Coordination des moyens, lutte contre les trafics, protection des espaces : l'Action de l'État en mer s'impose comme un levier central de la puissance maritime française. Sous l'autorité du Premier ministre, le Secrétariat général de la mer, dirigé par Xavier Ducept, pilote cette organisation déployée de l’Hexagone aux Outre-mer, où se concentrent 97% des espaces maritimes nationaux. Dans ces territoires, la souveraineté se joue désormais autant sur le plan économique que sécuritaire. De la Polynésie aux Antilles, la France redéfinit ses priorités maritimes. Pour Outremers360, le secrétaire général de la mer revient sur ces enjeux.
La Polynésie, révélateur des enjeux ultramarins
En déplacement en Polynésie fin mars avec Anne-Gaëlle Baudouin, DGOM, dans l’objectif d’adapter les réponses de l’État aux spécificités des outre-mer et à leurs défis maritimes, Xavier Ducept dit y avoir découvert une réalité plus concrète et plus marquante qu’attendu : « Ce qui m’a beaucoup marqué, c’est le caractère maritime de cette Polynésie, constituée de cinq archipels, qui vit de, par et avec son espace maritime. »
Il décrit un territoire où la mer structure l’ensemble des équilibres : « C’est à la fois une dimension sociale extrêmement forte, une dimension économique très importante au travers du transport maritime et de la pêche et puis une dimension philosophique, quasi spirituelle, le mana : cette force qui relie l’Océan, les territoires et les hommes. »
L’immensité de cet espace maritime, cinq archipels dispersés sur une zone économique exclusive représentant près de 50 % de l'espace maritime français, lui-même constitué à 97 % de territoires ultramarins, impose également une organisation propre. « Une forme non pas d’isolement, mais d’élongation avec le reste du monde », observe-t-il, évoquant un territoire capable de construire sa résilience « grâce et au travers de sa dimension maritime ».
L’action de l’Etat en mer : trois piliers indissociables
L’action de l’État dans les outre-mer s’articule autour de trois grands volets. Le premier, régalien, concerne la protection des espaces maritimes : lutte contre les trafics, surveillance des zones sous souveraineté, préservation des aires marines protégées. La deuxième porte sur la connaissance et la protection des écosystèmes marins.
« Comment disposer de la connaissance scientifique pour déterminer les zones à protéger et assurer que cette protection soit mise en œuvre », résume Xavier Ducept. Enfin, ce socle doit permettre le développement d’une économie bleue durable. Un troisième volet qui vise à concilier développement des activités économiques, valorisation des ressources maritimes et préservation des équilibres environnementaux.

Une dimension sécuritaire en hausse
Sur le plan sécuritaire, la pression ne cesse de croître. « C'est au travers de nos Outre-mer que nous menons le combat contre les différents trafics, en particulier contre le trafic de stupéfiants », affirme Xavier Ducept. La stratégie s'organise sur trois niveaux, haute mer, zones côtières et littorales et espaces portuaires, « une dimension ternaire déterminante ». En 2025, plus de 90 tonnes de stupéfiants ont été saisies en mer, soit une hausse de plus de 40 % par rapport à 2024. Des résultats qui témoignent autant de l'efficacité du dispositif que de l'intensification des flux.
Les ports sont devenus des points de tension à part entière : « Le port, s'il veut rester compétitif, doit être à la fois fluide, mais aussi sûr », rappelle le Secrétaire général. Aux Antilles, un audit interministériel a déjà permis d'engager des plans d'investissement concrets sur les aspects périmétrique, cyber et ressources humaines. Un modèle appelé à essaimer vers d'autres territoires, dont la Polynésie.
Renouvellement de la flotte de pêche : un enjeu stratégique et économique
La modernisation des flottes de pêche ultramarines constitue l'un des chantiers les plus structurants à venir. L'ouverture récente des aides européennes à seize catégories de navires ultramarins représente une opportunité concrète d'accompagner la filière vers une pêche plus durable : davantage de polyvalence, de décarbonation et de transparence. Les premiers projets d'hybridation dans la pêche hauturière sont déjà en cours.

Pour Xavier Ducept, l'enjeu dépasse la seule modernisation technique. Une flotte française la plus importante possible dans les outre-mer répond à trois objectifs convergents : le développement économique des territoires, leur résilience alimentaire, et la souveraineté de la France sur ses propres eaux : « Les pêcheurs sont les premiers à nous aider à lutter contre la pêche illégale et à détecter des trafics illicites. »
En Guyane, où la pêche illicite, non déclarée et non réglementée (dite pêche INN) reste un défi majeur, le renforcement des moyens de contrôle, juridiques, technologiques, humains, suit la même logique.
Mais au-delà des navires, c’est toute la structuration de la filière qui est en jeu : « Il y a aussi un défi sur le développement des filières avales », souligne Xavier Ducept, qui y voit un levier essentiel pour optimiser la commercialisation, renforcer la valeur ajoutée locale et ancrer durablement l’activité dans les territoires. « Je prône une flotte de pêche française la plus importante possible », insiste-t-il, rappelant que « cette pêche est primordiale pour contribuer à l’autonomie des territoires ».

Des perspectives pour les outre-mer
Le prochain comité interministériel de la mer devrait constituer un point d’étape pour les Outre-mer : « On aura à cœur de continuer d’intégrer des mesures au profit de nos Outre-mer », indique Xavier Ducept, en évoquant la volonté d’inscrire ces actions dans la continuité des politiques déjà engagées.
Parmi les sujets identifiés figurent notamment la lutte contre les sargasses, mais aussi la répression de la pêche INN, présentée comme un « sujet de fond ». Les Outre-mer étant des territoires d’innovation, d’autres axes, liés plus largement au développement de l’économie maritime, sont également à l’étude.





















