soutenir l’investissement et consolider le rayonnement du territoire. Sa croissance doit devenir une priorité.

 Des données fiables, un outil stratégique à disposition des professionnels.

Ces statistiques ne sont pas une finalité, mais des outils pour mieux cibler les marchés, diversifier les campagnes et renforcer les actions vers des territoires porteurs comme les pays européens, l’Amérique du Nord ou encore l’Amérique du Sud.

Les outils nécessaires sont clairement identifiés :

- Des statistiques mensuelles rapides, notamment les chiffres de l’aéroport disponibles dès le 20 du mois suivant.
- Une distinction précise et claire des visiteurs : touristes de séjour, croisiéristes et visiteurs affinitaires, aux retombées économiques différentes.
- L’identification de l’origine géographique réelle des clients, et non seulement leur aéroport de transit pour cibler les marchés porteurs et en croissance.
-Des outils de prévision comme Forward Keys, dont dispose le CMT et dont le partage permettrait d’anticiper les flux à 3, 6 et 12 mois.
-Des études qualitatives sur les attentes et comportements des voyageurs, pour adapter l’offre et la communication.

Ces instruments doivent permettre d’ajuster les stratégies marketing, d’anticiper les tendances et d’agir plus efficacement pour allonger la saison.

La mise en œuvre d’un plan d’action global et coordonné est une priorité stratégique permettant d’atteindre une fréquentation touristique 10 à 12 mois dans l’année. Ce plan d’action doit intégrer en prérequis la sécurité, les réseaux d’eau et d’électricité, une couverture Wi-Fi sur l’ensemble du territoire, la gestion des déchets, la maintenance des espaces verts, des plages ainsi que l’entretien, le balisage et la signalétique routière et des parcours de randonnée…

 Le moment d’agir, c’est maintenant !

Par Patrice Fabre, Président du groupe Karibea Hôtels en Martinique
Président de la commission tourisme du Medef en Martinique et membre de la commission tourisme du Medef national et de la Fedom