Dans « Moi, Jenny, pupille de la Nation », la journaliste martiniquaise Fanny Marsot raconte l’enfance douloureuse de sa mère Jeannie

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Dans « Moi, Jenny, pupille de la Nation », la journaliste martiniquaise Fanny Marsot raconte l’enfance douloureuse de sa mère Jeannie

Paru ce 22 avril aux éditions Fayard, « Moi, Jenny, pupille de la Nation », raconte l’histoire de Jeannie Marsot, de son enfance en famille d’accueil à Rivière-Pilote en Martinique, où elle vécut violences, humiliations et abus. Récit à deux voix, la journaliste martiniquaise « multi-casquettes » Fanny Marsot a mis sa plume au service d’un passé douloureux, celui de sa propre mère, donnant à l’ouvrage une dimension singulière, où la transmission tutoie la guérison.

« J'ai promis à maman quand j'étais enfant que je raconterais son histoire ». Cette promesse, Fanny Marsot l’avait faite à sa mère, Jeannie, alors qu’elle était encore enfant. Et au fil des années, des souvenirs racontés, du passage à l’âge adulte et cette maturité nécessaire à l’écriture d’un tel récit, la journaliste a finalement publié, ce 22 avril, ce livre singulier contant l’histoire de sa propre mère, placée dans une famille d’accueil en Martinique, victime de violences, humiliations et abus.

« C'était important pour moi de lui rendre cet hommage, d'une certaine manière de lui permettre de raconter le calvaire qu'elle a traversé parce qu'un traumatisme, on le traîne toute une vie. Pour faire la paix avec ce traumatisme -c'est un peu le même principe que MeToo-, pour que la souffrance soit reconnue par tout le monde, pour pouvoir faire la paix, il faut qu'elle soit reconnue par tout le monde » explique Fanny Marsot, interrogée par notre rédaction, aux côtés de sa maman Jeannie.

Pour cette dernière, l’exercice est, reconnaît-elle, difficile. Comment partager ce poids sans lester son propre enfant ? Comment partager ses souffrances sans accabler ceux qui représentent alors l’espérance ? « Au début, je prenais des mots, je n'osais pas dire les choses franchement, je choisissais des mots doux. Mais elle comprenait l'impact parce qu'elle voyait que j'étais émotionnellement atteinte ».

Fanny Marsot, elle, garde en mémoire les souvenirs, les histoires racontées « étapes par étapes », et grandit avec sa promesse. D’un premier jet alors encore étudiante en classe préparatoire, elle poursuit sa carrière en bâtissant chapitre par chapitre cette œuvre générationnelle et thérapeutique. « Depuis des mois, des années, à chaque chapitre que je lui envoyais, je voyais déjà l'évolution dans son comportement, dans ses attitudes » confie Fanny Marsot.

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« La première fois que je lui lis l'histoire, mes premières lignes, je sens que je touche quelque chose d'extrêmement sensible. D'ailleurs, je prends conscience à ce moment-là de la douloureuse mission qu'est la mienne ». En effet, le livre n’est pas seulement un témoignage et une œuvre de transmission, il est aussi un chemin de guérison. « Je raconte quelque chose qui est voué à la sauver et qui va nous faire passer forcément par des déserts difficiles, par des endroits extrêmement compliqués de son passé, de son histoire, de sa psyché, de sa construction d'elle-même ».

« Petit à petit, chaque fois qu'elle voyait un chapitre arriver, c'est comme si elle se délestait de quelque chose. C'est comme si l'histoire finalement ne lui appartenait plus, mais qu'elle la donnait au monde : Débrouillez-vous, voilà mon fardeau, je vous le laisse, je l'ai assez porté, assez longtemps et ça c'est l'essentiel pour moi ». Une « victoire » pour Fanny Marsot, et la « fierté » d’une petite fille qui accomplit la mission qu’elle s’était donnée. « Son sourire, son soulagement, c'est ça qui compte ».

Pour Jeannie, il s’agissait aussi de justice : « Je voulais que le monde le sache, en tout cas mon monde à moi, mais je n'avais pas les mots. Je ne voulais pas que ça soit trop larmoyant, que je pleure sur mon passé, non. Je savais que ma fille pouvait avoir les mots. Et elle a su trouver les mots ». « Je voulais juste que d'autres enfants n'aient pas à subir ça. Il y a eu beaucoup d’enfants avant mais aussi après moi, et il y en aura encore. Mais si on peut atténuer ça… », a-t-elle ajouté.

Quant au chemin de guérison, oui ce livre permet de clore un passé difficile, mais il ne fut pas le point de départ. « Fanny m'avait déjà guérie en venant au monde. Elle m'avait déjà guérie. J'avais 25 ans quand je l'ai eue, j'avais très peur, mais au fil du temps, elle m'a guérie. Elle m'a enlevé un bon poids. Elle a continué, elle a fini le travail en faisant ce livre. Elle me sublime tout simplement, c'est ma fille ».

Outremers360 : Bonjour quelques mots est-ce que vous pouvez déjà vous présenter ?

Fanny Marsot : Je m'appelle Fanny Marsot, je suis journaliste, écrivain, chanteuse, enfin multi-casquettes.

Jeannie Marsot : Je m'appelle Jeannie Marsot et je suis la maman de Fanny.

Vous êtes toutes les deux nées en Martinique ?  

Fanny : Moi non, mais maman oui.

Jeannie : Moi je suis née en Martinique, à Rivière-Pilote.

Fanny : C'est là où se passe le bouquin pour la plupart du texte, à Rivière-Pilote, qui est sa ville de naissance, la ville où elle a été en famille d'accueil à la DAS. C'est ce qu'on raconte dans « Moi, Jenny pupille de la Nation ». 

Justement, ce livre, c'est l'histoire de votre maman. Vous avez voulu la raconter pourquoi ? 

Fanny : J'ai promis à maman quand j'étais enfant que je raconterais son histoire, et pour moi, c'était une promesse qui avait du sens, même si j'étais une toute petite fille -je devais avoir sept ans-, c'était il y a une trentaine d'années.

Et c'était important pour moi de lui rendre cet hommage, d'une certaine manière de lui permettre de raconter le calvaire qu'elle a traversé parce qu'un traumatisme, on le traîne toute une vie. Pour faire la paix avec ce traumatisme -c'est un peu le même principe que MeToo-, pour que la souffrance soit reconnue par tout le monde, pour pouvoir faire la paix, il faut qu'elle soit reconnue par tout le monde.

Jeannie : C'était me rendre justice quelque part.

Et pour vous ça a été difficile de raconter cette histoire, même si c'est c'était votre fille en face ?

Jeannie : Oui, c'est très difficile. Au début, je prenais des mots, je n'osais pas dire les choses franchement, je choisissais des mots doux. Mais elle comprenait l'impact parce qu'elle voyait que j'étais émotionnellement atteinte.

Il a fallu du temps aussi pour lui raconter, j'imagine le temps qu'elle grandisse ?

Fanny : J'ai appris l'histoire en plusieurs petites étapes et il fallait à chaque fois que je me souvienne, que je note quelque part dans ma tête pour ne pas oublier. Alors bien sûr, je n’ai pas tous les détails à l'instant T, on me raconte une histoire une fois, deux fois, et puis petit à petit dans votre tête, vous essayez de vous imaginer, avec les mots qu'elle utilise, ce à quoi ça pouvait ressembler véritablement.

Et en fait une fois que tout est mis en place, ça devient beaucoup plus clair et c'est plus facile pour moi de le raconter. Mais ça m'a pris beaucoup de temps parce qu'il fallait digérer l'histoire, il fallait avoir les capacités littéraires de la raconter, il fallait trouver la bonne façon de le dire. C'est un récit à deux voix avec la sienne et la mienne.

Je ne pouvais pas écrire comme si j'étais elle et le fait qu'elle me le demande à moi, ça apportait forcément une dimension supplémentaire. Je suis sa fille, je ne suis pas un écrivain qu'elle ne connaît pas, je ne suis pas un psy, et il fallait forcément qu'on raconte cette histoire avec cette dimension supplémentaire qu'est la relation qu'il y a entre elle et moi, et la façon dont moi je grandis avec cette histoire.

Alors en quelques mots, Jeannie, vous êtes Jenny, pupille de la Nation en Martinique dans une famille d'accueil. Vous avez subi des violences, des humiliations et des abus. Est-ce que vous pouvez nous en dire un peu plus sur cette enfance difficile ?

Jeannie : Je suis arrivée là-bas, j'avais deux ans. Ma mère étant tombée malade, il n’y avait personne pour s'occuper de nous. Donc on nous a placé les trois derniers dans une famille. Et l'histoire part de là…

Vous avez été séparés de vos frères et sœurs ?

Jeannie : On était les trois derniers ensembles, ce qui était quand même une chance. Les deux premiers, qui étaient plus grands, étaient ailleurs.

Vous parlez d’un chemin de transmission, mais est-ce qu'il y a aussi pour vous un besoin de guérison ?

Jeannie : Absolument. Un besoin de justice aussi. Je voulais que le monde le sache, en tout cas mon monde à moi, mais je n'avais pas les mots. Je ne voulais pas que ça soit trop larmoyant, que je pleure sur mon passé, non. Je savais que ma fille pouvait avoir les mots. Et elle a su trouver les mots.

Est-ce qu’aujourd'hui vous en voulez à l'État ou à cette famille d'accueil pour ce qu’elle vous a fait ?

Jeannie : Non, je voulais juste que d'autres enfants n'aient pas à subir ça. Il y a eu beaucoup d’enfants avant mais aussi après moi, et il y en aura encore. Mais si on peut atténuer ça…

Comment est-ce que vous avez réussi malgré cette enfance finalement à vous reconstruire : il y a quand même une réussite finalement à l’issue de cette histoire difficile. Vous avez à vos côtés une fille qui prouve qu’il y a toujours une lumière quelque part…

Jeannie : Je suis fière de ma fille, très fière de son parcours et je savais qu'un jour elle le ferait, je savais qu'elle l'écrirait, même si ça restait entre nous, même si ce n'était pas publié, ce n'était pas grave, c'était juste pour moi en fait. En vérité, ça a déjà eu un impact pour moi.

Fanny : Depuis des mois, des années, à chaque chapitre que je lui envoyais, je voyais déjà l'évolution dans son comportement, dans ses attitudes. La première fois que je lui lis l'histoire, mes premières lignes, je sens que je touche quelque chose d'extrêmement sensible. D'ailleurs, je prends conscience à ce moment-là de la douloureuse mission qu'est la mienne. Jusqu'ici, j'avais l'impression de raconter une histoire et je me rends compte qu'en fait je ne raconte pas juste une histoire. Je mets les pieds en plein milieu de sa thérapie. Je raconte quelque chose qui est voué à la sauver et qui va nous faire passer forcément par des déserts difficiles, par des endroits extrêmement compliqués de son passé, de son histoire, de sa psyché, de sa construction d'elle-même. Donc j'ai bien conscience qu'on part de quelque chose de difficile.

Et j'ai vu au fur et à mesure l'évolution de ses réactions en lisant les chapitres. Au départ, c'est extrêmement dur. Et puis petit à petit, chaque fois qu'elle voyait un chapitre arriver, c'est comme si elle se délestait de quelque chose. C'est comme si l'histoire finalement ne lui appartenait plus, mais qu'elle la donnait au monde : Débrouillez-vous, voilà mon fardeau, je vous le laisse, je l'ai assez porté, assez longtemps et ça c'est l'essentiel pour moi.

Ma victoire elle est là, ce livre je l'ai fait pour elle. Je voulais que ça la soulage et je crois que ça a été le cas. Tu me disais hier que tu osais maintenant aller dans cette ville qui est Rivière-Pilote où elle ne voulait plus mettre les pieds parce que c'est là que s'est noué le traumatisme et qu'aujourd'hui elle peut y aller sans avoir ce nœud au ventre, ce refoulement, ce déferlement de souvenirs. Donc ça va mieux. Je suis contente. Ma victoire elle est là : c'est son sourire, son soulagement, c'est ça qui compte.

Combien de temps est-ce que vous avez mis pour écrire le livre entre les premières discussions que vous avez eues et le résultat final ?

Fanny : Les toutes premières discussions, c'est la toute première version que j'essaie de faire avec peut-être trop de détachement, sans forcément me rendre compte de l'impact de ce que j'ai à faire. Je suis en prépa, j'ai 18 ans, j'essaie d'écrire une première version. Ce n'est pas mal écrit en soi. Peut-être que si je la lisais aujourd'hui je dirais le contraire, mais à l'époque ça me semble pas mal écrit, ça me semble plutôt juste. D'ailleurs sa réaction me montre que je ne tape pas à côté.

Mais moi, dans la façon dont je prends les choses, je me dis : « j'ai ça à faire, on m'a demandé de le faire, j'ai promis, je vais le faire ». Et sans forcément me rendre compte de la gravité de ce qui se passe. Sa réaction me fait prendre conscience de l'importance de cette mission, de ce sacerdoce qu'elle m'a donné, et je prends la mesure de l'ampleur du travail que j'ai à mener.

Finalement mon ordinateur en panne, je perds cette version-là et je me dis ce n'est pas grave, je réessaierai une autre fois mais pour le moment, je mène mes études, je fais ma petite vie et puis, c'était il y a une dizaine d'années, je me dis : « allez, je m'y remets ». Je retente donc, je recommence mais j'écris une première version à la première personne comme si j'étais elle et très vite, je trouve que ça ne retranscrit pas ce que j'ai à retranscrire. Je sens bien qu'il manque quelque chose.

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Je lis des extraits à trois personnes qui me disent : « ça va pas du tout ton truc », et je laisse tomber à nouveau. À l'orée de ses 60 ans, je me suis dit : « j'aimerais bien lui offrir le manuscrit, au moins les premières lignes de ce que ça va être vraiment ». C'était il y a trois ans. 

Et me vient à ce moment-là cette idée de faire un récit à deux voix, où je me dis qu'en fait si elle m'a demandé d'écrire pour elle, c'est que forcément il y a un sens là-dedans. Elle n'a pas demandé un inconnu, elle m'a demandé à moi, donc je prends l'initiative de faire un récit à deux voix, avec la sienne et la mienne.

Moi qui apporte des éléments de contexte sur ce qu'elle est aujourd'hui et sur la façon dont elle a traversé cet enfer et dont elle s'en est remise, la résilience dont elle a fait preuve. Et puis j'apporte aussi des éléments de contexte sur ce que peut être son entourage, les différentes personnes qui l'ont entouré à ce moment-là. Et puis j'apporte aussi la façon dont moi j'ai grandi avec cette histoire.

Et elle, je lui fais raconter ses anecdotes de petite fille avec sa voix de petite fille.

Est-ce que vous avez parlé de mission de sacerdoce ? Est-ce que ce n'est pas cette mission qui a finalement conditionné toute votre vie en tant que journaliste et écrivaine aujourd'hui ?

Fanny : Je me suis beaucoup nourrie, c'est vrai de mon expertise journalistique et de l'évolution de ma carrière pour pouvoir trouver les bons mots et la bonne manière de raconter les choses. Je pense que chaque fois que j'écris un papier, chaque fois que j'écris un lancement, chaque fois que j'écris quelque chose dans mon métier, forcément ça me permet de progresser dans ma façon d'écrire.

Après, est-ce que j'ai fait ce métier pour ça, je ne crois pas, ça ne faisait pas partie de mes motivations, ou peut-être inconsciemment, sans que je m'en rende compte. Mais l'idée c'était vraiment de pouvoir raconter le monde et ma mère fait partie de ce monde-là. Peut-être que sans m'en rendre compte, j'ai aussi voulu la raconter elle. Aujourd'hui c'est fait et je suis fière de ça, je suis quelque part moi aussi soulagée parce que j'ai accompli ma mission.

Vous dites être fière du travail accompli, j’imagine aussi fière de votre maman, mais est-ce qu’il y a aussi de la peine ?

Fanny : La peine, j'ai pu la ressentir tout au long de ma vie. Il m'est arrivée de voir maman pleurer. D'ailleurs, c'est par là que je commence mon livre. Il m'est arrivé de voir maman pleurer, de ne pas forcément comprendre et vous grandissiez avec une douleur que vous ne pouvez pas vous expliquer, que vous ne pouvez pas apaiser, parce que ce n'est peut-être pas forcément mon travail de petite fille. Et puis je vois aujourd'hui que j'ai réussi à l'apaiser donc je suis assez soulagée, je suis assez fière de ça.

La peine, je l'ai eue aussi quand j'ai eu à relire le livre parce qu'il y a des passages qui ont été, même pour moi qui les ai écrits, douloureux à la relecture. Le chapitre sept, que j'évoque assez régulièrement, est assez bouleversant, et m'a demandé quand même de reprendre mon souffle à certains moments. Mais aujourd'hui je crois que ce livre marque une étape nouvelle, et lui a permis à elle de se refaire, de dépasser certaines souffrances. À moi, ça m'apporte la fierté de l'avoir sorti d'une certaine manière de là.

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Alors elle n'était pas enfermée non plus, mais je vois bien je vois bien la différence depuis que le livre est là, depuis qu’on l’a écrit. Et j'avoue que je suis soulagée, je ne suis plus dans la peine, je suis vraiment dans le soulagement, dans la fierté d'avoir pu lui donner ce répit-là. 

Et dans vos relations mère fille, j'imagine que vous devez aussi avoir beaucoup de choses qui ont évolué : le fait que votre fille vous a guéri, vous a permis aussi d'avancer. Vous avez pu apporter votre plume à votre maman. Est-ce que ça a changé quelque chose dans vos relations ?

Jeannie : Elle m'avait déjà guérie en venant au monde. Elle m'avait déjà guérie. J'avais 25 ans quand je l'ai eue, j'avais très peur, mais au fil du temps, elle m'a guérie. Elle m'a enlevé un bon poids. Elle a continué, elle a fini le travail en faisant ce livre. Elle me sublime tout simplement, c'est ma fille.

Fanny : Moi je n’ai pas le sentiment que ça a changé quoi que ce soit entre nous, je pense que ça nous a renforcé, mais en vérité on a toujours été très proches, très fortes, très soudées. Ma mère m'a dit petite : je serai toujours ta première et ta meilleure amie. Et ça ne s'est jamais démenti. Elle a toujours été là et c'est vraiment une relation fusionnelle et amicale presque au-delà même de la relation mère fille. 

Donc je ne crois pas qu'on ait changé quoi que ce soit avec ce livre, mais je pense qu'on a franchi une étape nouvelle dans le sens où j'ai le sentiment moi de lui avoir été utile. Ma naissance, je ne m'en souviens pas beaucoup, mais ce bouquin, je pense que je m'en souviendrai.

Alors une dernière question, votre maman est venue avec quelque chose de spécial de la Martinique : un col madras. Là, il y a l'importance de la Martinique. Vous avez parlé de Rivière-Pilote. La Martinique, elle est importante aussi dans votre récit à toutes les deux.

Jeannie : Oui bien sûr, c'est mon île, c'est là où je suis née, là où j'ai grandi. Oui mon île a une place prépondérante importante dans mon cœur.

Fanny : L'image du Madras, elle revient plusieurs fois d'ailleurs dans le bouquin parce que c'est un tissu que je trouve magnifique, c'est un tissu qui est emblématique de chez nous et il n'y a pas que ça d'ailleurs comme référence claire à la Martinique. Bon déjà on y est en Martinique, l'essentiel du récit se passe là-bas. Et puis on est on parle créole, il y a pas mal de créoles dans les échanges. Il y a pas mal de références au décor, à l'ambiance du pays. À tout ce que je trouve qui fait la beauté du pays, j'explique géographiquement à quoi ça ressemble, je parle un petit peu aussi de l'histoire, de certaines histoires du pays, d'un peu de mystique du pays aussi. Donc on est vraiment dedans.

J'ai essayé d'expliquer au mieux ce qui me fascine dans ce territoire. C'est chez nous et c'est essentiel que l'histoire y prenne corps et que ça se ressente dans l'ouvrage. Et puis moi j'ai un pied de chaque côté de l'Atlantique. J'ai aussi un pied en Franche-Comté où je suis née donc forcément la Franche-Comté y est aussi présente. Mais ce n'est pas n'est pas le cœur de l'ouvrage. Le cœur de l'ouvrage, c'est la Martinique. La Martinique dans les années 60, à l'époque où maman était une enfant, et Rivière-Pilote dans toute sa splendeur.

Un dernier message ?

Jeannie : Je veux juste te dire merci à ma fille, vraiment un grand merci pour ça, pour cette guérison, pour cette aide qu'elle m'apporte. C'est mieux qu'un psy en tout cas, elle m'a fait économiser des années de psychiatrie. Voilà. Et je vous remercie à vous.