Polynésie : Fracture affichée au parti indépendantiste et possible deuxième groupe à l’Assemblée

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Polynésie : Fracture affichée au parti indépendantiste et possible deuxième groupe à l’Assemblée

Après des municipales décevantes pour le Tavini Huira’atira, suivies par la démission de Temata’i Le Gayic du parti et du groupe, la fracture au sein du parti indépendantiste polynésien continue de s’élargir. Cette fois, lors d’une réunion du parti, le président du territoire Moetai Brotherson a annoncé la possible constitution d’un nouveau groupe le 9 avril, voire sa démission de la Présidence. Explications de notre partenaire Radio 1 Tahiti.

Réunion de « clarification » mais surtout de confrontation au siège du Tavini Huira’atira dans la commune de Faa’a, fief de son fondateur Oscar Temaru. En début de semaine dernière, Moetai Brotherson avait pointé du doigt les « erreurs stratégiques » sur les ondes de Radio 1 Tahiti pour expliquer les défaites du parti aux municipales. Mais Oscar Temaru et la direction du parti ont répondu, vendredi, que les mauvais résultats des municipales étaient aussi imputables à la politique de son gouvernement, et à une « incohérence croissante » avec la ligne du parti.

La convocation de ce samedi avait pour objet de « poser le débat », d’après les dirigeants du parti. Ce qui a été fait devant une centaine de cadres, d’élus et de militants réunis en présence du président du Pays. Un président qui a rapidement expliqué qu’il démissionnerait de sa fonction exécutive si le Tavini le lui demandait, et qui a de nouveau constaté la « fracture » au sein du parti.

Les points d’opposition sont connus, mais ont, chose rare, été clairement posés pendant cette réunion : la stratégie d’accession à l’indépendance et l’exploitation des ressources marines, des points sur lesquels Moetai Brotherson a dit avoir une position « non négociable ». Le président a surtout confirmé que plusieurs élus bleu ciel de l’Assemblée territoriale étaient en voie de former un nouveau groupe à l’assemblée, dès le début de la session administrative, le 9 avril.

Une démarche à laquelle il dit ne pas être associé, mais qui répond à des désaccords qu’il partage avec la ligne du parti, toujours présidé par Oscar Temaru, et dont Tony Géros, président de l’Assemblée et maire-sortant battu à Paea, est le vice-président. Le chef du gouvernement a rappelé que les élus en question faisaient partie, quoiqu’en pensent les cadres du Tavini, de ceux qui avaient été choisis par le mouvement indépendantiste puis par les électeurs lors des territoriales de 2023.

Après quatre heures de discussions, tenues à l’écart des médias, pendant lesquelles plusieurs militants ont pris la parole pour demander au chef de l’exécutif de s’expliquer sur ses trois premières années de mandat, la réunion a été levée sans annonce de démission ou décision apparente de censure du gouvernement.

Tony Géros a tout de même rappelé, pendant les débats, que chaque élu était « responsable de ses décisions » et devrait donc les assumer. Moetai Brotherson a lui indiqué, au micro de Radio 1, que « la spécialité du Tavini c’était de croire aux miracles », et que des discussions sont encore en cours avec les représentants en voie de former un nouveau groupe. « On va attendre quelques jours et voir si ces miracles se produisent », sourit-il.

Il entend quoiqu’il arrive poursuivre son action à la tête du gouvernement, et a rappelé que son équipe avait déjà, en séminaire, « tirer quelques leçons de ce qu’on a traversé, de ce qui a marché ou moins bien fonctionné et de ce qu’il y a encore à faire ». « On a repriorisé certains éléments, notamment sur le secteur primaire », un domaine dans lequel les critiques sont particulièrement fortes au sein du Tavini.

« Bien entendu, il y a des gens qui trouveront que c’est trop tard, pas assez, mais chacun fait ce qu’il peut avec le temps qu’il a et les moyens qui lui sont impartis ». Le président du parti Oscar Temaru n’a pas souhaité s’exprimer au terme de la réunion.

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Tematai Le Gayic démissionne du parti

Quelques jours avant cette réunion, le jeune candidat à la mairie de Papeete a annoncé, dans une lettre adressée à Oscar Temaru, sa démission à la fois du parti et du groupe indépendantiste à l’Assemblée.  « Le cœur léger et rempli de gratitude », Tematai Le Gayic, qui avait été la révélation du Tavini lors des Législatives de 2022, a exprimé dans ce courrier, courtois, « reconnaissance et gratitude » à l’égard du président du Tavini, « phare qui éclaire le chemin vers notre émancipation collective ».

Mais le jeune élu, pourtant désigné candidat du parti à Papeete en avril 2025, avait perdu le soutien officiel d’Oscar Temaru, là encore, en raison de dissension sur l’exploitation des fonds marins ou encore, l’accession à l’indépendance, en faveur de Tauhiti Nena. Quelques semaines avant le premier tour, Tematai Le Gayic avait déjà appelé à une clarification de la ligne du parti. Malgré l’absence de soutien de celui-ci, Tematai Le Gayic a réussi à décrocher la seconde place du scrutin de Papeete, au second tour, quand le candidat officiel du parti, Tauhiti Nena, a fini à la 4ème place.  

Face à une ligne dure incarnée par Oscar Temaru et Tony Geros, Tematai Le Gayic plaide lui une « souveraineté politique » qui « devient un outil au service de la construction d’une communauté consciente, organisée et solidaire », où « les décisions politiques partent des réalités vécues par les femmes et les hommes qui constituent notre communauté politique », « où les défis climatiques sont pris au sérieux », « où notre jeunesse est reconnue non pas comme une faiblesse, mais comme une force qui bâtit dès aujourd’hui notre société ».

S’il siège aujourd’hui seul et non inscrit dans un groupe à l’Assemblée territoriale, Tematai Le Gayic n’a pas caché son intention de « de rassembler largement autour d’un projet collectif au service des familles polynésiennes et d’un développement planifié sur le long terme ». Arrivé avec une majorité de 39 élus en mai 2023, le Tavini Huira’atira a désormais 36 élus dans ses rangs, puisqu’avant Tematai Le Gayic, Hinamoeura Morgant-Cross et Odette Homai avaient aussi claqué la porte du parti et du groupe.

L'opposition autonomiste aux aguets

La semaine suivant le second tour des municipales n’a finalement fait qu’élargir les divisions entre la frange radicale et historique du Tavini, et celle plus jeune et progressiste, essentiellement recrutée entre les Législatives de 2022 et les Territoriales de 2023, deux scrutins victorieux pour le parti.

Des dissensions qui n’ont pas échappé à l’opposition autonomiste, lors de la session extraordinaire de l’Assemblée territoriale, mercredi dernier. « Nous craignons un impact sur les affaires du pays. On ne pas tenir tous les discours à la fois, on ne peut pas gouverner un pays en restant dans une posture permanente de contestation. On ne peut pas appeler à l’unité tout en laissant se développer des fractures internes si visibles », a épinglé Édouard Fritch qui accuse même les indépendantistes « d’empoisonner le Pays » avec leurs divisions.

« C’est toujours très amusant d’entendre le président du Tapura analyser les états d’âme et la santé politique du Tavini. Il oublie au passage de préciser que le Tapura a perdu dans trois communes importantes de notre pays. Mais ça, c’est le jeu politique », lui a répondu le président du Pays Moetai Brotherson. Lors de la soirée électorale, sur TNTV, Édouard Fritch avait lui-même reconnu les divisions et départs alors que son parti était au pouvoir de 2014 à 2023.

Avec Radio 1 Tahiti