Polynésie : Le Port autonome de Papeete s’équipe de caméras thermiques et radars pour surveiller le trafic maritime

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Polynésie : Le Port autonome de Papeete s’équipe de caméras thermiques et radars pour surveiller le trafic maritime

La capitainerie du Port autonome de Papeete va bientôt troquer ses jumelles et sa vigie contre un système de surveillance maritime dernier cri. Trois radars ont déjà été installés pour repérer les bateaux arrivant du large, le système VHF doit être étendu et surtout 11 caméras intelligentes et thermiques vont être perchées sur des mâts pour suivre les mouvements dans les passes et chenaux du Nord de Tahiti. Un domaine étendu dont le port a la responsabilité mais sur lequel il est aujourd’hui en grande partie « aveugle ». Explications de notre partenaire Radio 1 Tahiti.

Finie la vigie, qui domine le bâtiment du Port autonome à Motu Uta, quartier industriel et portuaire de Papeete. D’ici quelques mois, c’est quelques étages plus bas, dans une salle refaite à neuf où ont déjà été alignés une quinzaine d’écrans de contrôle, que devraient s’installer les agents de la capitainerie pour surveiller le trafic maritime alentour. 

Ils troqueront les jumelles contre des moniteurs affichant des cartes de relevés radars ou satellites, et surtout des images captées en direct de plusieurs points stratégiques du domaine portuaire. L’aboutissement, pour le port, d’un chantier à 200 millions de francs engagé en 2020 et qui devrait être opérationnel en septembre prochain.

Fini la surveillance « à vue » et ses angles morts

C’est donc un vrai bond technologique qui se prépare en matière de surveillance maritime, assurée jusqu’à maintenant « à vue » au port de Papeete, et qui souffre actuellement, de l’aveu de la direction, de nombreux angles morts. 

La vigie voit bien, par beau temps du moins, la passe de Papeete et la partie Nord-Est de la rade, et elle échange par radio avec les navires en déplacement dans la zone. Mais malgré sa position haut perchée, elle ne couvre qu’une petite partie de la circonscription, dont le Port autonome a la responsabilité, et qui s’étend de la passe de Taunoa à Pirae, côté Taaone, jusqu’à celle de Taapuna, côté Punaauia, à l’ouest.

Trois entrées de passes et de nombreux chenaux de navigation à surveiller… Pour le directeur Jean-Paul Le Caill, l’établissement public a non seulement « la légitimité », mais aussi l’impératif de « savoir qui circule » dans ce domaine portuaire. 

Surtout depuis que le port de Papeete, indispensable au ravitaillement international de la Polynésie, hub incontournable pour le transport vers les îles et qui abrite aussi une base navale de la Marine nationale, a été classé par l’État comme une structure « vitale » en octobre 2017 : « C’est une responsabilité particulière qui nous donne certaines obligations de surveillance », reprend le responsable. Le nouveau système du domaine portuaire a avant tout pour objectif de « remplir ces obligations réglementaires ».

Et le règlement touche particulièrement certaines zones à risque : l’approche du quai au long cours est prohibée pour toutes les embarcations, une zone d’exclusion est tracée autour de la base navale, certains loisirs nautiques sont interdits dans les chenaux, le mouillage défendu dans de nombreuses zones… Le port doit aussi gérer, en lien permanent avec la tour de contrôle, les zones de bout de piste de l’aéroport, et faire patienter certains voiliers puisque les mâts de plus de six mètres entrent dans le couloir réservé aux avions. 

La circonscription portuaire couvre 80 hectares depuis la passe de Taapuna à Punaauia (ouest) jusqu’à celle de Taunoa à Pirae (nord) ©Google map / Port autonome

Autant de règles aujourd’hui « difficiles à faire respecter » entre les pirogues qui s’approchent trop près des cargos, les bateaux qui « oublient de se signaler » à l’approche de la piste, les mouillages sauvages qui ont été -très ponctuellement, il est vrai- constatés près de la passe de Taaone, où a été posé le Swac, ou encore les jet-skis qui font parfois des tours dans le chenal de Taapuna. « Parfois, il y a des bateaux qui entrent dans le port la nuit sans s’annoncer, et on ne s’en rend compte que le matin », complète le directeur.

Onze caméras, trois radars… « On n’a pas réinventé la roue »

L’essentiel du nouveau système de surveillance « dynamique » a déjà été installé et les derniers travaux seront terminés dans le cours du semestre. Trois radars couvrent ainsi toute la zone, et jusqu’à 5 milles nautiques au-delà du récif, pour pouvoir entrer en contact avec les bateaux avant leur arrivée. 

Le port a revu son système VHF, a été équipé d’une antenne AIS -Système d’identification automatique- pour connaître l’identité des navires qui ont l’obligation de s’équiper, une station météo a été installée, toujours sur le bâtiment du port, pour pouvoir transmettre des informations aux navires intéressés… 

Et surtout un réseau de 11 caméras est en cours de déploiement près des trois passes et dans certains chenaux menant aux marinas. Des caméras « intelligentes » à capacité thermique, qui, perchées sur des mâts de 4 à 6 mètres de haut pourront automatiquement pointer vers des embarcations repérées au radar, pour les identifier et suivre leur évolution, quel que soit le temps, ou l’heure du jour ou de la nuit. 

Le système doit même permettre de conserver les données captées et les communications radios pendant 30 jours, pour refaire le point, sur besoin, sur certaines manœuvres. Ou encore de mesurer la vitesse des bateaux en entrée et sortie de passe, des données bien utiles, vu les débats sur l’agitation de la rade ou les risques de collisions avec des cétacés.

Mais toutes ces nouveautés, ont créé des discussions chez certains usagers du port, et des marinas, qui craignent d’être « constamment fliqués » et s’inquiètent de technologies envahissantes côté vie privée. La direction du port autonome, pas connue pour son goût de la communication, se veut tout de même rassurante. 

Le système de vidéosurveillance doit, avant d’entrer en opération, et comme le veut la réglementation, être avalisé par une commission spécialisée de l’État composée entre autres de magistrats. Une commission qui n’a pas hésité, sur d’autres caméras installées par le port, d’imposer des restrictions d’angles de vue et des caches physiques sur certaines zones, parce qu’elles n’étaient pas essentielles aux objectifs de sécurité du système ou laissaient craindre des entorses au droit à la vie privée. 

La même réglementation exige que les salles de vidéosurveillance soient réservées à du personnel autorisé : il faut passer un sas badgé pour y accéder. La direction pointe en outre que plusieurs autres ports en France ou ailleurs, disposent depuis longtemps, de ce genre de système de surveillance, installé par des prestataires spécialisés. « On n’a pas réinventé la roue », confirme un cadre de l’établissement public.

Pas contre les plaisanciers, assure la direction

Hasard ou pas du calendrier, des plaisanciers se sont aussi étonnés, ces derniers mois, d’un certain « zèle » de la capitainerie, qui interroge de façon plus systématique les bateaux sur leur destination à la sortie de la passe de Papeete. Une stricte application du code des Ports, qui exige en théorie des avis d’opération nautique, pour la circulation depuis et vers la circonscription portuaire, note Jean-Paul Le Caill. 

Mais le directeur assure que ces efforts de mise à niveau de la surveillance ne sont pas tournés contre les plaisanciers et les voiliers, qui ont toute leur place dans la zone. « Ce qui importe au port, ce n’est pas les bateaux qui sont à quai, qui sont dans les zones autorisées ou qui sont à l’ancre… Ce qui importe au port, c’est de connaître les mouvements qui se passent à l’intérieur de la circonscription, pour savoir qui rentre et qui sort, et comment évoluent les navires à l’intérieur des chenaux et des accès au port… Ce n’est pas autre chose ».

Les dernières installations, de caméras, notamment, doivent être effectuées par les prestataires sélectionnés sur appel d’offres dans les semaines à venir. Le port autonome espère une validation par la commission ad hoc de son système de télésurveillance en milieu d’année pour une entrée en opération début septembre.

Charlie René pour Radio 1 Tahiti