Desserte aérienne en Polynésie : Avec son quatrième ATR, Air Moana réaffirme son cap vers la rentabilité

© Air Moana

Desserte aérienne en Polynésie : Avec son quatrième ATR, Air Moana réaffirme son cap vers la rentabilité

Après un convoyage plus long que prévu, guerre au Moyen-Orient oblige, le nouvel ATR loué par Air Moana, Poereva, a atterri ce samedi matin à Tahiti-Faa’a. Deux autres avions, achetés neufs grâce à l’aide du Pays, doivent être livrés cette année, mais la compagnie, trois ans après son lancement, a désormais la taille de flotte qu’elle estimait nécessaire pour viser la rentabilité. Lionel Guérin, qui reste discret sur les pertes d’exploitation actuelles, assure d’une « belle progression de clientèle et de chiffre d’affaires ». Et malgré les revers juridiques ou le contexte mondial, ses prévisions n’ont pas changé : « Les courbes vont se croiser quelque part entre 2027-2028 ». En attendant il annonce pour l’année prochaine la desserte de Tikehau et une troisième rotation hebdomadaire vers les Marquises. Précisions avec notre partenaire Radio1.

Poeiti, Poenui, Poehere… Et désormais Poereva, le nom du nouvel ATR 72 qu’Air Moana a accueilli ce samedi matin, un peu plus de trois ans après le premier vol de la compagnie interîles. Pour son président Lionel Guérin – qui est aussi depuis le début d’année directeur général d’Air Tahiti Nui – « c‘est un grand jour pour la compagnie. C’est le quatrième avion de la flotte, ce qui va nous permettre de pouvoir faire voler complètement trois avions malgré les maintenances programmées des autres appareils », indique-t-il. 

Poereva, un ATR construit voilà 5 ans, n’appartient pas à Air Moana, il est loué, au terme d’un contrat qui avait été signé dès le mois de septembre 2025. Son arrivée était bien prévue en cette mi-avril, mais a légèrement tardé en raison de la guerre en Iran. Habituellement, les avions partent de Toulouse et font des sauts de puce tout autour de la planète en passant par le Moyen-Orient. Cette fois, il fallait éviter la région et comme « le sud était trop long », les pilotes sont passés par le nord, en prenant soin, là aussi, d’éviter la Russie. Poereva a donc survolé la Mongolie, la Chine et le Japon, puis traversé le Pacifique par étapes jusqu’à Tahiti.

Tikehau et renforcement des Marquises en 2027

Ce quatrième avion ne va pas, dans un premier temps, révolutionner la carte de destinations de la compagnie. Il s’agit d’assurer à la clientèle un programme « stable » et « conséquent » sur « les îles en concurrence libre » déjà desservie. Air Moana doit encore connaître des arrivées dans les prochains mois : la compagnie a acheté, avec l’aide du Pays, un ATR 72-600 neuf dont la construction touche à sa fin à Toulouse et qui doit atterrir à Faa’a à la fin du mois de juillet. En novembre, un autre ATR du même modèle doit renforcer la flotte. Mais pas la faire grossir : ce acquisitions « permettront aux deux autres avions en location d’être rendus à leurs propriétaires ». Air Moana passera donc de 3 « leasings » à un seul – Poereva – d’ici la fin de l’année, et sera alors propriétaire de trois ATR. « On aura une flotte très très jeune, très performante, avec une belle qualité de service », promet Lionel Guérin.

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Ce n’est qu’à ce moment qu’Air Moana verra plus loin : une troisième fréquence vers les Marquises en janvier 2027 et une nouvelle desserte, Tikehau, en avril de la même année. D’ici là, Lionel Guérin, qui avait pris les commandes de la compagnie en 2024, après des premiers mois difficiles, espère voir grimper le chiffre d’affaires. À l’entendre, la dynamique est bonne, avec des chiffres d’avril qui surpassent ceux de la haute saison de l’année passée. Pas de chiffres bruts du nombre de passagers, mais un « coefficient de remplissage toujours supérieur à 60% » avec une capacité qui a augmenté de 50% avec l’intégration d’un troisième avion dans la flotte en juin 2025. « Une belle progression de clientèle et de chiffre d’affaires » se satisfait le président de la compagnie, qui martèle que « le modèle d’Air Moana fonctionne ».

© Air Moana 

« Les courbes vont se croiser quelque part entre 2027-2028 »

Mais une société ne vit pas sur son chiffre d’affaires, et Lionel Guérin, s’il reste discret sur les chiffres, reconnait qu’Air Moana est toujours nettement déficitaire. Et va continuer à emmagasiner des pertes d’exploitation encore quelques temps. « Normale, puisque nous restituons des avions et nous faisons des grosses visites de maintenance. Ça fait des coûts exceptionnels très importants », note le président, qui répète que « les courbes vont se croiser quelque part entre 2027-2028, c’est-à-dire que le chiffre d’affaires sera supérieur au coût. »

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Interrogé sur les conséquences des décisions du tribunal administratif, le responsable continue là aussi de développer un discours rassurant. Air Tahiti avait saisi l’année dernière la justice de cinq recours contre diverses mesures de soutien du Pays à Air Moana. En janvier 2026, les juges lui avaient donné partiellement raison, en estimant que le Pays ne pouvait s’engager auprès d’une société en difficulté, et en annulant par conséquent un prêt de 600 millions de francs et de deux garanties d’emprunt portant sur 937 millions de francs. Des sommes justement dédiées à l’acquisition d’avions. Le bras de fer devant les tribunaux n’est pas terminé : Air Tahiti cherche à faire reconnaître  plus largement l’absence de motif d’intérêt général dans ces mesures de soutien, et Air Moana comme le Pays ont fait appel de la première décision. « C’était une attaque sérieuse donc on a fait très attention », explique aujourd’hui Lionel Guérin. « On a pris aussi nos cabinets. On a fait ce qu’il fallait sur le plan juridique. On a sécurisé nos financements, c’est le principal. Maintenant, tout est sécurisé », assure-t-il. « On continue. Comme vous voyez, on a un nouvel avion qui arrive, avec un gros lessor qui s’appelle Azorra, on l’a bien forcément payé, cet avion. Et on paiera l’avion au mois de juillet, donc tout va bien. »

Poereva doit prendre son service dès ce dimanche, en desservant Moorea et Bora Bora.

Par Radio 1