L'abstention française sur la résolution de l'ONU sur l'esclavage indigne les élus ultramarins

© ONU/Manuel Elías

L'abstention française sur la résolution de l'ONU sur l'esclavage indigne les élus ultramarins

L’Assemblée générale de l’ONU a adopté une résolution qualifiant la traite des esclaves africains de « pire crime contre l’humanité ». L’Union africaine a salué cette avancée pour la reconnaissance et la réparation de cet héritage. 

 

Adoptée mercredi par l’Assemblée générale de l’ONU, la résolution qualifie «la traite des Africains réduits en esclavage et l'esclavage racialisé des Africains» comme «les plus graves crimes contre l'humanité». Le texte condamne également cette «injustice la plus inhumaine et la plus persistante commise contre l'humanité».

Le vote a rassemblé 123 voix pour, contre 3 oppositions, les États-Unis, Israël et l’Argentine et 52 abstentions, dont celles du Royaume-Uni et de la France. 

Le texte, soutenu par l'UA, était porté par le président ghanéen John Mahama, dont le pays a été le premier du continent à accéder à l'indépendance en 1957.

Une « étape importante vers la guérison »

«Cette décision historique marque une étape importante vers la vérité, la justice et la guérison, et renforce la nécessité urgente de s'attaquer à l'héritage durable de l'esclavage», a affirmé Mahamoud Ali Youssouf, président de la Commission de l'UA, dans un communiqué publié sur X. L'organisation continentale «reste déterminée» à «veiller à ce que de tels crimes ne soient ni oubliés ni répétés», a-t-il précisé.

L'esclavage transatlantique a organisé le commerce de millions de personnes d'Afrique de l'Ouest et centrale.

Des oppositions sur le principe des réparations

La résolution appelle les Etats à s'engager dans un processus de justice pour réparer les torts du passé, notamment des excuses formelles, des compensations pour les descendants des victimes, des politiques de lutte contre le racisme et la restitution des biens culturels et spirituels pillés.

Les Etats-Unis ont voté contre ce texte affirmant qu'il met les crimes «en compétition» et déclarant ne pas reconnaître « le droit légal à des réparations pour des torts historiques qui n'étaient pas illégaux en vertu du droit international à l'époque où ils ont eu lieu».

Mêmes arguments de la part des pays de l'UE et du Royaume-Uni, qui tout en soulignant la monstruosité de l'esclavage, se sont eux abstenus.

 L'abstention française, « une faute morale» et « inacceptable» pour les élus 

L'abstention de la France a fait réagir. C'est le cas de la Fondation de la mémoire pour l'esclavage. « La FME estime que cet appel doit être entendu, et que, forte de son rôle pionnier sur ce sujet depuis 2001, la France se grandirait en prenant l’initiative d’organiser une réponse aux attentes de justice, de dialogue et de vérité qui se sont exprimées à New York le 25 mars dernier. Les 25 ans de la loi Taubira, le 21 mai prochain, offrent au Président de la République une occasion idéale pour initier ce mouvement », a souligné la FME dans un communiqué. 

Dans une lettre adressée au Président de la République, le sénateur de Guadeloupe Victorin Lurel a souligné que «cette abstention française est une faute morale, historique, diplomatique et politique». « Cette « abstention française - comme les 3 votes contre de l’Argentine, des Etats-Unis et d’Israël ou l’abstention des pays européens - fragilisent la réconciliation des mémoires et constituent, hélas, une triste et parfaite illustration des
raisons pour lesquelles le monde dit « occidental » peut inspirer une forme de rejet aux
pays dits « en développement », a-t-il poursuivi.

Le sénateur Dominique Théophile juge « inacceptable » la position française pour sa part. « Cette abstention envoie un signal préoccupant. Elle interroge d'autant plus que la France est directement liée à cette histoire à travers ses territoires ultramarins, dont l'existence même est indissociable de l'histoire de l'esclavage. Ces territoires, ainsi que les diasporas présentes sur le territoire national, portent encore les héritages sociaux, économiques et mémoriels de cette période».

Avec AFP