De la base aérienne au Rimap en passant par la base navale, la loi de programmation militaire et son « effort particulier dans les Outre-mer » continue de renforcer les moyens des forces armées en Polynésie. Au programme de 2026, le remplacement définitif de la flotte de Gardian par des Falcon 50 Triton, la modernisation du Groupement aéronautique militaire de Faa’a, la livraison du nouveau quai de la base navale pour accueillir le Philippe Bernardino, la création d’une escouade côtière qui va mobiliser de nouveaux réservistes… Sans compter les 80 militaires supplémentaires attendus dans l’année, et qu’il faudra loger. Le point avec le contre-amiral Guillaume Pinget, commandant des forces armées en Polynésie française, interrogé par nos partenaires de Radio 1 Tahiti.
En 2026, les forces armées en Polynésie poursuivront « leur montée en puissance ». C’est ce qu’a affirmé le contre-amiral Guillaume Pinget sur le plateau de l’Invité de la rédaction ce vendredi. Une dynamique de renforcement des moyens de défense a été lancée au niveau national, au travers notamment de la loi de programmation militaire 2024-2030. Et cette loi à 413 milliards d’euros votée en 2023, dans un contexte d’intensification des tensions mondiales prévoit, contrairement à la précédente, « un effort particulier dans les Outre-mer », pointe le commandant des FAPF et de la zone maritime du Pacifique. La Polynésie ne fait pas exception, bien au contraire.
Au revoir aux Gardian dès le premier semestre
C’est du côté de la base aérienne qu’il faudra d’abord regarder pour observer un renforcement des capacités. « On verra l’arrivée du deuxième Falcon 50 Triton, un avion de surveillance maritime de nouvelle génération », rappelle le contre-amiral. « Il va arriver au premier trimestre 2026 et ça va se traduire par le retrait finalement des Gardian ». Un retrait de Polynésie en tout cas, puisque ce modèle de jets dérivés du Falcon 200, en opération depuis 1979, continuera à servir en Calédonie.
« Le Falcon 50 c’est un avion qui vole 6 heures contre 4 pour le Gardian, donc il va plus loin, il va plus vite parce qu’il a trois réacteurs qui permettent de se projeter directement sans forcément faire d’escale (potentiellement jusqu’à Hawaii ou en Nouvelle-Calédonie, ndlr). Il a aussi cette caméra optronique qui permet de voir de jour comme de nuit et qui a des senseurs vraiment plus performants. La capacité, aussi, de communiquer avec lui en temps réel en vol est particulièrement intéressante pour les missions qu’on a à lui confier », notamment la surveillance de la ZEE.
Un troisième Falcon 50 Triton avait été annoncé à la base aérienne, là aussi dans le courant de l’année. Mais cette étape n’est qu’une transition. « On passe du Falcon 200 Gardian au Falcon 50 Triton en attendant le Falcon 2000 Albatros qui va arriver vers 2029-2030 en Polynésie française », précise le commandant des forces armées en Polynésie. Ces appareils de nouvelle génération, en plein développement chez Dassault Aviations, répondent à une commande spécifique du ministère des Armées pour des « Avions de surveillance et d’intervention maritime ».
Ils doivent être équipés, entre autres, de détecteurs de balise de détresse, de capacités améliorées de largage de canots de survie, de radar de surveillance maritime, d’un système antibrouillage, d’une boule optronique nouvelle génération pour identifier les navires à une centaine de kilomètres… Et surtout avoir un rayon d’action 10 à 30% supérieur que les avions actuels. Pour accompagner ce renouvellement, « des travaux d’ampleur » sont engagés à Tahiti-Faa’a, avec la réfection des aires aéronautiques. Suivront, à partir de cette année, les infrastructures permettant d’accueillir ces avions et l’état-major.
Des patrouilleurs et des drones
Du mouvement dans la base aérienne, mais aussi dans la base navale. « En juin 2024, pour les Jeux olympiques, on a accueilli le premier patrouilleur outre-mer le Teriieroo a Teriierooiterai, en attendant son petit frère qui va s’appeler le Philippe Bernardino », prévu pour 2025 et qui arrivera finalement début 2027.
Des navires de 80 mètres de long et de 1 300 tonnes -trois fois plus que les vieux P400 comme la Tapageuse, aujourd’hui retirés du service. « Et pour préparer cet accueil, on est en train de construire un nouveau quai au sein de la base navale » de Papeete. La première pierre avait été posée en 2024, la livraison est prévue dans le courant de cette année, précise le Comsup. À temps pour le Philippe Bernardino, qui fera « revenir la flotte à sa taille précédente ».
La population de drones augmente aussi puisqu’après celui du patrouilleur Teriieroo a Teriierooiterai, et avant le Philippe Bernardino, le Prairial – « qui est le plus gros navire basé en Polynésie » – en recevra un dans le courant de cette année. Objectif : « augmenter notre capacité drone aéromaritime pour surveiller les ZEE », explique le commandant.
200 militaires supplémentaires, et des chantiers pour les loger
Sur le plan terrestre, les forces armées en Polynésie c’est « plus de 200 » militaires supplémentaires sur la période de la loi de programmation 2024-2030. Pour l’année 2026 c’est « à peu près 80 personnes qui vont arriver » de manière supplémentaire, pour former « deux sections supplémentaires au sein du Rimap (le Régiment d’infanterie de marine du Pacifique de Polynésie) ». Ces renforts doivent permettre « d’être plus présents en Polynésie, dans les îles et dans les archipels, et aussi plus présents auprès de nos voisins ». Déjà en 2025, « on a augmenté d’un tiers » ces missions, indique le contre-amiral.
Du personnel qu’il faut loger, entrainer… Et l’espace n’est pas si facile à trouver pour l’armée qui a dû « rétrocéder » des hectares de fonciers aux communes dans le cadre des CLSD. Les FAPF vont-elles être à l’étroit ? « J’ai compris que le foncier est un sujet pour tout le monde en Polynésie et ça l’est pour nous aussi », répond le contre-amiral Pinget. « Mais on a la culture de la planification dans l’armée : j’ai beaucoup de chantiers d’infrastructures qui sont en cours » ainsi que programme de logement d’hébergement et de modernisation d’infrastructures pour accueillir tous ses renforts.
Le commandant des FAPF, qui avaient dû aller au tribunal pour obtenir du Pays un permis de construire pour de nouveaux logements à Pirae, en profite pour faire passer un message : « On a cédé beaucoup de terrain depuis 2015. Maintenant, on monte en puissance dans ce cadre qui est contraint, donc les marges de manœuvre dont on dispose, on l’utilise pour nous, pour réaliser nos projets au service de la protection de la Polynésie et des Polynésiens ».
70 nouveaux réservistes pour l’escouade de réserve côtière
Autre nouveauté annoncée pour 2026 : la création d’une escouade de réserves côtières à Papeete d’ici le mois de juillet, dans le lot des dix escouades prévues cette année au niveau national, qui s’ajouteront aux sept déjà existantes dans l’Hexagone. Une unité composée « à terme de 70 réservistes », mêlant jeunes recrues « qui n’ont jamais été militaires et anciens marins », qui viendront s’ajouter aux près de « 400 réservistes » déjà employés précise le contre-amiral, qui rappelle que « la réserve va doubler selon la loi de programmation militaire ».
Les flotilles côtières bénéficient d’une « embarcation type gros zodiac avec des gros moteurs, derrière un 4×4, ils vont être capables de se projeter pour des missions côtières, de surveillance, de renseignement, de protection, de secours », explique le Comsup. D’abord autour de Tahiti, puis potentiellement dans les îles, l’objectif est « de produire 150 jours de présence en mer ». Une manière aussi de répondre, en plus des missions militaires ou de sécurité maritime et de secours, aux « enjeux de protection de l’environnement dans la zone côtière », avec des « actions éventuellement sur la pêche ou sur les activités illicites ».
Des missions qui seront bien sûr coordonnées avec celles de la gendarmerie maritime, elle aussi placée sous le commandement du Comsup. Sa vedette côtière Le Jasmin arrive « en fin de vie » et doit être remplacée par « un patrouilleur côtier de gendarmerie de nouvelle génération », attendu « autour de 2028 ». Une unité « plus grosse », avec « plus d’endurance et plus d’autonomie », rappelle le contre-amiral.
L’exercice Marara revient du 3 au 18 juin
« Un point majeur » cette année, c’est aussi le retour de l’exercice biannuel : Marara, du 3 au 18 juin, « en multisites » – en 2024, ce sont 1000 militaires provenant de quinze nations différentes qui ont participé, dont 150 de Papeari. Un exercice « à dominante : assistance humanitaire multinationale », qui a pour objectif de tester la capacité des forces alliées à collaborer efficacement pour venir en aide à la population en cas « d’événements climatiques extrêmes ». « On est en train d’organiser tout ça avec nos partenaires et on attend, de nouveau, plus de 1 000 participants », précise le contre-amiral.
Autre rendez-vous international de cette année : le Western Pacific Naval Symposium (WPNS), présidé par la France, avec une réunion des chefs des marines du Pacifique prévue à Tahiti en novembre, précédée d’un séminaire préparatoire en mars. Enfin, 2026 sera ponctuée de plusieurs anniversaires : « les 80 ans du retour des Tamarii volontaires », « les 400 ans de la Marine nationale » et « les 30 ans du Casas en Polynésie ». Autant de temps forts qui s’inscrivent dans une année dense pour les forces armées de Polynésie.
Nanihi Laroche pour Radio 1 Tahiti























