Grandes figures des Outre-mer : Camille Mortenol, polytechnicien guadeloupéen, premier capitaine de vaisseau et premier commandant de défense aérienne ultramarin

Grandes figures des Outre-mer : Camille Mortenol, polytechnicien guadeloupéen, premier capitaine de vaisseau et premier commandant de défense aérienne ultramarin

La série hebdomadaire sur les personnalités emblématiques qui ont marqué l’histoire des Outre-mer continue sur Outremers 360. Aujourd’hui nous nous intéressons au parcours du Guadeloupéen Camille Mortenol, premier capitaine de vaisseau et premier commandant de défense aérienne ultramarin durant la Première Guerre mondiale. Une personnalité incontournable de l’histoire militaire de la France.

Incroyable histoire de celle de Camille Mortenol ! Ce dernier naît à Pointe-à-Pitre, le 29 novembre 1859. Il est le fils d’esclaves affranchis nés en Afrique puis déportés en Guadeloupe où ils prennent le patronyme de Mortenol. La fratrie comprend deux frères et une sœur. Au collège diocésain de Basse-Terre, ses excellents résultats, en particulier en mathématiques, attirent l’attention de Victor Schœlcher. Celui-ci lui offre à Camille son appui et son accompagnement, ce qui lui permet d’obtenir une bourse gouvernementale afin de poursuivre ses études secondaires au lycée Montaigne de Bordeaux.

 Après avoir obtenu son baccalauréat scientifique, Camille Mortenol réussit, à vingt et un ans, le concours d’entrée à l’École polytechnique, où il se classe 19e sur 209 candidats admis. La même année, il décroche la 3e place au concours de Saint-Cyr, mais choisit finalement Polytechnique, qu’il intègre le 1er novembre 1880. Premier Guadeloupéen admis dans cette prestigieuse institution, il y poursuit une scolarité brillante : classé 30e lors de son passage en première division, il termine 18e sur 205 élèves en octobre 1882 et opte alors pour le corps de la Marine.

 Capitaine de frégate

 Camille Mortenol embarque à Brest sur la frégate de transport « Alceste », où il effectue son premier apprentissage de marin. Le 1er octobre 1882, il est nommé aspirant de 1e classe. Deux ans plus tard, en octobre 1884, il devient officier de marine (enseigne de vaisseau). En août 1889, il accède au grade de lieutenant de vaisseau. En 1891, il prend part à la guerre de Chine, puis participe à une « croisière d’instruction » le long des côtes africaines. À partir de 1894, placé sous les ordres du maréchal Galliéni, administrateur colonial, il contribue aux campagnes de conquête à Madagascar, aux Comores, au Gabon, au Congo et en Extrême-Orient. Ses services à Madagascar lui valent d’être décoré de la médaille de Chevalier de la Légion d’honneur. En avril 1904, il est nommé capitaine de frégate.

L'histoire de Camille Mortenol dans la série "Frères d'Armes"

Lors de la Première Guerre mondiale, Camille Mortenol se retrouve de nouveau en 1915 aux côtés du maréchal Gallieni, alors gouverneur militaire de Paris puis ministre de la Guerre. Éloigné de sa carrière traditionnelle d’officier de Marine, il se voit confier la défense de la capitale et prend le commandement de la Défense Contre Aéronefs (DCA) du Camp retranché de Paris. Bien que cette affectation ne l’enthousiasme guère, le capitaine de vaisseau se distingue par son efficacité dans la lutte anti-aérienne contre les bombardements des zeppelins allemands. Dès lors, il assume la lourde responsabilité de protéger Paris des attaques aériennes ennemies, mission qu’il mène avec succès jusqu’à la fin du conflit.

 Commandant de défense aérienne

 Dans un contexte marqué par les avancées industrielles de l’aéronautique, Camille Mortenol réorganise la défense aérienne de Paris : emploi de puissants projecteurs pour éblouir les avions ennemis, perfectionnement du renseignement télégraphique et intervention des appareils de défense. Au moment de l’armistice, il commande 10 000 hommes, dispose de 65 projecteurs de grand diamètre et près de 200 canons adaptés à la lutte antiaérienne, contre seulement 10 au début du conflit. Il quitte ses fonctions le 15 mai 1919. Ne pouvant plus s’illustrer en mer, gagné par l’âge, il est promu colonel dans la Réserve de l’Artillerie de Terre. En juin 1920, il est élevé au grade de commandeur de la Légion d’honneur.

Après avoir défendu la France avec une vigueur sans faille, la retraite de Mortenol suscita bien des interrogations. Installé à Paris, il s’investit dans l’association France-Colonies, où il œuvre à la défense des intérêts de ses compatriotes guadeloupéens, notamment des marins pêcheurs. Parallèlement, il s’engage dans le combat anticolonialiste aux côtés du militant sénégalais Lamine Senghor. L’ancien officier s’éteint dans la capitale le 22 décembre 1930. En dépit d’une démarche pour faire entrer Camille Mortenol au Panthéon en 1937, de nombreuses statues, plaques commémoratives, rues, une cité de Pointe-à-Pitre et même un timbre (en 2018) ont été émis à sa mémoire, en Guadeloupe et dans l’Hexagone, faisant de lui une figure incontournable de l’histoire de France. 

PM

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