Nickel calédonien : De la scorie bientôt exportée dans le Pacifique ?

Nickel calédonien : De la scorie bientôt exportée dans le Pacifique ?

Une étude régionale vient d’être lancée sur les conditions d’utilisation et d’export de la scorie vers les États insulaires du Pacifique, tels que les Îles Cook, Kiribati, ou Tuvalu, a indiqué l’ambassadrice pour le Pacifique Véronique Roger-Lacan lors d’une conférence de presse, mercredi 6 mai. Explications de notre partenaire Les Nouvelles Calédoniennes.

Niue, Kiribati, Nauru, Îles Cook, Îles Marshall, Tonga, Tuvalu et Vanuatu sont les huit États insulaires à s’être montrés particulièrement intéressés par la scorie, jusqu’à demander, en 2025, l’appui de la France, afin d’examiner les conditions d’accès à ce matériau, qui peut remplacer le sable naturel dans la composition du béton.

La scorie, dont 25 millions de tonnes s’entassent à l’entrée de la ville, au pied de la SLN à Doniambo, présente un avantage certains pour ces pays. « Pour l’instant, ils creusent leur lagon pour récupérer du sable, où sinon ils explosent leur récif pour écraser le corail et en faire des agrégats », explique Véronique Roger-Lacan, ambassadrice de France pour le Pacifique, lors d’une conférence de presse mercredi 6 mai. 

Ce sable serait ainsi remplacé par la scorie, dont les usages peuvent être multiples. Construction de bâtiment, terrassement, aménagement de quai ou de digue pour lutter contre l’érosion côtière et la montée du niveau de la mer.

Transposer la norme de construction calédonienne

Le secrétariat permanent pour le Pacifique s’est emparé du dossier avec le gouvernement calédonien, afin d’apporter une réponse. Des experts ont été sollicités, notamment le Centre pour l’attractivité du nickel et son environnement (CNRTEC), qui pilote une étude régionale sur le sujet, lancée fin avril.

Menée par un laboratoire de l’Université du Queensland, en Australie, le Sustainable Minerals Institute, et financée par le secrétariat pour le Pacifique ainsi que le Pacifique regional infrastructure fund (Prif), elle consiste à analyser les conditions d’utilisation et d’export de la scorie vers ces États.

Car si ce matériau a été inscrit au Référentiel de la construction de la Nouvelle-Calédonie en 2025, il manque un « cadre régional consolidé », pour favoriser son emploi par nos voisins du Pacifique. D’où la mise en place de cette étude, préalable nécessaire à l’export, visant « à transposer chez les États du Pacifique qui le souhaitent, la norme de construction existant ici », indique Véronique Roger-Lacan.

Elle portera notamment sur l’environnement. « Ce matériau est considéré comme neutre, mais on sait qu’il y a des détracteurs de ce produit, donc l’étude doit aussi permettre de vérifier que cet agrégat est compatible avec les lagons de ces États ». L’analyse portera également sur l’économie, coûts et chaînes logistiques, ainsi que sur les aspects techniques, en fonction des usages adaptés selon les territoires.

Sa restitution, attendue pour la fin de l’année, doit soutenir la mise en œuvre de projets pilotes, « qui pourront se construire dès 2027 », dans les pays volontaires. Les trois premiers États concernés par l’étude seront Kiribati, les Îles Marshall et Tonga, selon l’ambassadrice.

Le coût du transport, un enjeu

La troisième phase consistera en un tour de table des différents partenaires potentiels, afin de déterminer « quelles institutions sont partantes pour financer le transport de ce matériau, parce que ça coûte très cher ». La Banque européenne d’investissement serait par exemple intéressée.

Les Îles Marshall ont déjà réalisé un premier achat de scorie à la SLN. « Ils ont signé un contrat la semaine dernière pour 30 000 tonnes », précise Véronique Roger-Lacan. « Ils ont un projet d’agrandissement de l’aéroport, ce qui nécessite de remblayer, et du port, ce qui passe par l’installation de nouveaux quais ».

Pour l’ambassadrice, ce programme régional doit ouvrir sur une autre opportunité pour le territoire. « À la clé, il y a aussi le savoir-faire du BTP calédonien, qui sait utiliser cet agrégat. Il y aura donc un cercle vertueux de création de filières au bénéfice de la Nouvelle-Calédonie. »

Anne-Claire Pophillat pour Les Nouvelles Calédoniennes