Indopacifique : Emmanuel Macron entame sa quatrième visite en Inde, avec la perspective de renforcer la coopération

Emmanuel Macron accueilli lundi soir par les responsable politiques du Maharashtra, État indien dont la capitale est Mumbai ©DR

Indopacifique : Emmanuel Macron entame sa quatrième visite en Inde, avec la perspective de renforcer la coopération

Le président français Emmanuel Macron est arrivé lundi soir en Inde pour une visite officielle de trois jours, destinée à renforcer un partenariat déjà dense, avec à la clé la perspective d'un contrat de vente de 114 chasseurs Rafale. Emmanuel Macron et Narendra Modi ouvrirons ensemble, jeudi, un sommet sur l’IA à New Delhi. 

Le chef de l'État, accompagné de son épouse Brigitte, a atterri à minuit (18h30 GMT) à Bombay -Mumbai-, la capitale financière du pays, au bord de la mer d'Arabie. Il se rendra ensuite à New Delhi mercredi et jeudi pour un sommet sur l'intelligence artificielle. « Trois jours de Bombay à New Delhi pour aller encore plus loin dans notre partenariat stratégique », a-t-il tweeté à son arrivée.

« L'Inde se félicite de votre visite et entend donner un nouvel élan à notre partenariat stratégique », a tweeté Narendra Modi, en français, à l'attention de son « cher ami ». Le chef de l'État français a été accueilli par une gigantesque illumination sur le pont Bandra Worli, et une projection à l'effigie des deux dirigeants. Des portraits géants, agrémentés d'un « Warm welcome to Mumbai » (Bienvenue chaleureuse à Bombay) ont aussi été dressés le long des grandes artères de la ville.

Sa visite, la quatrième en Inde depuis 2017, s'inscrit sous les meilleurs auspices après la confirmation jeudi par ce pays de son intention de passer une commande record d'avions de combat français Rafale et la signature fin janvier d'un méga-accord de libre-échange entre l'Union européenne et l'Inde.  

« 114 Rafale, 30 milliards d'euros, c'est le contrat du siècle ! Une forme d'apothéose ! », relève Christophe Jaffrelot, spécialiste de l'Inde au Centre de recherches internationales (CERI) de Sciences Po à Paris. A l'heure actuelle, 299 exemplaires de l'avion ont été vendus à l'étranger. L'Inde en a déjà acquis 36 pour son armée de l'Air en 2016 et 26 pour sa marine en 2025. Elle aussi manifesté son intérêt pour l'achat de 31 autres Rafale Marine. 

Les discussions sur les 114 Rafale, qui seront destinés à l'armée de l'Air et en bonne partie fabriqués en Inde, doivent encore être bouclées avec le constructeur Dassault. Mais l'Élysée se dit d'ores et déjà « optimiste » sur la conclusion de ce « contrat historique ». Cet achat va permettre de « continuer à ancrer la relation bilatérale en la tournant résolument vers l'avenir », promet l'Élysée. Il sera, en attendant, au cœur de la visite.

« Diversifier »

Le président français et le Premier ministre indien Narendra Modi inaugureront aussi mardi, en visioconférence de Bombay, une chaîne d'assemblage d'hélicoptères civils et militaires Airbus H125 installée près de Bengalore (sud).

« On cherche à travers cette visite à renforcer encore les coopérations » avec New Delhi et à « diversifier » les partenariats économiques et commerciaux de la France, relève l'Élysée, à un moment où l'Inde, le pays le plus peuplé du monde (1,4 milliard d'habitants), est en passe de devenir la quatrième économie mondiale. Et à répondre ainsi aux incertitudes croissantes générées par Donald Trump avec sa guerre des droits de douane et ses coups de butoir diplomatiques permanents, tout comme à la montée en puissance de la Chine.

Le volume des échanges bilatéraux, porté par la défense et l'aéronautique - le marché indien est équipé majoritairement d'Airbus - est de l'ordre de 15 milliards d'euros. S'y ajoutent près de 13 milliards d'euros d'investissements directs étrangers (IDE) français en Inde.

Quatre ministres sont du voyage, dont ceux des Armées Catherine Vautrin et de l'Économie Roland Lescure. Une centaine de PDG français, dont ceux de Dassault, Schneider Electric et Mistral AI, et de patrons de PME et de startup participeront également au déplacement.

Honneur à l'IA 

Des « annonces » et des « contrats » sont attendus dans la santé, l'agriculture mais aussi l'IA, un secteur dans lequel Paris ambitionne une plus grande coopération avec l'Inde, a dit l'Élysée.H, une startup française de l'IA, annoncera pour sa part la mise en place de partenariats dans le domaine des hôpitaux.

Emmanuel Macron inaugurera quant à lui le Centre franco-indien de l'IA en santé globale à New Delhi, avant d'ouvrir jeudi le sommet sur l'IA en compagnie de Narendra Modi. Le président de la République doit rencontrer en marge du sommet son homologue brésilien Luiz Inacio Lula da Silva, ainsi que les dirigeants de Google et de la start-up américaine Anthropic, rivale d'OpenAI, la société qui développe l'agent conversationnel d'IA ChatGPT.

Emmanuel Macron et Narendra Modi auront aussi à cœur de soigner leur relation personnelle, au beau fixe depuis 2017. Emmanuel Macron avait convié Narendra Modi en tant qu'invité d'honneur au défilé militaire du 14 juillet en 2023. Le Premier ministre indien a en retour déroulé le tapis rouge six mois plus tard pour la fête nationale du Republic Day, avant d'être accueilli avec tous les égards au cours de sa dernière visite en France en février 2025, déjà pour un sommet de l'IA. 

« Il y a apparemment une bonne alchimie, une bonne équation personnelle », observe Christophe Jaffrelot. Reste toutefois une grosse pomme de discorde, l'Ukraine, l'Inde n'ayant jamais condamné son invasion par la Russie en 2022. « Mais si les Indiens arrêtent d'acheter du pétrole russe (sous la menace de sanctions américaines, ndlr), on ne leur en voudra pas de s'abstenir à l'ONU », note le chercheur.

En attendant, Emmanuel et Brigitte Macron ont débuté leur visite par un hommage aux victimes des attentats jihadistes de Bombay en 2008, notamment à l'hôtel Taj Mahal où il a déposé une gerbe. Ces attaques, perpétrées devant les caméras du monde entier, avaient fait 166 morts, dont deux Français.

Le président français doit ensuite déjeuner avec des grands noms du cinéma indien, dont Bombay est la capitale. Parmi eux, les actrices Shabana Azmi, icône du cinéma bollywoodien avec plus de 160 films, Richa Chadda, l'héroïne de « Masaan » (2015), l'acteur Anil Kapoor, autre monument du grand écran indien, et les réalisateurs Neeraj Ghaywan et Kanu Behl. Emmanuel Macron va évoquer avec eux les « coopérations possibles » en ce domaine et « mettre en valeur l'attractivité de la France pour les tournages », précise l'Élysée.

Le Premier ministre indien rejoindra son hôte vers 15h locales (09h30 GMT) pour une série d'entretiens, suivis de déclarations à la presse et d'un dîner dans le décor somptueux du Taj Mahal Palace.

Avec AFP