Municipales 2026 en Guyane : retour de figures historiques, foison de listes et duels dans les grandes villes

Municipales 2026 en Guyane : retour de figures historiques, foison de listes et duels dans les grandes villes

Le 15 mars 2026, les Guyanais se rendent aux urnes pour élire leurs conseils municipaux. Dans ce territoire d’Outre-mer en pleine mutation démographique avec une croissance de 2,5 % par an et économique, ce scrutin revêt une importance particulière. 67 listes ont été enregistrées dans les 22 communes de Guyane après le dépôt des candidatures clôturé le 26 février. Parmi ces listes, 14 sont menées par des femmes, soit 20 % des candidatures. Cette élection s’annonce particulièrement animée : retours fracassants d’anciens édiles, maires sortants qui jettent l’éponge, rivalités politiques de haute intensité dans les grandes villes. Tour d’horizon des candidatures, des renoncements et des enjeux, commune par commune.


L’un des faits marquants de ces municipales 2026 est le retour en force de quatre anciens maires qui ont décidé de remettre leur sort entre les mains des électeurs après plusieurs années d’absence.

Le come-back de Léon Bertrand à Saint-Laurent-du-Maroni 

Figure la plus attendue et la plus symbolique de ce scrutin, Léon Bertrand, 74 ans, est de retour. Né le 11 mai 1951 à Saint-Laurent-du-Maroni, il a été maire de sa ville natale du 13 mars 1983 au 25 septembre 2018  soit 35 ans de mandats ininterrompus. Législateur (député de 1988 à 2002), ministre délégué au Tourisme sous Jacques Chirac (2004-2007), il a connu ensuite les démêlés judiciaires : condamné en 2017 pour corruption passive et favoritisme, puis en 2018 pour abus de biens sociaux.

Après plusieurs années de retrait, Léon Bertrand annonce dès septembre 2025 son intention de se représenter, estimant être « de plus en plus sollicité » et évaluant ses chances à 8 sur 10. Il affronte notamment la maire sortante Sophie Charles qui était une proche collaboratrice dans un duel qui divise profondément la capitale de l’Ouest guyanais. Son programme met en avant la sécurité, l’emploi des jeunes et la cohésion sociale.

Jean-Étienne Antoinette à Kourou : l’ancien sénateur-maire relance

Jean-Étienne Antoinette a été maire de Kourou de 1996 à 2014, avant de se consacrer à son mandat de sénateur. Il se relance à Kourou pour ces municipales 2026 dans une commune où pas moins de sept listes s’affrontent — la commune la plus contestée de Guyane. Il n’est pas le seul membre de la famille Antoinette sur les listes : Stéphane et Micheline Antoinette figurent également parmi les têtes de liste, ce qui a provoqué des interrogations « C’est une histoire de famille à Kourou ? » dans la presse locale.

Paul Dolianki  à Apatou : retour au bord du Maroni

Paul Dolianki a été maire d’Apatou de 2008 à 2021. Il repart dans la course dans cette commune du fleuve Maroni, face notamment au maire sortant Moïse Edwin qui conduit la liste « Alliance Citoyenne pour le renouveau d’Apatou ». Dolianki avait officialisé sa liste « L’Union pour la relance du développement d’Apatou ».

David Riché à Roura : le retour sur ses terres

David Riché a été maire de Roura de 2008 à 2020. Il revient pour tenter de reconquérir une commune où le maire sortant Jean-Claude Labrador a décidé de ne pas se représenter, ouvrant ainsi la voie à de nombreuses candidatures. Sa devise est directe : « Roura ne peut pas rester dans un coma profond. »

Les enjeux dans les grandes villes

Cayenne : le duel au sommet

La capitale guyanaise est le théâtre du duel politique le plus attendu du scrutin. Cinq listes sont en lice, mais le combat se résume surtout à deux figures : Sandra Trochimara, maire sortante depuis 2020, et Marie-Laure Phinéra-Horth, sénatrice et ancienne maire de 2010 à 2020.

L’histoire est ironique : c’est Phinéra-Horth qui avait emmené Trochimara à la mairie en 2020, avant que celle-ci ne démissionne du parti Nouvelle Force de Guyane (NFG) en février 2025. La rupture a été officialisée en avril 2025, quand NFG a annoncé la candidature de Phinéra-Horth pour reconquérir son ancien siège. Trois autres candidats complètent le tableau : Bernadette Duclona (parti « Nous Guyane »), Olivier Taoumi et Fabien Covis (droite guyanaise).

Saint-Laurent-du-Maroni : cinq listes pour la capitale de l’Ouest

Saint-Laurent-du-Maroni, deuxième ville de Guyane par sa taille et capitale de l’Ouest, concentre l’essentiel des défis du territoire. Cinq listes sont en compétition : on y retrouve Paul Persdam (Guyane Espoir), Wender Karam (La Nouvelle Naissance), la maire sortanteSophie Charles (Diversité Saint-Laurent Pour Tous), l'ancien député de Guyane Lénaïck Adam (Notre ville, notre histoire, notre avenir) et Léon Bertrand (Unis pour un seul objectif Saint-laurent du Maroni). 

La maire sortante Sophie Charles brigue un nouveau mandat et fait face à son ancien mentor Léon Bertrand. La ville est confronte à une crise migratoire persistante avec des dizaines de milliers d’habitants clandestins venus du Suriname et du Brésil, une explosion démographique hors normes, et des infrastructures débordées.
La sécurité, le logement, l’eau potable et l’éducation dominent les programmes. La ville dispose d’une population très jeune et multiculturelle, avec une forte composante amrindienne, bushinengue et brésilienne. Tous les candidats s’accordent sur l’urgence d’agir sur ces thématiques, mais divergent sur les méthodes.

Kourou : sept candidats pour la ville spatiale

Kourou est la commune la plus contestée de Guyane avec sept listes déposées. Le maire sortant François Ringuet, élu en 2020, tente de conserver son mandat face à une concurrence exceptionnellement dense.
Le candidat Lutte Ouvrière, Sébastien Caugant, souligne une critique récurrente : le Centre spatial guyanais génère des milliards de chiffre d’affaires, mais les retombées économiques locales restent limitées, avec des emplois qualifiés souvent pourvus par des travailleurs métropolitains. Cette frustration irrigue une partie de l’électorat kouroucien. Michäel Rimane, Dario Anatole et trois membres de la famille Antoinette (Stéphane, Micheline et Jean-Étienne) complètent un paysage politique particulièrement éclaté.

Les maires qui passent le flambeau

Plusieurs maires sortants ont décidé de ne pas se représenter, soit par choix personnel, soit sous le poids de la fatigue institutionnelle. Ces départs ouvrent la voie à un renouvellement générationnel dans leurs communes respectives.


Patrick Lecante, maire sortant de Montsinéry-Tonnégrande renonce à un nouveau scrutin après avoir marqué la commune. Il devrait s’impliquer aux prochaines sénatoriales. Sa décision a ouvert la voie à Patrick Labeau.

Céline Régis, dans la commune d'Iracoubo ne se représente pas après avoir reconnnu « la pression très lourde pour sa famille ». 

Dans la commune de Roura, Jean-Claude Labrador passe le flambeau intégralement. Son départ a créé un véritable appel d’air avec de nombreuses candidatures, dont le retour de David Riché.

Communes à scrutin unique

Trois communes ne disposent que d’une seule liste et sont donc quasi-assurées de désigner leur maire dès le premier tour. Il s’agit de Grand-Santi avec le maire sortant Félix Dada, de Saint-Élie avec l’actuelle maire Véronique Jacaria, et d’Ouanary avec Alain Mesmin, actuel premier adjoint. Ces candidats uniques devront toutefois obtenir la majorité absolue pour être élus au premier tour.

Ces municipales 2026 en Guyane révèlent un territoire à la croisée des chemins : entre le retour de figures historiques et l’émergence de nouvelles générations, entre les défis chroniques non résolus et les aspirations à un renouveau politique. Le duel Phinéra-Horth/Trochimara à Cayenne, le combat fratricide Bertrand/Charles à Saint-Laurent, et l’effervescence à Kourou dessinent une Guyane qui cherche sa direction pour les six prochaines années.

Dans un territoire où les défis sont immenses et les moyens souvent limités, les nouveaux maires n’auront pas de temps à perdre. Six ans, c’est long. Mais en Guyane, c’est parfois bien court.