Le Sénat adopte à l'unanimité la restitution de dépouilles d'Amérindiens à la Guyane, 130 après leur mort dans des « zoos humains »

Le Sénat adopte à l'unanimité la restitution de dépouilles d'Amérindiens à la Guyane, 130 après leur mort dans des « zoos humains »

« Des voix longtemps étouffées qui retrouvent leurs terre » : le Sénat a donné lundi son feu vert au rapatriement en Guyane de dépouilles d'Amérindiens conservées au Muséum d'histoire naturelle, plus de 130 ans après leur mort dans les conditions indignes des « zoos humains ».

Soutenue par le gouvernement, cette restitution prend la forme d'une proposition de loi transpartisane des sénateurs Catherine Morin-Desailly (centriste), Max Brisson (Les Républicains) et Pierre Ouzoulias (Parti communiste), adoptée à l'unanimité dans l'émotion.

Ces restitutions répondent à la demande de l'association Moliko Alet+Po, qui veut offrir des funérailles et une sépulture sur le sol guyanais à ces Amérindiens issus des peuples Kali'nas et Arawaks. Elles concernent six dépouilles et huit moulages de parties du corps des défunts.

A l'heure actuelle, un tel rapatriement est impossible en raison du principe d'inaliénabilité des collections publiques. Plusieurs lois ont été votées récemment pour fixer un cadre dérogatoire à ce principe, mais elles ne concernaient paradoxalement que les demandes d'États étrangers, sans couvrir les restes humains originaires du territoire national. La démarche du Sénat, avec cette loi dite « d'espèce », est donc inédite.

L'histoire de ces autochtones est pourtant dramatique : recrutés sur de fausses promesses en Amérique du Sud, ils furent exhibés vivants dans des « zoos humains » au Jardin d'Acclimatation à Paris en 1892, et ne survécurent pas à l'hiver en raison de leurs conditions d'hébergement ignobles.

Pire, leurs dépouilles furent ensuite exhumées à des fins anthropologiques à la fin du XIXe siècle. Elles ne sortiront jamais, depuis lors, des collections publiques. « Nous parlons d'hommes et de femmes, d'êtres humains arrachés à leur terre, à leur peuple, à leur dignité », s'est émue Catherine Morin-Desailly au moment de soumettre au vote sa proposition de loi, devant une délégation guyanaise.

« Ce ne sont pas seulement des restes humains qui retournent vers la Guyane, ce sont des voix longtemps étouffées qui retrouvent leurs terres, leurs fleuves, leurs forêts, leur ciel », a-t-elle ajouté, saluant « un geste de justice » et « d'humanité »

Max Brisson a, lui, souligné « l'impérieuse nécessité de prendre conscience de la déshumanisation qui a présidé à la constitution de certaines de nos collections », lors d'une séance très solennelle au Sénat, où plusieurs parlementaires ont fait part de leur « honte » face à ces humiliations.

La ministre de la Culture, Catherine Pégard, a salué l'adoption de ce texte qui ne pouvait plus « attendre », selon elle. Elle s'est aussi dite favorable à l'élaboration d'une loi-cadre pour « faciliter ces restitutions de restes humains en outre-mer » et répondre aux futures demandes.

Le texte doit désormais être approuvé par l'Assemblée nationale, dernière étape avant la mise en place de ces restitutions très attendues. Le calendrier d'examen reste encore inconnu à ce stade.

Avec AFP