Pour Emmanuel Macron, « le parcours de reconnaissance » de l’esclavage en tant que crime contre l’Humanité « n’a pas de point final »

Pour Emmanuel Macron, « le parcours de reconnaissance » de l’esclavage en tant que crime contre l’Humanité « n’a pas de point final »

Emmanuel Macron a célébré ce jeudi soir à l’Élysée le 25ème anniversaire de la promulgation de la loi tendant à la reconnaissance de la traite et de l’esclavage en tant que crime contre l’humanité. Il a notamment annoncé le soutien du gouvernement à l’abrogation du Code noir portée par un texte du député guadeloupéen Max Mathiasin, et « un travail scientifique international » avec le Ghana, autour de la résolution qualifiant la traite des esclaves africains de « pire crime contre l’humanité ».

La cérémonie a rassemblé environ 400 personnes, dont des chefs d’États et ambassadeurs caribéens et africains, des élus ultramarins, des élèves ainsi que l’ancien Premier ministre Jean-Marc Ayrault, actuel président de la Fondation de la Mémoire de l’Esclavage, l’ancienne ministre de la Justice et ancienne députée de Guyane, Christiane Taubira, la ministre des Outre-mer, Naïma Moutchou, le ministre de l'Éducation nationale Édouard Geffray, la ministre de l'Égalité femmes-hommes, Aurore Bergé, et la présidente de l’Assemblée nationale Yaël Braun-Pivet.

« Cette loi venait de loin et elle était nécessaire » a déclaré le chef de l’État parce qu’elle « dit quelque chose de ce que nous sommes, de ce qu'est la France », et qu’elle est « l’aboutissement de siècles de souffrances ». « Elle a donné une reconnaissance légale à une douleur que certains veulent encore minimiser, ignorer, refuser », a ajouté le chef de l’État, qui a aussi souligné un « combat » qui « était celui de la République ».  

Dans son discours, Emmanuel Macron a notamment annoncé le soutien du gouvernement à la proposition de loi de Max Mathiasin, visant à abolir le Code noir. Le texte du député guadeloupéen a été adopté mercredi en commission et sera débattu le 28 mai en séance publique.

Le Code noir, nom donné à un ensemble d’édits royaux datant du XVIIe et XVIIIe siècles organisant l’esclavage et jamais formellement abrogés, dont le maintien, quand bien même sans effets juridiques, « est devenu une faute », « une forme d’offense », « une trahison de ce qu’est la République » a estimé Emmanuel Macron.

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« C’est pourquoi je demande au gouvernement de faire sienne la proposition de loi visant à abroger le Code noir, qui doit être débattue le 28 mai prochain à l’Assemblée nationale », a-t-il lancé. Une annonce accueillie positivement par Max Mathiasin, tandis que Christiane Taubira estime que « cette démarche ne peut pas être que symbolique ».

Attendu sur le sujet de la réparation, le chef de l’État a concédé que cette « immense question », « ne devait pas être éludée ». « Mais c’est une question sur laquelle il ne faut pas non plus faire de fausses promesses », a-t-il prévenu. « Nous devons avoir l’honnêteté de nous dire qu’on ne pourra jamais réparer ce crime totalement, parce que c’est impossible ».

Emmanuel Macron a tout de même rappelé les avancées depuis la loi Taubira de 2001, notamment sur l’éducation et les programmes scolaires, la création du prix de la Flamme de l’Égalité, la création de la Fondation pour la Mémoire de l’Esclavage, les travaux de recherche engagés sur le sujet, l’édification de lieux de mémoire et notamment le Mémorial des victimes de l’esclavage qui doit être inaugurer au Trocadero début 2027 ou encore, les nombreuses restitutions « d’œuvres et biens culturels volés » durant la colonisation.

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Toutefois, pour Emmanuel Macron, « le parcours de reconnaissance n’a pas de point final ». « Les générations à venir continueront à transmettre cette histoire (…), faire ce travail de vérité, de l'enseigner, de rechercher, de continuer de créer, de l'assumer, le reconnaître » a-t-il ajouté. « La véritable identité française, c’est d’avoir fait de grandes choses et de reconnaître le crime grave que nous n'avons pu faire », a-t-il aussi déclaré.

Dans son discours, Christiane Taubira a de son côté évoqué la résolution adoptée fin mars par l’Assemblée générale de l’ONU, à l’initiative du Ghana, qui fait de l’esclavage et la traite des Africains « les plus graves crimes contre l’humanité ». La France, avec d’autres pays européens, s’était abstenue, au motif qu’elle ne veut pas de hiérarchie entre les crimes contre l’humanité, une position assumée par Emmanuel Macron.

L’ancienne ministre de la Justice et ancienne députée de la Guyane a, elle, souligné qu’elle avait été adoptée massivement par les pays d’Afrique, d’Amérique latine et des Caraïbes, « qui reconnaissent eux aussi l’inanité de la hiérarchie entre les crimes contre l’humanité ».

« On ne peut pas ne pas entendre ce qu’il y a derrière, qui est justement une demande de justice, toujours de réparation », a reconnu le chef de l’État. Il a annoncé le lancement, avec le Ghana, d’un « travail scientifique international » pour « faire des recommandations très concrètes aux décideurs politiques », sans dire précisément s’il s’agirait de recommandations sur d’éventuelles réparations.

Sur Haïti, Emmanuel Macron a assuré que la commission mixte franco-haïtienne poursuivait ses travaux dont les conclusions sont attendues pour décembre prochain. Cette commission doit notamment se pencher sur la double dette infligée par la France à Haïti pour avoir pris son indépendance « au nom des valeurs de la révolution » française.

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Pour le député Max Mathiasin, le président de la République « ne va pas très loin » sur le sujet des réparations. « Et ce n’est pas à lui seul de dire ce qu’on va faire. Il faut qu’on se réunisse (…) pour voir quelle forme peut prendre la réparation ». Si le sénateur guadeloupéen et ancien ministre Victorin Lurel « peut approuver » l’impossibilité d’apporter une réparation à l’esclavage, « il y a un travail considérable à faire après (…), au de-là du symbolique en termes de réparations ».

Même tonalité pour le président de la Collectivité territoriale de Guyane. Saluant « le très beau discours » de Christiane Taubira, Gabriel Serville regrette que celui du chef de l’État n’aille « pas suffisamment loin, notamment lorsqu’on parle de réparation ». « Ce n’est pas donner de l’argent à chaque individu mais de prendre un certain de résolutions pour permettre aux territoires qui ont connu l’esclavage de pouvoir mieux prospérer et se développer ».

« La loi Taubira a marqué un tournant dans cette histoire de France, peu connue » a rappelé Micheline Jacques, sénatrice de Saint-Barthélemy et présidente de la délégation sénatoriale aux Outre-mer. « Au niveau des réparations, il faut aller plus loin et parler de développement économique », ajoute-t-elle.