Fiscalité en Guadeloupe. « Sans cadre fiscal adapté, c’est toute notre économie qui s’effondre », alerte Isabel Michel-Gabriel de l’UDE-Medef de Guadeloupe

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Fiscalité en Guadeloupe. « Sans cadre fiscal adapté, c’est toute notre économie qui s’effondre », alerte Isabel Michel-Gabriel de l’UDE-Medef de Guadeloupe

Alors que les dispositifs de soutien économique des Outre-mer sont à nouveau dans le viseur budgétaire de l’État, le monde économique guadeloupéen tire la sonnette d’alarme. Défiscalisation, exonérations de charges, fiscalité différenciée : derrière ces leviers, c’est tout un modèle économique qui se retrouve fragilisé. Alors que les dispositifs de soutien économique des Outre-mer sont à nouveau dans le viseur budgétaire de l’État, le monde économique guadeloupéen tire la sonnette d’alarme. Défiscalisation, exonérations de charges, fiscalité différenciée : derrière ces leviers, c’est tout un modèle économique qui se retrouve fragilisé.

 

« Une fiscalité attractive et adaptée à notre réalité »

Pour Isabel Michel-Gabriel, le constat est sans ambiguïté. « Il nous faut, pour la Guadeloupe, une fiscalité attractive et adaptée à notre situation économique, à notre réalité », affirme-t-elle. Une réalité marquée par des contraintes structurelles fortes : « Nos territoires insulaires sont à 7 000 kilomètres de la France et de l’Europe. Nous n’avons pas suffisamment de production locale et notre insularité ne nous permet pas de produire et transformer au même coût. Nous restons dépendants des importations. »

Dans ce contexte, l’application de règles pensées pour l’Hexagone apparaît comme un décalage majeur. « Il faut une fiscalité différente de celle qui est appliquée sur le territoire national hexagonal, en tout cas sur certains aspects. »

Mais au-delà de cette inadéquation, c’est surtout la remise en cause des dispositifs existants qui alarme les acteurs économiques. Lors de l’examen du budget 2026, un coup de rabot de 800 millions d’euros avait été envisagé, réparti entre 400 millions d’euros de réduction sur les exonérations de charges sociales spécifiques aux Outre-mer (LODEOM) et 400 millions d’euros sur les dispositifs de défiscalisation de l’investissement productif.

Ces mesures ont finalement été suspendues. « On a obtenu un report… mais ce n’est qu’un sursis », prévient-elle. Car derrière ce recul temporaire, la logique pour le gouvernement reste inchangée : réduire la dépense publique, sans compensation prévue pour les économies ultramarines.

« Retirer ces aides, c’est la mort des entreprises ultramarines »

Pour les acteurs économiques, l’enjeu dépasse le seul débat fiscal. Ces dispositifs « adaptés pour compenser les difficultés de nos territoires », souligne Isabel Michel-Gabriel, constituent un socle essentiel.

Aussi alerte-elle sur des conséquences immédiates : « Retirer ces aides, c’est la mort des entreprises ultramarines. » Un choc qui se répercuterait bien au-delà du tissu économique au risque d’impacter plus durement l’emploi et les familles.

Dans un territoire déjà fragilisé, ces dispositifs jouent un rôle d’amortisseur. Sans ces mécanismes, le choc pourrait être brutal.

Une économie déjà sous pression

Ces réformes fiscales interviennent dans un contexte économique déjà fragilisé. « Nos inquiétudes portent sur l’augmentation assez vertigineuse des défaillances d’entreprises », alerte Isabel Michel-Gabriel.

Plusieurs facteurs se cumulent : une crise du BTP liée à la baisse de la commande publique, des délais de paiement persistants des collectivités, mais aussi une fragilité persistante du secteur touristique, sur fond de difficultés structurelles, notamment en matière d’eau et d’assainissement. « On ne peut pas dire aujourd’hui que le secteur du tourisme se porte bien », constate-t-elle.

Dans ce contexte, toute remise en cause des dispositifs fiscaux existants pourrait agir comme un facteur aggravant, en accentuant les fragilités déjà à l’œuvre dans l’économie guadeloupéenne.

Le MACF, révélateur d’une fiscalité mal calibrée

Le Mécanisme d’Ajustement Carbone aux Frontières (MACF), dispositif européen visant à taxer les importations en fonction de leur empreinte carbone afin d’aligner leur coût sur celui des productions européennes, illustre, selon l’UDE-Medef, les limites d’un cadre fiscal pensé à l’échelle continentale. « Ce dispositif est totalement inadapté aux Outre-mer, dont le bilan carbone est globalement positif mais qui restent dépendants des importations. Il a été pensé en considérant uniquement la France hexagonale », estime Isabel Michel-Gabriel.

Le MACF impose aux importateurs de déclarer leurs émissions de CO₂ et d’acheter des certificats pour protéger l’industrie européenne.

Appliqué uniformément, il ne tient pas compte des contraintes propres aux territoires ultramarins, notamment leur dépendance structurelle aux importations. L’insularité empêche de choisir des fournisseurs moins carbonés, contrairement à l’Europe continentale. L’impact économique serait très lourd, avec une hausse des coûts de produits pouvant atteindre 30 %, notamment pour le ciment.

L’absence d’experts accrédités oblige à utiliser des valeurs par défaut, plus pénalisantes. Sans dérogation, ce dispositif pourrait fortement fragiliser les économies ultramarines.

Pour l’avocate fiscaliste, le MCAF dépasse le seul enjeu environnemental : il devient le symptôme d’un problème plus large, celui d’une fiscalité conçue sans intégrer pleinement les spécificités économiques des Outre-mer.

Une exigence : mesurer avant de réformer

Face aux projets en discussion, l’UDE-Medef Guadeloupe appelle à changer de méthode. « Avant de faire une réforme d’une telle ampleur, il faut faire une étude d’impact », insiste Isabel Michel-Gabriel. Or, à ce stade, ces évaluations font toujours défaut.

Des échanges sont notamment prévus en mai avec les ministères et les parlementaires ultramarins, avec un objectif : obtenir des données chiffrées sur les conséquences économiques et sociales des réformes envisagées.

Une économie sous perfusion fiscale

À travers la question fiscale, c’est toute la trajectoire économique de la Guadeloupe qui se joue.

Le taux de chômage en Guadeloupe atteint déjà 17,6 %, soit plus du double du taux hexagonal de 7,1 %. Les délais de paiement publics restent anormalement élevés, ce qui gangrène le tissu économique local. Mais ce sont les récentes remises en question des dispositifs de soutien fiscal qui inquiètent particulièrement l’UDE-Medef.

Dans ce contexte, l'addition devient explosive. Chaque défaillance d'entreprise supplémentaire, c'est un ménage de plus fragilisé, un quartier de plus sous tension, une cohésion sociale déjà mise à rude épreuve qui s'effrite un peu davantage. Dans un territoire où le chômage touche près d'un actif sur cinq, où le coût de la vie pèse sur chaque foyer, rajouter une pression fiscale et inflationniste, c'est jouer avec le feu.

Pour Maître Isabel Michel-Gabriel, le débat dépasse largement le seul cadre économique : « Moins le législateur prendra en compte nos spécificités économiques et notre défaut de compétitivité, plus on alimentera le discours de ceux qui réclament davantage d'autonomie fiscale. » Un risque que personne, dit-elle, ne devrait prendre à la légère.