En Polynésie, derrière le boom des fast-foods, le défi de la santé publique

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En Polynésie, derrière le boom des fast-foods, le défi de la santé publique

Dans la ville de Faa’a, deux géants du fast-food s’apprêtent à cohabiter à moins de deux kilomètres l’un de l’autre. Une implantation qui en dit beaucoup sur l’évolution des habitudes de consommation en Polynésie, mais aussi sur le poids économique de ces enseignes. Le fast-food continue de gagner du terrain, dans un territoire déjà fortement touché par le surpoids et l’obésité. Un sujet de notre partenaire TNTV.

À Faa’a, le nouveau Burger King prend forme. À moins de deux kilomètres, un autre chantier attire les regards : celui du futur McDonald’s. Déjà pas moins de quatre restaurants McDonald’s sont ouverts à Tahiti, sans compter les points de vente à l’aéroport de Tahiti-Faa’a et dans le centre commercial de Carrefour Punaauia. Un Burger King est également déjà installé à Papeete.

Pas de quoi effrayer certains commerces de restauration installés à proximité. « On a du poulet citron, du ma’a tinito et du poulet aigre douce », confie une vendeuse ambulante. « Du coup pour MacDo, Buger King : ça ne me gêne pas, parce qu’ils ne vendent pas ces menus, ce que nous on vend. […] Et on a nos clients, nos clients fidèles ». Raitupu, habitant de Faa’a est un habitué des roulottes : « On a même leur numéro, on fait notre commande, on récupère. »

Sur le plan économique, l’implantation de ces deux enseignes à Faa’a s’accompagne aussi de recrutements. Une facette positive pour certains habitants de la commune, notamment les jeunes à la recherche d’un emploi près de chez eux. « J’ai déjà postulé à Faa’a, chez Burger King parce qu’on a plein de référents qui sont venus nous demander si on veut postuler », raconte Heipua, une habitante. » Je suis en liste d’attente. […] C’est juste à côté de mes parents ».

Faute de réponse favorable aux sollicitations de notre rédaction, difficile de dresser une photographie complète du secteur. Mais les données économiques disponibles donnent déjà une idée de son poids. Selon les données croisées de l’ISPF et la DICP disponibles dans le DIXIT 2026, en 2024 les McDonald’s de Papeete, Punaauia et Arue affichaient chacun plus d’un milliard de Fcfp de chiffre d’affaires annuel. Des estimations qui confirment que ces enseignes s’inscrivent désormais dans les habitudes de consommation.

Toujours selon ces données, le McDonald’s de Papeete comptait plus de 50 salariés. Ceux de Arue et de Punaauia comptaient chacun plus de 20 salariés. Mais ces gros chiffres se heurtent aussi à une image moins dorée : celle de la malbouffe. Car si le fast-food est souvent défendu comme une solution pratique, rapide, parfois même moins chère, son essor interroge sur un territoire où les maladies chroniques liées à l’alimentation pèsent déjà lourd.

« Se faire plaisir de temps en temps, ce n’est pas une problématique, mais c’est devenu l’abondance de fast-food sur un kilométrage assez réduit, ce qui fait qu’on est en train de banaliser ce type d’alimentation », analyse Morgane Ausangee, diététicienne agrée. « Au lieu de devenir une alimentation occasionnelle plaisir, elle devient un peu la solution facile à l’alimentation, parce qu’on pense que c’est moins cher, parce qu’on pense que ça va plus vite et parce que comme on vit à mille à l’heure, on se dit que c’est rapide d’avoir la voiture et d’aller récupérer sa nourriture, mais on n’a pas conscience de l’impact sur la santé que ça peut avoir ».

Le fast-food est-il vraiment la solution la plus facile et la moins chère ? Pour deux personnes, notre diététicienne agréée a proposé un comparatif : d’un côté, une recette simple autour de rillettes de maquereaux, concombre et pain complet, pour environ 1 760 Fcfp. De l’autre, un menu emblématique et le menu le moins cher d’un fast food de la place, pour 2 100 Fcfp.

Les exemples de recettes équilibrées, rapides à préparer et accessibles sont nombreux. Mais derrière la question du prix ou de la praticité, c’est un enjeu sanitaire plus large qui se dessine. « Le problème de ce type d’alimentation, c’est qu’on a très peu de fibres dans le repas, donc une satiété qui ne va pas être comblée sur le long terme, donc on va avoir très rapidement faim après un repas qui nous aura coûté quand même une certaine somme. Et ce sont des produits qui sont remplis de graisse saturée, donc de mauvais gras pour la santé cardiovasculaire, et de sucre. On connaît déjà les problématiques de diabète sur le territoire et ça ne fait qu’empirer. On a quand même aussi un public ciblé qui est les enfants et du coup ça fait que notre population est malade de plus en plus jeune ». 

Et les chiffres ne font que confirmer les tendances observées par les professionnels de santé. En Polynésie française, 75 % des adultes sont en surpoids. 48 % des adultes sont obèses. Et l’obésité est un facteur de risque majeur pour le diabète, les maladies cardiovasculaires mais aussi pour certains cancers.

Aujourd’hui, le phénomène arrive très tôt. Chez les jeunes, un adolescent sur deux est en surpoids et un adolescent sur quatre est obèse. Par conséquent, les maladies arrivent de plus en plus tôt. La question n’est pas de culpabiliser les consommateurs de fast-food. Mais son essor rappelle une réalité : plus l’offre est présente, visible et accessible, plus elle peut s’installer dans les habitudes.

Athena Millecam et Jeanne Tinorua pour TNTV