La Commission européenne a validé en début de semaine l'ouverture des aides à la modernisation pour 16 catégories de navires de pêche ultramarins. La décision lève un blocage réglementaire que le secteur dénonçait depuis près d'une décennie.
Le dispositif concerne quatre territoires : la Guadeloupe (7 segments de flotte éligibles), la Martinique (4), La Réunion (4) et Mayotte (1). La Guyane n'est pas incluse dans ce cadre : elle bénéficie depuis 2024 d'un dispositif dédié, notifié séparément en raison des défis liés à la pêche illégale dans ses eaux.
Le financement sera partagé à parité entre l'État et les régions, chacun prenant en charge 50 % des investissements. Les pêcheurs concernés pourront déposer leurs dossiers dès l'ouverture des guichets régionaux.
Dix ans de blocage réglementaire
La validation de Bruxelles est le résultat d'un travail conduit depuis plusieurs années par la France pour adapter le cadre réglementaire européen aux spécificités de la pêche ultramarine, notamment pour les navires de moins de 12 mètres. Les lignes directrices européennes pour le renouvellement des flottes conditionnaient jusqu'ici l'octroi d'aides au respect d'un équilibre entre les capacités de pêche et l'état des ressources halieutiques — un cadre jugé inadapté aux réalités des territoires ultramarins.
Ce sont ces lignes directrices, substantiellement révisées à la demande de la France, qui ont permis à la Commission d'étudier puis de valider la situation des flottes ultramarines. Cette évolution résulte aussi d’une mobilisation continue des acteurs institutionnels et professionnels, parmi lesquels EURODOM, qui plaide depuis plusieurs années à Bruxelles pour une reconnaissance pleine des spécificités des Outre-mer dans la politique commune de la pêche.
Souveraineté alimentaire en ligne de mire
Le gouvernement présente cette décision comme un levier pour la souveraineté alimentaire de territoires « encore largement dépendants des importations ». Les investissements attendus portent sur la modernisation des navires, l'amélioration des conditions de travail des pêcheurs et la transition énergétique du secteur.
« Cette décision va permettre de poursuivre le renouvellement de la flotte de pêche attendu depuis 2022 par les professionnels en outre-mer », a déclaré Naïma Moutchou, ministre des Outre-mer. «Il faut poursuivre la mobilisation pour que ce dispositif soit une réalité concrète pour tous les navires ciblés et sur tous les territoires. »
Catherine Chabaud, ministre déléguée chargée de la Mer et de la Pêche, a qualifié la décision de « victoire pour beaucoup de nos pêcheurs d'Outre-Mer, qui attendaient depuis trop longtemps les moyens de renouveler leurs outils de travail ». « Grâce à cette décision, nous pouvons enfin agir concrètement pour moderniser nos flottes, garantir des conditions de travail dignes, engager la transition énergétique du secteur et renforcer la souveraineté alimentaire de nos territoires ultramarins. Nous continuerons d’agir pour ouvrir de nouveaux segments en 2027 et plus largement garantir un cadre européen qui permette de moderniser la flotte. »
Les discussions se poursuivent au niveau européen pour ouvrir de nouvelles catégories, notamment en Martinique. Le gouvernement indique vouloir exploiter les marges de manœuvre offertes par les nouvelles lignes directrices, dans la perspective de la révision de la politique commune des pêches et du prochain cadre financier pluriannuel.





















